ACTE II, SCÈNE V
\ Ces Dieux qui se sont fait une gloire cruelle De séduire le cœur d'une foible mortelle. Toi-même en ton esprit rappelle le passé. C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé ; J'ai voulu te paroître odieuse, inhumaine; Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine. De quoi m'ont profité mes inutiles soins? Tu me haïssois plus, je ne t'aimois pas moins. Tes malheurs te prêtoient encor de nouveaux charmes. J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larmes. 690 Il suffit de tes yeux pour t'en persuader, Si tes yeux un moment pouvoient me regarder. Que dis-je? Cet aveu que je te viens de faire, Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire? Tremblante pour un fils que je n'osois trahir, 695 Je te venois prier de ne le point haïr. ^ ,
Foibles projets d'un cœur trop plein de ce qu'il aime . Hélas ! je ne t'ai pu parler que de toi-même. , Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour.
Digne fils du héros qui t'a donné le jour, 700 Déhvre l'univers d'un monstre qui t'irrite. La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte ! Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper. Voilà mon cœur. C'est là que ta main doit frapper. Impatient déjà d'expier son offense, 7^5 Au-devant de ton bras je le sens qui s'avance. Frappe. Ou si tu le crois indigne de tes coups, Si ta haine m'envie un supplice si doux, Ou si d'un sang trop vil ta main seroit trempée, Au défaut de ton bras prête-moi ton épée. 710 Donne*.
i. La chose se passe différemment dans Sénèque : mais THippolyte français ne pouvait avoir un instant la pensée de tuer une femme.
H. Stringatur ensis ; mérita supplicia exigat.... (703.)
PHÈDRE
Que faites-vous, Madame? Justes Dieux/ Mais on vient. Évitez des témoins odieux; Venez, rentrez, fuyez une honte certaine.