‹ ThéclaChapitre 2 sur 23 · I. — l'iman · texte numérisé non relu

I. — l'iman

— Entrez, vénérable iman, ne restez point ainsi à la porte; pour n'être pas dans votre mosquée, craignez-vous que le parquet d'un chrélien ne vou'» brûle les pieds? — Allah est grand , répondit l'iman en croisant les bras sur sa poitrine, et Mahomet est son prophète! — Je ne vous dis pas le contraire; mais entrez doucl ces murs ne s'écrouleront pas sur vous.

L'iman lit quelques pas dans rappartemenl , non sans avoir préalablement retiré ses babouches, on sigfie de politesse et de délcrcnce, de même qu'en

Europe on lire son chapeau. Il élail velu d'un simple hdik de laine blanche , qui ne laissait voir dessous ni cafetan ni caleçon , et coiffe du turban de mousseline blanche, que les croyants revenus du pèlerinage de la 3Iecque ont seuls droit de porter, comme il n'apparlient qu'à eux d'ajouter à leur nom le litre honorifique dc^hadji.

— Maintenant parlez; qu'y a-t-il de bon pour votre service? — Seigneur consul, ma mission est une mission de miséricorde. Ouvrez donc l'oreille à mes paroles, car si Allah est juste, Allah est miséricordieux, et le devoir des hommes, leur but sur cette terre de passage est d'imiter Allah. Tu as été juste, chrétien, maintenant sois clément; la clémence commence où la justice finit. — Vous êtes un saint homme, et je vois, à la piété de vos paroles encore plus qu'à votre turban, que vous avez fait le grand pèlerinage; mais où en voulez-vous venir? — Ben- Abbas, notre respectable pacha, m'a appelé auprès de lui , et le cœur pénétre de tristesse à cause du crime dllassan : Iman, m'a-t-il dit, va désarmer l'illustre consul de la nation anglaise, et pour qu'il sache bien que tu viens de ma part, remets-lui celle letlre que j'ai écrite de ma main et scellée de mon sceau. Prends, consul, la voilà.

En prononçant ces ni()(s,riman lira de son iiaïk et remit au consul une lelUe longue d'un pied cl large seulement de quelques pouces, suivant le pli sacramentel des xMores. Le consul rompit les trois cachets qui la ferinaient, et versé dans la langue arabe, il lui couranmicnl ce qui suit :

THÉCLA. î>

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux!

II n'y a ni puissance ni force, sinon avec Dieu Irès-haut et très-grand. Amcnl

Salut à qui marche dans le droit sentier !

Consul du roi et de la nation britannique , sir Herwart! tu es l'hôte de notre magnanime empereur, lu es sous sa protection , tu représentes dans ses Etats une grande nation : tu es digne par conséquent de la considération la plus haute, et les plus sublimes honneurs te sont dus. C'est pourquoi le crime d'Hassan lui a paru énorme, car Hassan a outragé à la fois ta nation, ton souverain, toi-même : aussi notre trèsglorieux et très-patient empereur n'a-t-il pu laisser impuni un si grand forfait , et il n'a pas hésité, tu le sais, à en faire sévère justice. Il t'a livré le coupable, et t'a donné sur sa personne droit de vie et de mort. Tu as prononcé la mort, Hassan l'a méritée, et ta sentence est juste; tout juge, à ta place, eût prononcé comme toi. Frappe donc si tu veux frapper, tu le peux; ton arrêt sera respecté. Mais n'oublie pas que tu es disciple de celui qui ne frappa point , mais qui pardonna. Votre prophète, 6 chrétien! Jésus, lils de Marie, vous a dit dans son livre divin : Si quelqu'un te frappe sur une joue, présente l'aulre; et lui-même ne se défendit pas quand les Juifs vinrent pour le tuer; c'est pourquoi Dieu le retira à lui, et l'a mis au rang de ses élus. Chrétien, ne démens pas au milieu des vrais croyants le beau renom de ton prophète, le plus grand des prophètes après Mahomet; prouve qu'à son e\i'iii|)l(* ses disciples S(»nl patients aux injures, et qu'ils ont le cœur ouvert à 1 2

(y TUÉCLA.

la pilié. Pardonne à Hassan comme Jésus a pardonné à ses bourreaux. Considère que le coupable a un vif regret de son crime, que son repentir est sincère, qu'il en demande pardon tout le jour à toi et à Dieu. Or il est dit encore dans votre Alcoran qu'il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se repent que pour dix justes qui n'ont pas besoin de repentance. Si donc tu. fais grâce à cet homme, lu feras l'œuvre d'un cœur magnanime, d'un vrai chrétien, et tu seras récompensé par le Ïrès-Clemeut et Très-AIiséricordieux. »

Tandis que sir Herwart lisait ce long sermon, un sourire ironique flottait sur ses lèvres ; car il connaissait le pacha, et n'était pas dupe de son pieux artifice.

Hassan était un pirate de la tribu berbère d'Angiara ; il avait longtemps exercé son industrie sanglante dans les parages de ïetuan et jusque dans le détroit de Gibraltar. La tolérance du pacha était manifeste et diversement interprétée; on allait jusqu'à dire qu'il avait sa part dans les bénéfices du forban. Enhardi par une si criante impunité et par la protection tacite h l'ombre de laquelle il opérait, Hassan n'avait bientôt plus mis de bornes à ses déprédations, et il avait tout récemment poussé l'audace jusqu'à capturer, en vue même de Gibraltar, un bâtiment de commerce anglais; une partie de l'équipage avait cle massacré. Sir Herwart, le consul britannique près de la cour de Maroc, avait réclamé avec tant d'énergie contre cet épouvantable attentat, il avait appuje ses réclamations de menaces si foudroyantes, c'était

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d'ailleurs un homme si redouté, et la proximilé des huit cents canons de Gibraltar donnait à ses paroles une si formidable autorité, que le gouvernement marocain s'était vu , quoique à regret, dans la nécessité de sévir. L'emi)ereur, intimidé , avait mis le coupable à la disposition du consul, comme c'est l'usage dans les Etats barbaresques, et l'on vient de voir quelle juste sentence sir Hcrwart avait prononcée contre le pirate assassin.

— Eh bien ! seigneur consul, demanda l'iman lorsque llerwart eut achevé de lire la missive de I>en- Abbas, sont-cc des paroles de clémence qu'il me faudra porter au pacha? — Ce sont des paroles de juslice. Vénérable iman , vous avez rempli votre devoir de prêtre en sollicitant la grâce d'Hassan; moi, je remplis mon devoir de consul en vous la refusant. — Tu es donc implacable dans ta vengeance? — Ce n'est pas mon injure personnelle que je venge ici, j'accomplis un devoir public; c'est mon souverain, c'est mon pays qui est en cause, ce n'est pas moi; je n'ai par conséquent |)as le droit de faire grâce, et le pardon ne serait, dans cette occasion, qu'une coupable faiblesse et une impunité dangereuse. Il faut qu'un grand exemple soit domïé,et que la réparation soit aussi éclatante que l'a été le crime; ces féroces bandits ne connaissent d'autre frein que la terreur; si je laissais un i)areil crime sans cbàlinienl, il n'y aurait plus de sécurité sur ces mers, cl le brigandage y regîieraiten tyran. S'at!a(iuer au paNillon britaimique! mais c'est ce qu't)n ii'aNait janjais vu : jusqu'à présent, ces misérables l'avaient au moins

respecté. Où leur insolence s'arrèlera-l-elle après un attentat si audacieux? Il faut en finir avec ces hommes de rapine; et si votre pacha n'avait pas trop longtemps Terme les yeux sur leurs infâmes pirateries, je ne serais pas obligé de faire moi-même la police dans son gouvernement. Mais je veillerai, puisqu'il dort, et c'est moi qui purgerai vos mers des brigands qui les infestent. — lis ont éteint à tes yeux le flambeau delà vérité et t'ont plongé dans les ténèbres de l'erreur, ceux qui t'ont dit que B.'n-Abbas dormait; non, Rcn-Abbas ne dort pas, il veille, et il sera toujours le premier à protéger le pavillon britannique. — Le pavillon britannique n'a pas besoin de protection, il se protège lui-même, et je suis à Tétuan pour le faire respecter. Si votre pacha aimait la justice, il s'unirait à moi pour la faire exécuter, au lieu de l'entraver par ses sollicitations. Comment ne rougit-il pas de se f.iire le patron d'un misérable que votre empereur lui-même a livré à ma merci? Non , Ben-Abbas n'aime pas la justice. — La justice peut devenir de l'injustice. — Comme la pilie, s'ecria le consul avec impatience, peut n'être que du dé|)it et de la jalousie. Iman , restons-en là; vous êtes dans votre rôle , et j'aime à croire que vous remplissez votre message en conscience : vous pouvez être un homme sincère, vous; mais celui qui vous envoie ne l'est pas; non, il ne l'est pas; sa subite commisération et son étrange sollicitude pour un bandit indigne de toute compassion auraient lieu de me surprendre; car la vie d'un homme n'est pas quelque chose de si précieux pour lîen-Abhas , cl

l'excculion d'un criminel ne lui ciuse pas d'ordinaire tant d'émolion : mais je ne suis pas la dupe de sa sonsihililé hypocrite; ce n'esl pas son cœur qui souffre, c'est son amour-propre : il lui en coûte de voir un chrétien se faire justice à lui-même dans une ville où il commande. Ce n'est pas l'humanité qui l'inspire, croyez-moi. Que lui importe qu'Hassan meure ou qu'il vive? Ce qu'il veut, je vais vous le dire, moi : jaloux de ma juridiction , il veut casser un arrêt émané de mon tribunal; n'osant le faire ouvertement, il vous a appelé à son aide, vous, ministre de la religion, et il joue, sous votre sainte rohe, une mansuéluile qui n'est point dans son cœur et une clémence qu'il n'a jamais pratiquée pour son compte. Voilà tout le secret de sa pitié menteuse. Allez, allez, je reconnais le loup dévorant sous la peau de l'agneau pacifique, et je ne suis pas homme à tond)er dans un piège aussi grossier. — Chrétien, tu es sévère dans tes jugements. Ne crains-tu pas qu'Allah ne te juge dans l'cternilé comme tu auras jugé dans le temps? — Il me jugera comme il voudra ; mais, à COU]) sur, il ne me condamnera pas pour avoir délivré le monde d'un bandit charge de tous les crimes. — L'homme le plus parfait pèche dix fois le jour, et l'on doit pardonner à son frère septante fois sept fois; nous aurons besoin de tant d'indulgence au jour du grand jugement , tju'il ne faut pas nous montrer trop sévères ici-bas; cmiime nous aurons pardonné sur la terre, il nous sera pardonné dans le ciel : quiconque a pitié de son prochain devient créancier d'Allah même; or Allah est un bon dcbi-

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leur. — Et vous, mon respectaijie iman, vous êtes un excellent avocat, mais votre cause est mauvaise, résignez-vous à la perdre. C'est la faute de votre client, ce n'est pas la vôtre. — Ainsi le pauvre Hassan, malgré son repentir, n'a plus rien à espérer? lu demeures inflexible? — Inflexible comme la loi. — Oue la volonté d'Allah s'accomplisse!

L'iman s'enveloppa dans les vastes plis de son haïk, ol l)aissa tristement la tète ; pourtant il ne paraissait pas avoir perdu tout espoir, car il demeura longtemps immobile et muet dans son humble attitude, comme s'il eût. voulu laisser à ses paroles le temps de faire leur effet. Tandis qu'il était là, tête basse et nupieds, attendant en silence que l'esprit de pardon descendit du ciel dans l'âme de l'inexorable Anglais, on entendit dans la pièce voisine des gémissements , des sanglots, et forçant la porte avec impétuosité, malgré les efforts qu'on lui opposait, une femme more, entourée d'une troupe d'enfants, se précipita aux genoux d'Herwart.

— Grâce! grâce! seigneur chrétien; grâce pour mon époux, pour mon |)auvre Hassan ! Ne prive pas ces petits enfants d'un père, n'en fais pas des orphelins, et Allah ouvrira sur toi un œil d'amour, il l'inondera, toi et ta nation, d'une pluie de prospérités: qu'il soit béni pour m'avoir f.iit arriver à temps! Je tremblais de venir trop tard : j'ai marche le jour aux ardeurs de la canicule, j'ai marché la nuit au milieu des plus épaisses ténèbres, bravant la fatigue qui vf>ulait enchaîner mes jambes, et le sommeil qui fermait malgré moi mes paupières brûlantes. Je dévo-

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rais la poussière sèche, le soleil avait bu toutes les sources : mais esl-ce que je sentais la soif? Et la faim, je la renfermais comme une couleuvre endormie dans les replis de mes entrailles. Quand je passais, le soir, à la lisière des pâturages, les chiens hurlaient après moi : Esl-ce une louve altérée ou une hyène qui rôde dans l'ombre? se demandaient les pâtres épouvantés. — C'est Omaya, leur criais-je; et parlant bas, ils se disaient entre eux : Où va la veuve d'Hassan? Croit-elle ressusciter les morts? Les bûcherons, posant leurs cognées pour me voir passer, médisaient aussi, en secouant la tête : Salut, veuve d'Hassan, tu as beau marcher vite, la mort est plus agile que toi. Et les échos des montagnes répétaient auiaur de moi, d'une voix lugubre et sépulcrale : Malh(Hir! maiheur! malheur! Omaya est veuve, les nis d'Hassan sont orphelins! Oui, Seigneur, voilà ce qu'ils me disaient tous : ils disaient ton cœur plus (lur que les rochers qui me déchiraient les pieds, et ton bras plus terrible que la hache qui abat les chênes d^m seul coup. Mais je ne voulais pas le croire, car je sais que tu es un homme magnanime, et que les paroles de miséricorde coulent de tes lèvres comme les étoiles répandent la rosée sur la fleur flétrie des montagnes; c'est pourquoi j'allais toujours devant moi, portée sur les ailes de l'espérance, et me voici en suppliante à les pieds. — Femme, relevez-vous; et vous, vénérable irnan, répondez-lui vous-même; dites-lui que je suis l'esclave d'un devoir rigoureux, et que je ne puis que plaindre son infortune. Votre pouvoir commence où le mien iinit; donnez-lui les

consolations dont elle a besoin , enseignez-lui la résignation. — Crois-tu donc, s'écria Omaya, que je sois venue ici pour prendre des leçons de résignation? je suis venue pour délivrer Hassan et pour plaider sa cause. Il n'est coupable que d'une méprise; et dès que la vérité lui a dessillé les yeux , son premier soin, ne le sais-tu pas? a été de réparer son erreur. — Non , je ne sais point cela : ce que je sais, c'est qu'un navire anglais a été pillé par hii, des sujets anglais massacrés par lui, et .que, sans moi, le reste de l'équipage serait, à cette heure, mort ou esclave dans vos montagnes sanglantes. — 0 langues de vipère! jusqu'à quand distillerez-vous le fiel et la calomnie? Et toi , illustre consul de la plus grande nation du monde, comment as-tu pu ouvrir les oreilles à de si noirs mensonges? On a calomnié Hassan : il a des ennemis qui veulent le perdre; mais tant que le soleil brillera au ciel, et la justice dans ton cœur, ils n'y réussiront pas. Je connais Hassan, et ta seigneurie peut m'en croire, il honore , il révère tes compatriotes, il n'en parle jamais qu'avec un profond sentiment de respect et de vénération. Que de fois, en voyant vos invincibles navires cingler majestueusement à travers le détroit , que de fois ne m'a-t-il pas dit, en mêles montrant du doigt avec admiration : Omaya , si je n'eusse été croyant , j'aurais voulu naître Anglais! Tu vois donc bien, seigneur consul, que mon époux n'est pas coupable, et que son prétendu crime n'est qu'une erreur. 11 ignorait qu'il eût affaire à des compatriotes de la seigneurie. — Pourtant il ravage depuis assez longtemps les mers pour

distinguer les pavillons. — C'était la nuit : comment aurait-il pu connaître les couleurs de ta patrie? et l'équipage avait lieau lui crier : Nous sommes Anglais ; il ne les comprenait pas. Plût à Dieu que mon pauvre Hassan fût aussi savant que ta seigneurie I tu entends notre langue, toi : mais lui, il n'entend pas la tienne, et c'a été pour son malheur. — Vos excuses seraient bonnes, et j'y ferais droit, si elles étaient fondées; mais elles sont démenties par le fait et par les aveux d'Hassan lui-même. L'attaque a eu lieu en plein jour, et il n'a pas douté un instant que le navire fût anglais; d'ailleurs eût-il appartenu à toute autre nation, le crime n'en serait pas moins un crime, et il réclamerait le même châtiment. — En admettant qu'Hassan ne soit pas sans reproche, ne doit-on pas pardonner quelque chose à la fragilité humaine, et pour la première offense qu'on reçoit d'un homme , faut-il lui ôter la vie et réduire sa famille au désespoir et à la mendicité? oui, h la mendicité, car si lu nous arrachais notre Hassan, notre unique soutien , il ne nous resterait plus qu'à tendre la main et à tremper le pain de l'aumône dans nos larmes. — Le pain trempé dans les larmes est meilleur que le pain trempé dans le sang, et le fruit de l'aumône est plus doux que celui du vol et du meurtre.

— Voilà qui est parler selon la sagesse ; mais considère que CCS petits enfants sont innocents, et que ce sont eux que tu punis en punissant leur père. Ce n'est pas que je l'excuse : son crime fut alTreux, abominable; mais il est écrit : J'ai pu faillir; toi, lu

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(lois pardonner; il n'y a pas de si grande injure qui ne mérite de l'indulgence. Plus le pardon est difficile, plus il est digne de toi : car tu as un grand cœur, et lu ne voudras pas donner raison aux lâches calomniateurs qui répandent sur ton nom le venin du mensonge; tu les confondras, tu feras rentrer dans les ombres du silence ces noirs oiseaux d'imposture, en rendant à Omaya l'époux qu'Aliah lui a donné. Je ne te parle pas de rançon , car tu n'es pas un pacha, toi , lu ne vends pas le sang à prix d'argent, et tu fais le l)icn pour le bien, mais s'il en fallait une, on la trouverait : Hassan ne possède rien, mais Hassan a des amis dans sa tribu, et son nom est une mine d'or. Pardon , seigneur consul, je l'offense en te parlant de rançon : compte donc sur la reconnaissance, sur l'éternelle amitié d'Omaya, et ne les dédaigne pas, car la vie humaine est pleine «le vicissitudes, et la veille ne sait pas les événements du lendemain.

Fidèle à la loi de l'Alcoran, qui défend aux musulmanes de se découvrir le visage devant un homme, surtout en présence d'un iman , Omaya qui était I elle et encore jeune, était restée voilée pendant les premiers moments; mais l'ardeur de ses supplications avait fait tomber son voile, cl, oubliant toute réserve, dans l'excès de sa douleur, elle se découvrit la poitrine, elle se frappait le sein à coups redoubles. Son haïk en désordre traînait sur le sol; ses cheveux noirs flottaient, dénoués, sur ses épaules, et, à défaut d'autre voile, lui couvraient la moitié du visage : ses joues brunies par le soleil et ses grands

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yeux noirs cernes par la faliguc étaient l.aignés de larmes.

Lescnfanls criaient et pleuraient sur le diapason (le leur mère : ils ne comprenaient pas, mais ils faisaient ce qu'ils lui voyaient faire, gémissant quand elle gémissait, sanglotant quand elle sanglotait; ils se pendaient aux habits de sir llerwart, lui liraient les hras, lui serraient les jambes, si bien qu'enlacé et pressé de toutes paris, comme le voyageur l'anlastiqiie garrolé par le peuple de Lillipul, il lui élait impossible de faire un mouvement. Rien, certes, n'est plus louchant, rien n'est plus digne de compassion qu'une famille en pleurs qui vient implorer la grâce d'un père, d'un époux; mais sir llerwart était résolu à ne la point accorder : il ne le pouvait ni ne le dcNait; ces démonslralions l)ruyanles le contrarient donc plus qu'elles ne le touchaienl, et le cœur humain est ainsi fait, qu'elles chassaient l'attendrissement, bien loin de l'appeler. La supplique se prolt)ngeant, l'impatience le prit; il lit un elTort violent pour se dégager des liens qui l'enlaçaient, et s'élança vers une croisée, laissant le groupe suppliant entassé pêle-mêle au milieu de l'apparlemenl. Puis, se ravisant tout d'un coup, comme s'il se fût reproché sa dureté, il revint sur ses pas, et prit dans ses bras un des enfants, cherchant à lemperer par ses caresses rinnexil)le rigueur de son devoir. Mais le petit sauvage , elTaronché, poussa des cris si épouvantables, il lit des elïorts si désespérés, des gesles si furieux pour se délivrer des bras du consul, que force fut bien de le laisser aller: le prenjier usage

qu'il fit de sa lilcrlé fut de s'aller cacher dans le haïk d'Omaya, comme un marcassin poursuivi par les chiens se réfugie dans le giron maternel.

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