‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 106 sur 456 · ACTE II, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE

ÉRIPHILE

Je me flattois sans cesse Qu'un silence éternel cacheroit ma foiblesse. Mais mon cœur trop pressé m'arrache ce discours, Et te parle une fois, pour se taire toujours. 48o Ne me demande point sur quel espoir fondée De ce fatal amour je me vis possédée.

Je n'en accuse point quelques feintes douleurs Dont je crus voir Achille honorer mes malheurs. Le ciel s'est fait, sans doute, une joie inhumaine 485 A rassembler sur moi tous les traits de sa haine. Rappellerai-je encor le souvenir affreux Du jour qui dans les fers nous jeta toutes deux? Dans les cruelles mains par qui je fus ravie Je demeurai longtemps sans lumière et sans vie. 49» Enfin mes tristes yeux cherchèrent la clarté * ; Et me voyant presser d'un bras ensanglanté, Je frémissois, Doris, et d'un vainqueur sauvage Craignois de rencontrer l'effroyable visage. J'entrai dans son vaisseau, détestant ^ sa fureur, 49^ Et toujours détournant ma vue avec horreur. Je le vis : son aspect n'avoit rien de farouche ; Je sentis le reproche expirer dans ma bouche ; Je sentis contre moi mon cœur se déclarer; J'oubliai ma colère, et ne sus que pleurer. 5oo Je me laissai conduire à cet aimable guide. Je l'aimois à Lesbos, et je l'aime en AuHde. Iphigénie en vain s'offre à me protéger,

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