‹ ThéatreChapitre 97 sur 520 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

ZAÏRE

Sois toujours mon égale, et goûte mon bonheur : Avec toi partagé , je sens mieux sa douceur.

FATIME

Hélas! puisse le ciel souffrir cet hyménëe! Puisse cette grandeur qui vous est destinée. Qu'on nomme si souvent du faux nom de bonheur, Ne point laisser de trouble au fond de votre cœur ! N'est-il point en secret de frein qui vous retienne? Ne vous souvient-il plus que vous fûtes chrétienne .!•

ZAÏRE

Ah! que dis-tu? pourquoi rappeler mes ennuis.^ Chère Fatime, hélas! sais-je ce que je suis.^ Le ciel m'a-t-il jamais permis de me connaître.' Ne m'a-t-il pas caché le sang qui m'a fait naître.'

FATIME

Nérestan , qui naquit non loin de ce séjour,

Vous dit que d'un chrétien vous reçûtes le jour.

Que dis-je.' cette croix qui sur vous fut trouvée,

Parure de l'enfance , avec soin conservée ,

Ce signe des chrétiens , que l'art dérobe aux yeux 3|t"

Sous le brillant éclat d'un travail précieux ;

Cette croix , dont cent fois mes soins vous ont parée ,

Peut-être entre vos mains est-elle demeurée

Comme un gage secret de la fidélité

Que vous deviez au Dieu que vous avez quitté.

ZAÏRE

Je n'ai point d'autre preuve ; et mon coeur qui s'ignore Peut-il admettre un dieu que mon amant abhorre.' ^.a coutume , la loi , plia mes premiers ans A la religion des heureux musulmans.

Je le vois trop -. les soins qu'on prend de notre enfance Forment nos sentiments, nos mœurs, notre croyance. J'eusse été près du Gange esclave des faux dieux , Chrétienne dans Paris , musulmane en ces lieux. L'instruction fait tout ; et la main de nos pères Grave en nos faibles cœurs ces premiers caractères Que l'exemple et le temps nous viennent retracer, Ktque peut-être en nous Dieu seul peut effacer, i'risonnière en ces lieux, tu n'y fus renfermée Que lorsque ta raison , par l'Age confirmée.

Pour éclairer la loi te prêtait son flambeau : Pour moi, des Sarrasins esclave en mon berceau, La foi de nos chrétiens me fut trop tard connue. Contre elle cependant , loin d'être prévenue , Sttrcrl je l'avoue asouventmalg^^^^^^

saisi mon cœur surpris de respec et d effroi •

J'osais l'invoquer même avant qu'en ma pensée

D'Orosmane en secret l'image fût tracée.

J'honore, je chéris ces charitables lois

Dont ici Nérestan me parla tant de tois;

ces lois qui , de la terre écartant les misères

Des humains attendris font un peuple de frères .

Obligés de s'aimer, sans doute ils sont heureux.

FATIME

pourquoi donc aujourd'hui vous déclarer contre euxf A la loi musulmane à jamais asservie , Vous allez des chrétiens devenir l'ennemie ; vous allez épouser leur superbe yainqueur.

ZAÏRE

Oui lui refuserait le présent de son cœur? De toute ma faiblesse il faut que je convienne; -^ Peut-être sans l'amour j'aurais été chrétienne ; Peut-être qu'à ta loi j'aurais sacrifie : Mais Orosmane m'aime , et j'ai tout oublie. Je ne vois qu'Orosmane , et mon âme enivrée Se remplit du bonheur de s'en voir adorée Mets-toi devant les yeux sa grâce , ses exploits songe à ce bras puissant, vainqueur de tant de ro.s; A c?t aimable front que la gloire environne : Je ne te parle point du sceptre qu'il me donne; Non la reconnaissance est un faible retour, un tribut offensant, trop peu fait pour l'amour. Mon cœur aime Orosmane , et non son diadème ; Chè-e Fatime , en lui je n'aime que lui-même. Peut-être j'en crois trop un penchant si flatteur ; Mais si le ciel , sur lui déployant sa rigueur. Aux fers que j'ai portés eût condamné sa vie, Si le ciel sous mes lois eût rangé la Syrie, OU mon amour me trompe, ou Zaïre aujourd hui Pour l'élever à soi descendrait jusqu a lui.

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