‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 191 sur 456 · XII. Aricie; valeur et effets de l'invention du personnage · texte numérisé non relu

XII. Aricie; valeur et effets de l'invention du personnage

XIII. Le récit de Thér amène : examiner et discuter les critique

qu'on en a faites.

XVI. Étudier l'emploi de la mythologie dans la tragédie d( Phèdre.

PRÉFACE

Voici encore une tragédie dont le sujet est pris d'Euripide. Quoique j'aie suivi une route un peu différente de celle de cet auteur pour la conduite de l'action, je n'ai pas laissé d'enrichir ma pièce de tout ce qui m'a paru plus éclatant* dans la sienne. Quand je ne lui devrois que la seule idée du caractère de Phèdre, je pourrois dire que 3e lui dois ce que j'ai peut-être mis de plus raisonnable sur le théâtre. Je ne suis point étonné que ce caractère ait eu un succès si heureux du temps d'Euripide, et qu'il ait encore si bien réussi dans notre siècle, pui'fequ'il a toutes les quahtés qu'Aristote demande dans le héros de la tragédie*, et qui sont propres à exciter la compassion et la terreur. En effet, Phèdre n'est ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente. Elle est engagée par sa destinée,

î. Var. : de plus éclatant. (Éd. antérieures à 1697.) 2. Aristote, Poétique, ch. xiii. Cf. Corneille, Second Discours : « ... Il reste donc à trouver un milieu entre ces deux extrêmes, par le

PREFACE

et par la colère des Dieux, dans une passion illégitime, dont elle a horreur toute la première. Elle fait tous ses efforts pour la surmonter. Elle aime mieux se laisser mourir que de la déclarer à -personne. Et lorsqu'elle est forcée de la découvrir, elle en parle avec une confusion cpii fait bien voir que son crime est plutôt une punition des Dieux qu'un mouvement de sa volonté.

J'ai même pris soin de la rendre un peu moins odieuse {Qu'elle n'est dans les tragédies des anciens, où elle se résout d'elle-même à accuser llippolyte. J'ai cru que la calomnie avoit quelque chose de trop bas et de trop noir pour la mettre dans la bouche d'une princesse qui a d'aiV leurs des sentiments si nobles et si vertueux. Cette bassesse m'a paru plus convenable à une nourrice, qui pouvoit avoir des intentions plus serviles, et qui néanmoins n'entreprend cette fausse accusation que pour sauver la vie et l'honneur de sa maîtresse. Phèdre n'y donne les mains que parce qu'elle est dans une agitation d'esprit qui la met hors d'elle-même, et elle vient un moment après dans le dessein de justifier l'innocence et de déclarer la vérité.

Hippolyte est accusé, dans Euripide ét dans Sénèque, d'avoir en effet violé sa belle-mère : Vim corpus tidit^. Mais il n'est accusé ici que d'en avoir eu le dessein. J'ai voulu épargner à Thésée une confusion qui l'auroit pu rendre moins agréable aux spectateurs.

Pour ce qui est du personnage d'Hippolyte, j'avois remarqué dans les anciens qu'on reprochoit à Euripide de l'avoir représenté comme un philosophe exempt de toute miperfection : ce qui faisoit que la mort de ce jeune

choix d'un homme qui ne soit ni tout à fait bon, ni tout à fait méchant, et qui, par une faute, ou faiblesse humaine, tombe dans un malheur qu'il ne mérite pas. Aristote en donne pour exemple <Edipe et Thyeste. » SI o^'Qz 3iussï \' Examen de Polyeucie.

1 Sénèque, Hippolyte^ III, 2, vers 889.

PRÉFACE

prince ca^soit beaucoup plus d'indignation que de pitiés J'ai cru lui devoir donner quelque foiblesse qui le rendroit uii peu coupable envers son père, sans pourtant lui rien ôter de cette grandeur d'âme avec laquelle il épargne l'honneur de Phèdre, et se laisse opprimer sans l'accuser. J'appelle foiblesse la passion qu'il ressent malgré lui pour Aricie, qui est la fdle et la sœur d^s ennemis mortels de Gon père.

Cette Aricie n'est point un personnage de mon invention. Virgile dit qu'îlippolyte l'épousa, et en eut un fds, après qu'Esculape l'eut ressuscité 2. Et j'ai lu encore dans quelques auteurs 5 qu'Hippolyte avoit épousé et emmené en Italie une jeune Athénienne de grande naissance, qui G'appeloit Aricie, et qui avoit donné son nom à une petite ville d'Italie. " •

Je rapporte ces autorités, parce que je me suis trèsscrupuleusement attaché à suivre la fable. J'ai mèm^ suivi' l'histoire de Thésée, telle qu'elle est dans Plutarque.

C'est dans cet historien que j'ai trouvé que ce qui avoit donné occasion de croire que Thésée fût descendu dans les enfers pour enlever Proserpine, étoit un voyage que ce prince avoit fait en Épire vers la source de l'Achéron, chez un roi dont PirithoQs vouloit enlever la femme, et qui arrêta Thésée prisonnier, après avoir fait mourir Pirithoûs*. Ainsi j'ai tâché de conservé la vraisemblance de

1. Ce n'est pas tout à fait exact. L'Hippolyte grec offense Aphroiile par son orgueilleux mépris de l'amour; il y a là une sorte de faute, d'excès (uêptc;), et Schlegel, dans sa comparaison entre la Phèdre d'Hippolyte et celle de Racine, a raison d'en faire la remarque.

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