‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 13 sur 456 · Racine reprend ici un vers de Molière · texte numérisé non relu

Racine reprend ici un vers de Molière

Sous quel astre, bon dieu ! faut-il que je sois né?

{Fâcheux, 1, 1.)

MITHRIDATE

XIPHARÈS

Si vous aimer c'est faire un si grand crime, Pharnace n'en est pas seul coupable aujourd'hui ; Et je suis mille fois plus criminel que lui. 17Q

MONIME

Vous!

XIPHARÈS

Mettez ce malheur au rang des plus funestes ; Attestez, s'il le faut, les puissances célestes Contre un sang malheureux, né pour vous tourmenter Père, enfants 2, animés à vous persécuter. Mais avec quelque ennui que vous puissiez apprendre 175 Cet amour criminel qui vient de vous surprendre. Jamais tous vos malheurs ne sauroient approcher Des maux que j'ai soufferts en le voulant cacher. Ne croyez point pourtant que semblable à Pharnace, Je vous serve aujourd'hui pour me mettre en sa place. i8a Vous voulez être à vous, j'en ai donné ma foi, Et vous ne dépendrez ni de lui ni de moi. Mais quand je vous aurai pleinement satisfaite. En quels lieux avez-vous choisi votre retraite ? Sera-ce loin, Madame, ou près de mes États? i85 Me sera-t-il permis d'y conduire vos pas ? Verrez-vous d'un même œil le crime et rinnocence ? F/U fuyant mon rival, fuirez-vous ma présence?

1. Tourmenter est pris dans toute lenergie de son sens : i^o?î72e?' torture. Racine a employé souvent ce mot avec la même énergie. Puis le sens s'est affaibli, comme il est arrivé pour gêner, et torturer est seul resté à la place des deux autres.

2. Père, enfants, apposition à sang, dont ces deux mots développent le sens. — La langue classique se distinguait de la nôtre par un emploi beaucoup plus étendu de la métonymie: sang veut dire tantôt fils, tantôt race, tantôt parenté, et riin-i de bien <TiJiUres mots.

ACfE î, SCÈNE lï.

Pour prix d'avoir si bien secondé vos souhaits, Faudra-t-il me résoudre à ne vous voir jamais ?

MONIME

Ah ! que m'apprenez-vous ?

XIPHARÈS

Hé quoi? belle Monime, Si le temps peut donner quelque droit légitime, Faut-il vous dire ici que le premier de tous Je vous vis, je formai le dessein d'être à vous. Quand vos charmes naissants, inconnus à mon père, N'avoient encor paru qu'aux yeux de votre mère ? Ah ! si par mon devoir forcé de vous quitter, Tout mon amour alors ne put pas éclater, Ne vous souvient-il plus, sans compter tout le reste, Combien je me plaignis de ce devoir funeste ? Ne vous souvient-il plus, en quittant vos beaux yeux, Quelle vive douleur attendrit mes adieux ? Je m'en souviens tout seul. Avouez-le, Madame, Je vous rappelle un songe effacé de votre âme/ Tandis que loin de vous, sans espoir de retour, Je nourrissois encore un malheureux amour, Contente, et résolue à l'hymen de mon père, Tous les malheurs du fils ne vous aftligeoient guère K

MONIME

Hélas!

XIPHÂRÊS.

Avez-vous plaint un moment mes ennuis?

MONlME.

Prince..., n'abusez point de l'état où je suis.

j. Var. Tous les malheurs du fils ne vous occupaient guère. (Id. 1673.^

MITHRIDATE

XIPHARÈS

En abuser, ô ciel! quand je cours vous défendre, Sans vous demander rien, sans oser rien prétendre; Que vous diiai-je enfin ! lorsque je vous promets De vous mettre en état de ne me voir jamais !

MONIME

C'est me promettre plus que vous ne sauriez faire. 21 5

XIPHARÈS

Quoi? malgré mes serments, vous croyez le contraire?

Vous croyez qu'abusant de mon autorité,

Je prétends attenter à votre liberté ?

On vient, Madame, on vient. Expliquez-vous, de grâce.

Un mot.

MONIME

Défendez-moi des fureurs de Pharnace. 220 Pour me faire, Seigneur, consentir à vous voir, Vous n'aurez pas besoin d'un injuste pouvoir.

/ XIPHARÈS

Ah! Madame....

MONIME

Seigneur, vous voyez votre frère,

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