‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 113 sur 456 · SCÈNE III IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

SCÈNE III IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS

IPHIGÉNIE

De cet accueil que dois-je soupçonner?

D une s'ecrète horreur je me sens frissonner. 58o Je crains, malgré moi-même, un malheur que j'ignore. Justes Dieux, vous savez pour qui je vous implore.

Quoi ? parmi tous les soins qui doivent l'accabler,

Quelque froideur suffit pour vous faire trembler?

Hélas! à quels soupirs suis-je donc condamnée, 585

Moi, qui de mes parents toujours abandonnée.

Étrangère partout, n'ai pas même en naissant

Peut-être reçu d'eux un regard caressant!

Du moins, si vos respects sont rejetés d'un père,

Vous en pouvez gémir dans le sein d'une mère ; ôgo

Et de quelque disgrâce enfin que vous pleuriez,

Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés?

IPBIGÉNIE.

Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile, Ne tiendroient pas longtemps contre les soins d'Achille; Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir, Sgô Lui donnent sur mon âme un trop juste pouvoir. Mais de lui-même ici que faut-il que je pense? Cet amant, pour me voir brûlant d'impatience, Que les Grecs de ces bords ne pouvoient arracher, Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher, 600 S'einpresse-t-il assez pour jouir d'une vue

IPHIGÉNIE

Qu'avec tant de transports je croyois attendue?

Pour moi, depuis deux jours qu'approchant de ces lieux,

Leur aspect souhaité se découvre à nos yeux,

Je l'attendois partout; et d'un regard timide 6o5

Sans cesse parcourant les chemins de l'Aulide,

Mon cœur pour le chercher voloit loin devant moi,

Et je demande Achille à tout ce que je voi.

Je viens, j'arrive enfin sans qu'il m'ait prévenue.

Je n'ai percé qu'à peine une foule inconnue; 6io

Lui seul ne paroit point. Le triste Agamemnon

Semble craindre à mes yeux de prononcer son nom.

Que fait-il? Qui pourra m'expliquer ce mystère?

Trouverai-je l'amant glacé comme le père?

Et les soins de la guerre auroient-ils en un jour 6i5

Éteint dans tous les cœurs la tendresse et l'amour ?

Mais non : c'est l'offenser par d'injustes alarmes.

C'est à moi que l'on doit le secours de ses armes.

Il n'étoit point à Sparte entre tous ces amants

Dont le père d'Hélène a reçu les serments : 620

Lui seul de tous les Grecs, maître de sa parole,

S'il part contre Ilion, c'est pour moi qu'il y vole;

Et satisfait d'un prix qui lui semble si doux.

Il veut même y porter le nom de mon époux.

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