‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 3 sur 137 · I. LE CHARME DE KARNAK · texte numérisé non relu

I. LE CHARME DE KARNAK

aIORSQU'ON aborde l’étude des monuments du passé, il faut tout d’abord constater le fait; ensuite, de ce fait, dégager les idées et, finalement, par les faits et les idées, atteindre les sentiments. Les faits sont relativement faciles à saisir. Il est certain que celui qui pénètre pour la première fois dans le temple de Karnak se trouve devant un «fait de pierre » qui dépasse en grandeur tout ce qu’on peut imaginer. Lorsqu'on traduit les inscriptions qui couvrent le temple, on y trouve exprimées des idées dont beaucoup paraissent étranges, obscures, difficiles à comprendre. Surpris de constater l’importance du fait et intrigué par l’expression des idées, l’esprit se reporte aisément vers les sentiments profonds de ces hommes qui ont bâti à leurs dieux des monuments si extraordinaires qu’ils marquent encore à travers les siècles, comme les plus fabuleux. |

Il nous faut donc partir de la perception la plus simple, la plus spontanée, laisser agir ce qu’on pourrait appeler le « charme de Karnak », en rendant à ce mot charme le sens d’incantation qui attire, saisit et entraîne à la volonté du magicien.

Et tout d’abord, qu'est-ce que Karnak? Que veut dire ce mot que l’on chercherait en vain dans un dictionnaire égyptien ? C’est le nom moderne d’une petite bourgade arabe où vivent, misérablement dans des masures de pisé, de très pauvres gens (fig. 2). Par une sorte d’ironie du sort, le monument le plus orgueilleux de la gloire pharaonique est actuellement désigné par le nom d’un village de boue. Les anciens appelaient Karnak le « Trône des Deux Terres », car c’est là que siégeait le grand dieu Amon, seigneur de Haute et de Basse-Egypte.

Pour avoir une idée d'ensemble de Karnak, il faudrait s’élever de terre afin d’embrasser d’un coup d’œil l’immensité du territoire sacré. Trois enceintes de briques se marquent sur le sol. La plus grande, au centre, enferme le temple d’Amon et celui de Khonsou ; au Sud, est l’enceinte du temple de Mout, et au Nord celle du temple de Mentou. Amon est le maître, la déesse Mout est sa femme ; Khonsou, leur fils. Mentou est un ancien dieu thébain dépossédé de sa priorité par Amon. Dans l’enceinte d’Amon à l’Ouest, les constructions se développent de l’allée des sphinx jusqu’à la porte de l'Est.

Une série de pylônes, du Sud au Nord, rencontre perpendiculairement le grand axe de l’édifice. Dans l’angle formé de la sorte, à lEst, on remarque une grande cavité encore remplie d’eau, reste de l’ancien lac sacré (gone Le territoire de Karnak est immense. Pour nous en faire une idée, comparons sa superficie à celle de quelques villes modernes : depuis le mur méridional du temple de Mout jusqu’au mur septentrional de celui de Mentou, il y a treize cents mètres, soit à Bruxelles, de l’entrée du parc du Cinquantenaire jusqu’à l'avenue des Arts ; à Paris, de Saint-Germain l’Auxerrois jusqu’à la place de la Concorde ; à Londres, de Piccadilly-Circus jusqu’à Hyde-Park Corner. L’enceinte d’Amon mesure seule plus de deux mille mètres de tour et enferme plus de vingt-cinq hectares, cena représente, pour Paris, la superficie de l’île Saint-Louis tout entière. On est surpris du développement considérable de ce seul groupe de monuments religieux qui; G loin de comprendre FIG. 1. (Phot. aér.P Kofier.) Karnak. Temple d’Amon. tous les temples de la ville de Thèbes, n’est que la résidence principale du dieu Amon. Mais en même temps Karnak représente trente siècles d’histoire. Pendant trois mille ans, les rois d'Egypte se sont plu à l’agrandissement du domaine de leur dieu, et c’est ce qui explique l’enchevêtrement des constructions. Il ne faut s’y aventurer qu'après avoir étudié le plan dans ses grandes lignes (fig. 3). | TN Commençons par l’axe de l’Ouest vers l’Est. Nous voici devant le quai, sur les pierres duquel des inscriptions gravées notent le niveau des eaux à diverses . époques (fig. 4). Au delà, l’allée des sphinx à tête de bélier nous conduit au grand pylône resté inachevé. Nous entrons dans la cour dite des Bubastides, œuvre de la xxII® dynastie, comme le pylône. Au centre se voient les ruines d’une colonnade de la xxv® dynastie éthiopienne (fig. s), au fond, l’éboulis impressionnant du 11° pylône de Ramsès Ier. Sa porte, qui conduit à la salle hypostyle, est décorée de bas-reliefs, œuvre des Ptolémées. R: Contentons-nous de traverser, sans nous y arrêter, la véritable forêt de

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