RIS
PHÈDRE
Observer de quel front j ose aborder son père,
Le cœur gro« de soupirs, qu'il n'a point écoutés,
L'œil humide de pleurs, par l'ingrat rebuf'^s.
Penses-tu que sensible à l'honneur de Thésée, 84I
11 lui cache l'ardeur dont je suis embrasée?
Laissera-t-il trahir et son père et son roi?
Poufra-t-il contenir l'horreur qu'il a pour moi?
Il se tairoii en vain. Je sais mes perfidies,
Œnone, et ne suis point de ces femmes hardies 85(
Qui goûtant dans le crime une tranquille paix,
Ont su se faire un front qui ne rougit jamais.
Je connois mes fureurs, je les rappelle toutes.
Il me semble déjà que ces murs, que ces voûtes
Vont prendre la parole, et prêts à m'accuser, 85i
Attendent mon époux pour le désabuser.
Mourons. De tant d'horreurs qu'un trépas me délivre.
Est-ce un malheur si grand que de cesser de vivre*?
La mort aux malheureux ne cause point d'etfroi.
Jte ne crains que le nom que je laisse après moi. 86»
Pour mes tristes enfants^ quel affreux héritage!
Le sang de Jupiter doit enfler leur courage;
Mais quelque juste orgueil qu'inspire un sang si beau,
Le crime d'une mère est un pesant fardeau.
Je tremble qu'un discours, hélas! trop véritable, 86i
Un jour ne leur reproche une mère coupable.
Je tremble qu'opprimés de ce poids odieux
L'un ni l'autre jamais n'ose lever les yeux s.
1. IJficjue adeone mari miserum est? (S'irg., En., XII, 466.)
« Est-il si malheureux de mourir ? >^