‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 27 sur 456 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

Errant de mers en mers, et moins roi que pirate,

Conservant pour tous biens le nom de Mithridate,

Apprenez que suivi d'un noip si glorieux, 565

Partout de l'univers j'attacherois les yeux;

Et qu'il n'est point de rois, s'ils sont dignes de l'être,

Qui, sur le trône assis, n'enviassent peut-être

Au-dessus de leur gloire un naufrage élevé,

Que Rome et quarante ans ont à peine achevé. 570

Vous-même, d'un autre œil me verriez-vous. Madame,

Si ces Grecs vos aïeux revivoient dans votre âme?

Et puisqu'il faut enfin que je sois votre époux,

N'étoit-il pas plus noble, et plus digne de vous.

De joindre à ce devoir votre propre suffrage, 576

D'opposer votre estime au destin qui m'outrage.

Et de me rassurer, en flattant ma douleur,

Contre la défiance attachée au malheur?

Hé quoi? n'avez-vous rien. Madame, à me répondre?

Tout mon empressement ne sert qu'à vous confondre. 58o

Vous demeurez muette ; et loin de me parler.

Je vois, malgré vos soins, vos pleurs prêts à couler.

MONIME

Moi, Seigneur? Je n'ai point de larmes à répandre. J'obéis. N'est-ce pas assez me faire entendre? Et ne suffît-il pas...*

MITHRIDATE

Non, ce n'est pas assez. 685 Je vous entends ici mieux que vous ne pensez. Je vois qu'on m'a dit vrai. Ma juste jalousie Par vos propres discours est trop bien éclaircie. Je vois qu'un fils perfide, épris de vos beautés, Vous a parlé d'amour, et que vous lecoutez. 690 Je vous jette pour lui dans des craintes nouvelles. Mais il jouira peu de vos pleurs infidèles,

RACÎNE. THÉATR'E CHOISI, |9

MITHRÎDATE.

Madame; et désormais tout est som^d à mes lois, Ou bien vous l'avez vu pour la dernière fois. Appelez Xipharès.

MONmE.

Ah! que voulez-vous faire?

Xipharès....

MITHRIDATE

Xipharès n'a point trahi son père.

Vous vous pressez en vain de le désavouer, Et ma tendre amitié ne peut que s'en louer. Ma honte en seroit moindre, ainsi que votre crime, Si ce fils en effet digne de votre estime A quelque amour encore avoit pu vous forcer. Mais qu'un traître, qui n'est hardi qu'à m'offenser, De qui nulle vertu n'accompagne l'audace, Que Pharnace, en un mot, ait pu prendre ma place Qu'il soit aimé, Madame, et que je sois haï?

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