‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 104 sur 456 · SCÈNE PREMIÈRE ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE ÉRIPHILE, DORIS

ÉRIPHILE

Ne les contraignons point, Doris, retirons-nous; Laissons-les dans les bras d'un père et d'un époux ; Et tandis qu'à l'envi leur amour se déploie, Mettons en liberté ma tristesse et leur joie.

DORIS

Quoi, Madame ? toujours irritant vos douleurs, Croirez-vous ne plus voir que des sujets de pleurs ? Je sais que tout déplaît aux yeux d'une captive, Qu'il n'est point dans les fers de plaisir qui la suive. Mais dans le temps fatal que repassant les flots. Nous suivions malgré nous le vainqueur de Lesbos; Lorsque, dans son vaisseau, prisonnière timide. Vous voyiez devant vous ce vainqueur homicide'. Le dirai-je ? vos yeux, de larmes moins trempés, A. pleurer vos malheurs étoient moins occupés. Maintenant tout vous rit : l'aimable Iphigéhie D'une amitié sincère avec vous est unie;

674 IPHIGÉNIE

Elle vous plaint, vous voit avec des yeux de sœur ; Et vous seriez dans Troie avec moins de douceur. Vous vouliez voir l'Aulide où son père l'appeUe, Et l'Aulide vous voit arriver avec elle. Cependant, par un sort que je ne conçois pas, Votre douleur redouble et croît à chaque pas.

ÉRIPHILE

Hé quoi? te semble-t-il que la triste Ériphile Doive être de leur joie un témoni si tranqmlle ( Crois-tu que mes chagrins doivent s'évanomr A l'aspect d'un bonheur dont je ne puis jouir ? - 42o Je vois Iphigénie entre les bras d'un père ; E-lie fait tout l'orgueil d'une superbe mère ; Et moi, toujours en butte à de nouveaux dangers, Remise dès l'enfance en des bras étrangers, Je reçus et je vois le jour que je respire S San^ que mère ni père ait daigné me sourire K J'ignore qui je suis ; et pour comble d'horreur, Un oracle effrayant m'attache à mon erreur,

1 V Hu-o a critiqué ce vers : c< Vous rencontrez à chaque instant

VTJ^^^ l'Xnë.- :JL, rÏ^d M.%. Mesnari^CorneiUe, ,«i

a dit:

Àlbe où j-ai commencé de respirer le jour. [Horace, v. 29.) (Ceux) qui m'ont conservé le jour que je respire.

{Cinna, v. 1-458.)

Et sans doute en même temps Virgile, chez qui l'on trouve haunn lucem. [Lex. de Raciîie,\).^U') ,^ , ^ i;,- IV v 6->i-

2. Ce vers est une réminiscence de Virgile {Eglogues, h^.l^, ^. b--.

... Cui non risere parentes, yec deus hune mensa, dea nec dignata cubili est,

. Celui à qui ses parents n'ont pas — ^' f^J^^^^^^^T^" '^^^ ^'^ admis à sa table, m la déesse ne 1 a reçu dans son ht.

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