ACTE II, SCÈNE TV
Si le ciel de mon sort me laisse disposer. 5io ,Oui, je respire, Arbate, et ma joie est extrême. Je tremblois, je l'avoue, et pom^ un fils que j'aime, Et pour moi qui craignois de perdre un tel appui, Et d'avoir à combattre un rival tel que lui. Que Pharnace m'offense, il offre à ma colère 5i5 Un rival dès longtemps soigneux de me déplaire, Qui toujours des Romains admirateur secret. Ne s'est jamais contre eux déclaré qu'à regret. 'Et s'il faut que pour lui Monime prévenue Ait pu porter ailleurs une amour qui m'est due,^ Tj^o Malheur au criminel qui vient me la ravir, Et qui m'ose offenser et n'ose me servir! L'aime-t-elle?
ARBATE.
Seigneur, je vois venir la Reine.
Dieux, qui voyez ici mon amour et ma haine, Épargnez mes malheurs, et daignez empêcher 5Gi5 Que je ne trouve encor ceux que je vais chercher. Arbate, c'est assez : qu'on me laisse avec elle.
■ SCÈNE lY MITHRIDATE, MONIME.
MITHRIDATE
Madame, enfin le ciel près de vous. me rappelle, Et secondant du moins mes plus tendres souhaits, Vous rend à mon amour plus belle q:ie jamais. Je ne m'attendois pas que de notre hyménée
MITHRIDATE
Je dusse voir si tard arriver la journée,
Ni qu'en vous retrouvant, mon funeste retour
Fît voir mon infortune, et non pas mon amour.
C'est pourtant cet amour, qui de tant de retraites '535
Ne me laisse choisir que les lieux où vous êtes;
Et les plus grands malheurs pourront me sembler doux,
Si ma présence ici n'en est point un pour vous.
C'est vous en dire assez, si vous voulez m'entendre.
Vous devez à ce jour dès longtemps vous attendre ; 54o
Et vous portez, Madame, un gage de ma foi
Qui vous dit tous les jours que vous êtes à moi.
Allons donc assurer cette foi mutuelle.
Ma gloire loin d'ici vous et moi nous appelle ;
Et sans perdre un moment pour ce noble dessein, 545
Aujourd'hui votre époux, il faut partir demain.
MOXLME.
Seigneur, vous pouvez tout. Ceux par qui je respire
Vous ont cédé sur moi leur souverain empire ;
Et quand vous userez de ce droit tout-puissant,
Je ne vous répondrai qu'en vous obéissant. 55o
MITHRIDATE
Ainsi, prête à subir un joug qui vous opprime.
Vous n'allez à l'autel que comme une victime;
Et moi, tyran d'un cœur qui se refuse au mien.
Même en vous possédant je ne vous devrai rien. l
Ah! Madame, est-ce là de quoi me satisfaire? 555 J
Faut-il que désormais, renonçant à vous plaire.
Je ne prétende plus qu'à vous tyranniser? ^
Mes malheurs, en un mot, me font-ils mépriser?
Ah! pour tenter encor de nouvelles conquêtes,
Quand je ne verrois pas des routes toutes prêtes, 56o
Quand le sort ennemi m'auroit jeté plus bas.
Vaincu, persécuté, sans secours, sans États,