‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 113 sur 137 · XVII. LA TERRE DES MORTS · texte numérisé non relu

XVII. LA TERRE DES MORTS

RIHÈBES comprenait autrefois deux villes; dans celle de la rive droite se groupaient, autour des grands temples, les habitations des vivants. Là, de génération en génération, les Thébains se succédaient dans leurs demeures qui, chaque fois qu’elles étaient ruinées, se relevaient au même emplacement. On peut dire que les générations qui, dans la cité des vivants se superposent, se pAinns dans celle des morts.

Ainsi, la nécropole étend de siècle en siècle son emprise sur la rive gauche du Nil. Maintes fois nous avons été, dans ce cimetière unique au monde, à la recherche de documents qui fassent revivre la société égyptienne ; nous nous y rendrons bientôt pour étudier l’histoire de la terre des morts.

C’est un véritable enchantement que de s’asseoir à la terrasse du Winter Palace pour contempler la montagne thébaine tendue sur l’autre rive comme une gigantesque et merveilleuse toile de fond. S’élevant en moyenne à trois ou quatre cents mètres, elle tombe en une falaise qui dessine vers le Nord le cirque grandiose de Deir el Bahari (fig. 214). Le site est parmi les plus beaux qu’on puisse voir en Egypte. Le massif montagneux, dominé par « la cime d'Occident », s’éclaire diversement selon les heures (fig. 213) ; les rayons ardents du soleil déterminent pendant le jour des ombres d’une coloration toujours nouvelle ; la nuit, les teintes sont extraordinaires.

C’est dans cette montagne, dont les aspects leur étaient familiers, que les Thébains espéraient reposer parmi leurs pères (fig. 215). Les textes religieux souhaitaient qu’à cette heure grave la montagne leur tende les bras pour les recevoir dans son sein. La réunion dans la nécropole était ardemment désirée par les anciens ; un texte magique avait pour but d’en assurer la réalisation. Après une invocation aux dieux pour que le mort puisse se rendre au ciel, sur la térre et sur l’eau, on demande qu’il rejoigne ses aïeux, son père, sa mère, ses enfants, ses frères et sœurs, les gens de son clan, ses proches, ses alliés, tous ceux qu’il aime, tous ceux qu'il connaît. Et le magicien, par une audace singulière, passe ensuite à la menace : « Si l’on met obstacle à ce qu’il retourne à ses parents, à ce que sa mère soit mise en sa présence, à ce qu'il retrouve ses aïeux, hommes et femmes ; si l’on met obstacle à la réunion avec ses proches, frères et sœurs,

ses alliés, ceux de son clan, » alors le dieu ne recevra plus de sacrifices ; tandis que s’il accorde cette réunion si désirée, 1l peut être assuré d’une grande reconnaissance de la part des fidèles. C’est afin de réaliser pratiquement cet espoir que les Egyptiens se faisaient préparer des maisons d’éternité, dans lesquelles ils retrouvaient, en quelque sorte, les groupements sociaux de leur existence terrestre. Les rois choisissaient les premiers les emplacements les plus favorables, et donnaient à leur sépulture un aspect plus ou moins grandiose. Les courtisans se disputaient les meilleures places à proximité du maître ; les autres se groupaient comme ils le pouvaient; puis, lorsque cette région commençait à être encombrée, on se transportait dans une autre partie de la plaine et de la montagne. Ainsi, en étudiant la nécropole thébaine, on peut distinguer une série de quartiers qui, pendant longtemps, correspondirent chacun à l’une ou l’autre période de l’histoire. Cependant certaines régions de la nécropole gardèrent pendant des siècles une faveur particulière due généralement au culte qu’on y rendait à quelque roi divinisé; ainsi ; dans les catacombes de Rome, les chrétiens aimèrent se faire ensevelir «apud martyros ».

Pour distinguer clairement les principaux quartiers de la nécropole, 1il faut commenceEr pars le) groupement septentrional. Audelà de l'entrée de la fameuse

au R RE

FiGN213 (Phot. J. Capart.) La cime d'Occident.

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