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PHÈDRE, HIPPOLYTE, ŒNONE

PHÈDRE, à Œnone.

Le voici. Vers mon cœur tout mon sang se retire. J'oublie, en le voyant, ce que je viens lui dire.

ŒNONE

Souvenez-vous d'un fils qui n'espère qu'en vous,

PHÈDRE

On dit qu'un prompt départ vous éloigne de nous.

Seigneur. A vos douleurs je viens joindre mes larmes. 585

Je vous viens pour un fils expliquer mes alarmes.

Mon fils n'a plus de père; et le jdur n'est pas loin

Qui de ma mort encor doit le rendre témoin.

Déjà mille ennemis attaquent son enfance.

Yous seul pouvez contre eux embrasser sa défense. Sgo

Mais un secret remords agite mes esprits.

Se crains d'avoir fermé votre oreille à ses cris.

îe tremble que sur lui votre juste colère

Ne poursuive bientôt. une odieuse mère.

HIPPOLYTE

Madame, je n'ai point des sentiments si bas. SgS

PHÈDRE

Quand vous me haïriez, je ne me plaindrois pas, Seioneur. Yous m'avez vue attachée à vous nuire;

1. Se. V. Cette scène vient non d'Euripide, mais de Sénèque (II, 5).

PHÈDRE

Dans le fond de mon cœur vous ne pouviez pas lire.

A votre inimitié j'ai pris soin de m'ofîrir.

Aux bords que j'habitois je n'ai pu vous souffrir. 600

En public, en secret, contre vous déclarée,

J'ai voulu par des mers en être séparée ;

J'ai même défendu, par une expresse loi,

Qu'on osât prononcer votre nom devant moi.

Si pourtant à l'offense on mesure la peine, 60 5

Si la haine peut seule attirer votre haine,

Jamais femme ne fut plus digne de pitié.

Et moins digne. Seigneur, de votre inimitié.

HIPPOLTTE.

Des droits de ses enfants une mère jalouse

Pardonne rarement au fils d'une autre épouse*. 610

Madame, je le sais. Les soupçons importuns

Sont d'un second hymen les fruits les plus communs.

Toute autre auroit pour moi pris les mêmes ombrages,

Et j'en aurois peut-être essuyé plus d'outrages.

PHÈDRE

Ah I Seigneur, que le ciel, j'ose ici l'attester, Gi5

De cette loi commune a voulu m'excepter î

Qu'un soin bien différent me trouble et me dévore!

HIPPOLYTE

3îadame, il n'est pas temps de vous troubler encore.

Peut-être votre époux voit encore le jour ;

Le ciel peut à nos pleurs accorder son retour. 620

Neptune le protège, et ce dieu tutélaire

Ne sera pas en vain imploré par mon père.

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