V. PHARAON, LE FILS D’AMON
MON, dieu de Thèbes, possède, non seulement une famille divine composée de Mout et de Khonsou, mais aussi une famille humaine.
Pharaon est le fils d’Amon. Son image nous apparaît dans les
temples d’une manière telle que nous pourrions nous demander :
s'agit-il du roi ou du dieu? Pharaon est comme Amon un être divin; leurs vêtements sont presque toujours identiques ; tous deux portent la barbe postiche caractéristique des dieux.
Les dédicaces des édifices répètent comme un refrain les mêmes formules : « Le roi l’a érigé comme son monument à son père Amon à cause de l’amour qu’il lui porte. » Le dieu accueille le roi par ces mots : « Mon fils bien-aimé, né de mon flanc, c’est moi qui ai créé tes beautés. » Hatshepsout faisait écrire d’elle, sur la base de son obélisque : «le dieu Ra l’a engendrée pour qu’elle soit son rejeton brillant sur la terre ».
L’explication la plus simple, et qui vient naturellement à l’esprit, est qu’il
s’agit là de formules purement laudatives, d’une véritable flatterie à l’égard
du pharaon, auquel on attribue ainsi une nature divine. Il n’en est rien; c’est de la façon la plus littérale qu’il faut interpréter les paroles du dieu disant au roi : « Tu es mon fils, né de ma chair.» Nous avons vu qu’Amon était parfois identifié au dieu solaire dont une des formes principales était le faucon.
Aussi dira-t-on du pharaon : « Tu es roi dès l’œuf. » On écrit sans hésiter que
le jour du couronnement, le roi s’envole au ciel sous forme de faucon, afin d’y
recevoir l'investiture et qu’il redescend ensuite sur la terre pour occuper le
siège d’Horus.
D'’étranges bas-reliefs retracent tous les épisodes d’un véritable rituel de la génération divine. Ces représentations avaient probablement pour but de légitimer l’accession au trône du souverain dans des circonstances où les rigoristes auraient pu soulever des objections. |
Thoutmès Ier, le grand roi du début de la xvirIe dynastie, n’avait pas d’héritier assez noble pour lui succéder, ses fils étant nés de concubines et le sang divin se transmettant par les femmes. Aussi résolut-il d’assurer la succession au trône à sa fille, très chère, née d’une princesse de sang royal. Mais c’était
une femme! Thoutmès, que cet obstacle ne retient pas, en fait officiellement un fils. Il déclare aux grands de l’empire sa décision de la proclamer son successeur et la présente aux dieux de la Haute et de la Basse-Egypte qui ratifient son choix. Les inscriptions du grand temple d’Hatshepsout, à Deir el Bahari (fig. 50), racontent en détail ces événements ; les bas-reliefs du portique Nord de la deuxième terrasse les illustrent. De 1à, le nom de « Portique de la Naissance » donné à cette partie du temple. Les reliefs avaient été exécutés avec un art parfait, malheureusement, ils furent, un peu plus tard, mutilés, grattés avec une rage incroyable. Les textes effacés signe par signe et les figures martelées, exigent une grande attention. Cependant, il n’est pas impossible de retrouver la succession des épisodes. Au mur Sud, Amon, assis sur son trône, délibère avec douze divinités qui constituent la grande neuvaine. L'inscription, dont il ne reste que quelques fragments, permet déjà d’entrevoir qu’il s’agit d’une fille d’Amon qui sera revêtue de toutes les dignités et aura toutes les perfections. Au mur Ouest, Amon donne ses instructions au dieu Thot, dont on ne voit plus que l’extrémité du bec d’ibis. C’est lui qui, dans cette affaire, sert d’intermédiaire entre Amon et la reine. Naville fait remarquer qu’il joue le même rôle que celui d’Hermès dans la comédie d’Amphytrion. Amon accompagné de Thot, se dirige vers le palais. Vient alors l’entrevue du dieu et de la reine Ahmès, épouse de Thoutmès Ier, L’inscription explique ce qui se passe : «Il a pris la forme de Sa Majesté Thoutmès Ie", il l’a trouvée. endormie au milieu des beautés de son palais. Elle s’éveilla en percevant le parfum émané du dieu. Il s’approcha d’elle.…. 1l lui donna son cœur et se fit voir sous sa forme divine. Quand il vint au-devant d’elle, elle se réjouit à la vue de sa beauté, et son amour passa dans ses membres en même temps que le parfum qui émanait du dieu. » Les Egyptiens, qui ne reculaient pas devant certaines figurations des plus réalistes, ont réussi à représenter la scène avec beaucoup de délicatesse et de charme : le dieu et la reine sont assis, face à face au bord d’un lit orné de têtes de lion et dont les pieds copient les pattes de l’animal. Amon présente à la reine, de la main droite, les signes hiéroglyphiques de la prospérité et de la vie ; de la main gauche, un autre signe. Le dieu annonce à son épouse mortelle que sa fille exercera la royauté : « Mon âme est à elle, mes libéralités, ma couronne sont siennes, pour qu’elle puisse régner sur les Deux Terres et conduire tous les êtres vivants. » Deux déesses paraissent soutenir, sous les pieds d’Amon et de la reine, une natte où un tapis.
Amon se rend ensuite chez Khnoum, le bon potier, le dieu créateur représenté avec une tête de bélier ; il lui donne ses instructions pour façonner le corps matériel d’Hatshepsout. Au tableau suivant, le divin modeleur vient d’achever le corps de deux enfants et, pour les raisons que nous avons dites plus haut, ce sont deux petits garçons qui ont été représentés. Il s’agit du corps
Regardons d’abord