ACTE II, SCÈNE L
Et quand je veux chercher le sang qui m'a fait naître, Me dit que sans périr je ne me puis connaître. 43g
DORIS
Non, non, jusques au bout vous devez le chercher.
Un oracle toujours se plaît à se cacher :
Toujours avec un sens il en présente un autre.
En perdant un faux nom vous reprendrez le vôtre.
C'est là tout le danger que vous pouvez courir, 435
Et c'est peut-être ainsi que vous devez périr.
Songez que votre nom fut changé dès l'enfance.
ÊRIPHILE.
Je n'ai de tout mon sort que cette connoissance ;
Et ton père, du reste infortuné témoin,
Ne me permit jamais de pénétrer plus loin. 44o
Hélas ! dans cette Troie où j'étois attendue.
Ma gloire, disoit-il, m'alloit être rendue ;
J'allois, en reprenant et mon nom et mon rang,
Des plus grands rois en moi reconnoître le sang.
Déjà je découvrois cette fameuse ville. 44^
Le ciel mène à Lesbos l'impitoyable Achille :
Tout cède, tout ressent ses funestes efforts ;
Ton père, enseveli dans la foule des morts,
Me laisse dans les fers à moi-même inconnue ;
Et de tant de grandeurs dont j'étois prévenue, 45o
Vile esclave des Grecs, je n'ai pu conserver
Que la fierté d'un sang que je ne puis prouver.
DORIS
, Ah! que perdant. Madame, un témoin si fidèle, iLfi main qui vous l'ôta vous doit sembler cruelle î Mais Calchas est ici, Calchas si renommé, 4^5 Qui des secrets des Dieux fut toujours informé. Le ciel souvent lui parle . instruit par un tel maître,
IPHIGÉNIE
Il sait tout ce qui fut et tout ce qui doit être K Pourroit-il de vos jours ignorer les auteurs ? Ce camp même est pour vous tout plein de protecteurs. Bientôt Iphigénie, en épousant Achille, Vous va sous son appui présenter un asile. Elle vous l'a promis et juré devant moi, Ce gage est le premier qu'elle attend de sa foi.
ÉRlPniLE.
Que dirois-tu, Doris, si passant tout le reste, Cet hymen de mes maux étoit le plus funeste ?
DORIS
Quoi, Madame?
ÉRIPHILE
Tu vois avec étonnement Que ma douleur ne souffre aucun soulagement. Écoute, et tu te vas étonner que je vive. C'est peu d'être étrangère, inconnue et captive : Ce destructeur fatal des tristes Lesbiens, Cet Achille, l'auteur de tes maux et des miens. Dont la sanglanter main m'enleva prisonnière. Qui m'arracha d'un coup ma naissance et ton pere, De qui, jusques au nom, tout doit m'être odieux. Est de tous les mortels le plus cher à mes yeux.
DORlS.
Ah 1 que me dites-vous ?