SCÈNE Y PHEDRE, ŒNONE
(ENONE.
Madame, je cessois de vous presser de vivre ; Déjà même au tombeau je soageois à vous smvre;
PHÈDRE
Pour vous en détourner je n'a vois plus de voix;
Mais ce nouveau malheur vous prescrit d'autres lois. 34o
Votre fortune change et prend une autre face :
Le Roi n'est plus, Madame ; il faut prendre sa place.
Sa mort vous laisse un fils à qui vous vous devez,
Esclave s'il vous perd, et roi si vous vivez.
Sur qui, dans son malheur, voulez-vous qu'il s'appuie?
Ses larmes n'auront plus de main qui les essuie :
Et ses cris innocents, portés jusques aux Dieux,
Iront contre sa mère irriter ses aïeux.
Vivez, vous n'avez plus de reproche à vous faire :
Votre flamme devient une flamme ordinaire. 35o
Thésée en expirant vient de rompre les nœuds
Qui faisoient tout le crime et l'horreur de vos feux,
Hippolyte pour vous devient moins redoutable ;
Et vous pouvez le voir sans vous rendre coupable.
Peut-être convaincu de votre aversion, 355
Il va donner un chef à la sédition.
Détrompez son erreur, fléchissez son courage.
Roi de ces bords heureux, Trézéne est son partage ;
Mais il sait que les lois donnent à votre fds
Les superbes remparts que Minerve a bâtis. 36o
Vous avez l'un et l'autre une juste ennemie :
Unissez-vous tous deux pour combattre Aricie.
PHÈDRE
Hé bien! à tes conseils je me laisse entraîner.
Vivons, si vers la vie on peut me ramener,
Et si l'amour d'un fils en ce moment funeste 365
De ;nes foibles esprits peut ranimer le reste.
FIN DU PREMIER ACTE