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CHAPITRE XIV. LES CHEFS-D'ŒUVRE

Fig. 170. (Phot. W. Wreszinski.) | TOMBEAU DE RAMOSE. Cortège funéraire. Groupe de pleureuses.

oiseaux et les mêmes poissons figurés dans l’air et dans l’eau. Mais cependant, quelle différence de style! Elle suffit à changer l’esprit de l’ensemble. Certes, il y a des éléments immuables dans la civilisation égyptienne; mais, tout en s'inspirant des mêmes prototypes, les artistes de chaque époque ont su marquer leurs œuvres d’une empreinte caractéristique indéniable. D'ailleurs, ils réussissent par des variantes de détail à introduire dans ces compositions des figures accessoires véritablement charmantes. Chez Menna (n° 69), la scène de chasse et de pêche est à première vue identique à celle de

Nakht. Voyez cependant la jeune fille debout à l’arrière d’une des barques, et qui porte des brassées de fleurs de lotus (fig. 169). Elle se retourne d’un mouvement tout à fait gracieux ; son attitude nous est connue par quelques-uns des meilleurs objets de l’art industriel égyptien, les jolies cuillers à fard. Au bord du bateau, une fillette, d’âge si tendre qu’elle ne porte pas encore de vêtement, s’est penchée pour arracher un bouton de lotus ; la ligne générale du corps souple et jeune est absolument parfaite (quel malheur qu’il se soit trouvé une brute pour écraser le visage de cette jolie enfant !).

Voilà un artiste égyptien qui, pour la plupart des figures de cette scène, a suivi les procédés ordinaires de rabattement des plans. Les personnages épisodiques prouveraient, sans un doute possible, que ce n’était pas une incapacité artistique ou de l’inexpérience qui limitaient ses moyens de représentation ; c’est la logique de son système. On a l’impression qu’il s’est amusé à démontrer qu’il aurait pu dessiner autrement, s’il l’avait voulu. N’est-ce pas le même contraste que nous avons surpris déjà dans la scène de harem, au tombeau de Rekhmara, entre les figures des dames et celles de leurs esclaves dessinées vraiment de profil, comme aussi la petite esclave de la scène de banquet chez Nakht?

. Nous venons de marquer le caractère traditionnel des thèmes. Par contre, l’une ou l’autre peinture semble nous apporter une interprétation où l’on croit sentir l'effort d’ingéniosité d’un artiste qui, sans modifier du tout au tout l’en- . semble qui a sa valeur religieuse, en combine les éléments de manière à créer une image nouvelle. Les exemples ne manquent pas de représentations où l’on voit le mort et sa femme recevant au cours de leurs pérégrinations d’outre-tombe la boisson et les aliments offerts par une déesse bienveillante qui, souvent, se dégage d’entre les branches d’un grand arbre. (Tombes n°5 158 et 278.) Mais il semble bien que l’interprétation qu’en donne le tombeau d’Ouserhat (n° 51) soit tout à fait originale. L’arbre qui sert de fond à la scène joue un rôle surtout décoratif, croirait-on. Les figures du mort accompagné de sa femme et de sa mère se détachent sur les branches, les feuilles, les fruits du grand figuier. Dans l’angle supérieur gauche, deux oiseaux à tête humaine volent ailes éployées ; nous les retrouvons posés au bord d’un petit étang dont les âmes viennent de . puiser l’eau « de leurs mains humaines » afin de s’en désaltérer. Devant elles se trouve une corbeille garnie d’aliments. Mais en même temps la grande figure du défunt tend la main vers un plateau couvert de pains, de fruits, de fleurs que lui présente une déesse. Celle-ci penche en avant un vase d’où. s’échappent des flots de liquide. Par un procédé qui nous paraît très naïf, ceux-ci viennent se déverser dans les coupes que les personnages tiennent à la main ou portent à leurs lèvres. Il est permis de croire que le peintre auquel nous devons ce charmant tableau n’était pas seulement inspiré par sa conscience professionnelle. Il exécutait des scènes destinées avant tout au

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