CHAPITRE XVI. LES SIMPLES MORTELS
petit ânier qui, tout à l’heure, a suivi le trot de l’âne à travers la plaine où pousse le blé vert. N’étaient-ils pas dans les cieux, tantôt, ces grands oiseaux planants que vous retrouvez maintenant au plafond des hypogées ? Parfois l’un d’eux se pose, et vous admirez la noblesse de son profil comme celle de son vol. Les VOICI, saisis exactement dans l'attitude la plus caractéristique comme par un appareil photographique perfectionné. Leur œil scrute ; ils cherchent leur victime, ces grands oiseaux de proie. Elle est là, à quelques pas d’eux. C’est le lièvre inconscient qui, tout allongé, se repose ; c’est la bergeronnette qui sautille, toute fière de sa longue queue ; ce sont les petits serpents fouets qui glissent et se faufilent partout, tandis que les bœufs placides regardent cette lutte toujours renouvelée.
Cette abeille, posée noblement devant les cartouches et annonçant les noms royaux, c’est en réalité la guêpe des nécropoles. Si vous l’admirez en image, vous la considérerez avec beaucoup moins de respect lorsqu’elle bâtit ses alvéoles brunes sur les belles scènes fraîches des tombeaux. L’uraeus royal dressé à côté de l’abeille est tout à fait semblable au cobra qui siffle dans le coin obscur d’un tombeau où vous avez pénétré sans méfiance. Le lion, le crocodile, l’hippopotame, qu’on ne voit plus en Egypte, le chacal que l’on y voit souvent, sont dessinés avec la même exactitude, ainsi que les animaux de basse-cour : oies, canards, poules et dindons.
Les petites chèvres rentrant au village de boue à la tombée du soir, paraissent échappées de quelque inscription de la xvirI* dynastie, ainsi que la chouette qui s’arrête la tête tournée. Le long des eaux lentes se dessinent les ibis, et sur le chemin qui conduit au Nil, on peut, avec quelque chance, voir le gros scarabée noir traînant réellement sa boule de terre comme dans les hiéroglyphes.
Si vous passez le fleuve et qu’il fait jour encore, vous apercevrez peut-être Pun ou l’autre de ces poissons si admirablement dessinés par les Egyptiens, qu'ils peuvent servir de modèle pour l’étude zoologique ; mais vous préférez rester sur la rive gauche jusqu'aux dernières lueurs du soleil couchant (fig. 192) et traverser le Nil, conduit par la fine voile blanche, tandis que la première étoile brille au ciel avec un éclat qu’aucune palette ancienne ou moderne ne pourra jamais donner.
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