‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 97 sur 137 · XV. LES GRANDS MAITRES · texte numérisé non relu

XV. LES GRANDS MAITRES

ans ses fouilles de Biban el Molouk, Th. Davis découvrit une plaque de calcaire sur laquelle un scribe avait écrit un «memento» indiquant les jours de travail et les jours de repos des ouvriers. L'étude de Daressy sur cette plaque nous permet de relever ù | quelques indications intéressantes : « L’an VI, le seize Payni, venue du gouverneur Paramheb au chantier pour donner au scribe Pakena la direction des ouvriers. » Trois mois et demi plus tard, le 2 Paophi, « arrivée des scribes dessinateurs et des graveurs ; les ouvriers ordinaires, carriers et porteurs de déblais leur cèdent la place. du 15 au 17 les scribes et graveurs travaillent ; une moitié seulement est de corvée ».

À la lecture d’un texte de ce genre, on ne peut s’empêcher de rêver à l’aspect que devaient présenter ces chantiers. La tombe est creusée profondément dans la montagne. Au fond de l’excavation, dans les ténèbres à peine dissipées par une lampe, les carriers avancent leur travail. Mais sans attendre la fin de cette tâche, les dessinateurs habiles viennent tracer sur les parois déjà prêtes les figures et les inscriptions qui en forment le décor.

L’arrêt des travaux dans plusieurs tombes nous permet, après tant de siècles écoulés, de retrouver clairement les diverses étapes. Au tombeau d’Horemheb, il faudrait aller directement jusqu’à la salle du sarcophage pour trouver le début du travail du décorateur. Lorsque les carriers avaient terminé l’excavation, il fallait soigneusement aplanir la muraille. Une inscription à l’encre, à la partie inférieure, oriente la paroi : Nord, Sud, Est, Ouest, ce qui permet de suivre les indications du plan et, dans certains cas peut-être, les prescriptions du rituel. On traçait ensuite quelques grandes lignes verticales et horizontales afin de régler non seulement la disposition des figures mais aussi leurs proportions. À différentes places on verra comment, en se guidant d’après ces lignes, les scribes dessinateurs ont, par exemple, jeté l’ébauche de la barque solaire traînée à la cordelle par des génies. Deux lignes horizontales marquent la limite des têtes, une autre, la partie supérieure du pagne. Le travail du premier dessinateur, indiqué très sommairement en rouge, a été repris par un contremaître habile dont le trait est beaucoup plus ferme. Au mur Ouest, partie Sud, la figure du génie chargé de manœuvrer la barque solaire a été tracée finalement à la couleur

ONE noire au-dessus de LA AMZZN deux ébauches à l’encre | rouge, de dimensions différentes (fig. 172).

Peu de signes de l’inscription ont trouvé grâce devants" exercé du maître.

Au mur Sud, deux des trois registres sont terminés, tout au moins

FIG: 172. (D’après Th. Davis.) TOMBEAU D’HOREMHES. Se DRE (g- Lo Ébauche de la barque solaire. au registre du bas, qua-

“ tre damnés sont éten-

dus sur le dos ; d’autres, devant eux, s’avancent les bras liés ; au-dessus, nous retrouvons la barque solaire tirée par quatre génies. Les hiéroglyphes qui commentent la scène sont terminés. Il y a, au-dessus de la tête du premier des haleurs, un cartouche royal, et à côté de celui-ci une lacune dans laquelle se trouvent sommairement dessinés deux hiéroglyphes 4 \, qui veulent dire « trouvé vide ». Voici ce que cela signifie : les décorateurs se servaient d’un cahier de modèles, en usage depuis si longtemps que le papyrus avait fini par se trouer. Comme les artistes ne connaissaient pas nécessairement le texte de tous ces livres reli- | gieux que l’on transcrivait sur les tombes royales, ils laissaient de telles lacunes et se contentaient d’attirer sur elles l’attention du vérificateur. On connaît des Egyptiens qui portaient fièrement le titre de « scribe pour les lacunes ». C’étaient eux qui restituaient le texte complet là où les manuscrits faisaient défaut. Comme la tombe d’Horemheb n’a jamais été termi-

4 FIG. 173. (D’après Th. Davis.) TOMBEAU D'HOREMHEB. née, les lacunes sont Scène funéraire inachevée.

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