C'est la sixième et dernière représentation
^saumes et dô lâ Sagêsée, et mis dans le sujet, sont dune eauté qu'on ne soutient pa» sans larmes : la mesure de l'aprobation qu'on donne à cette pièce, c'est celle du goût et de attention. J'en fus charmée, et le maréchal aussi, qui sortit de a place pour aller dire au roi combien il étoit content, et qu'il toit auprès d'une dame qui étoit bien digne d'a\'oir vu Esther, eroi vint vers no? places, et, après avoir tourné, il s*adressa moi et me dit : « Madame, je suis assuré que vous avez été contente. » Moi, sans m'étonner, je répondis : « Sire, je suis charmée; ce que je sens est au-dessus des paroles. » Le roi me it : a Racine a bien de l'esprit. » Je lui dis : « Sire, il en a beaucoup; mais en vérité ces jeunes personnes en ont beaucoup aussi : elles entrent dans le sujet comme si elles n'avoient jamais fait" autre chose. » Il me dit : « Ah! pour cela, il est vrai, f) Et puis Sa Majesté s'en alla, et me laissa l'objet de l'enie : comme il n'y avoit quasi que moi de nouvelle venue, il Ht quelque plaisir de voir mes sincères admirations- sans bruit rsans éclat. M. le prince, Mme la princesse me vinrent dire un ^ot; Mme de Maintenon, un éclair : elle s'en alloit avec le roi; i répondiâ à tout, car j'étois en fortune*.... »
IL — LE LIVRE D' « ÊSTttER »
Le Livre d'Esther est, selon la décision du concile de Trente, 1 des livres canoniques de l'Ancien Testament. Il se compose 3 deux parties bien différentes : l'une, qui appartient à la Bible sbraïque, œuvre toute juive de sentiment et de style, sobre, jusque, énergique, expressive, où l'on a remarqué l'absence )mplète du nom de Dieu, ce qui a fourni matière à bien des iscussions pour les savants; l'autre, qui n^existe que dans la îrsion des Septante, œuvre d'un Juif hellénise, plus prolixe, us littéraire, toute pleine du nom du Seigneur, riche encore 1 beautés, puisque c'est de là que Racine a traduit l'admirable 7iére d'Esther. Saint Jérôme, dans sa traduction, a nettement istingué les deux parties : le récit hébraïque comprend les premiers chapitres et les 5 premiers versets dû dixième ; le
î. Mme de Sévigné, lettre du 21 février 168».
reste (x, 4tXvi) forme les Additions au Livre d'Esther^ et s« compose de ces interpolations, explications et développement: dont le texte primitif a été augmenté dans la version de; Septante.
Voici ce que raconte la Bible hébraïque :
I. La troisième année de son règne, dans la ville de Suse, 1( roi Assuérus fait à ses courtisans, officiers et principaux servi teui's, aux gouverneurs de province, aux grands seigneurs médes et perses, un festin magnifique qui dure cent quatre-vingts jours Vers la fin de ces fêtes on donne pendant sept jours un banque dans le vestibule de son jardin. Le septième jour, ayant biei bu, et se trouvant extraordinairement gai, il commande à se; sept eunuques d'aller chercher la reine Vasthi, qui traitait d(
on côté les femmes, pour en faire admirer la beauté à sef convives. Elle refuse de venir. Le roi se fâche et réunit sor conseil, qui est d'avis de chasser la reine pour avoir désobéi i son mari et donné à toutes les femmes de l'empire l'exemph de l'insoumission. Ce qui fut fait, et un édit du roi envoyé dauî toutes les provinces ordonna que toutes les femmes respectasseni l'autorité de leurs maris.
II. Plus tard, le roi regretta Vasthi. Pour la lui faire oublier on chercha dans tout l'empire les plus belles filles, parmi les quelles se trouva la Juive Esther, nièce de Mardochée. On le; amenait au palais, on les gardait pendant douze mois; puis or les présentait au roi, parfumées et parées, et celles qui lu plaisaient devenaient ses concubines et étaient mises dans hi harem. Quand le tour d'Esther fut venu, elle plut si fort au roi qu'il la fit reine à la place de Vasthi ; et il fit un grand festir et de grands dons en son honneur : c'était la 7' année de sor règne. Il ignorait cependant qui elle était : Mardochée lui aval recommandé dé cacher sa naissance et sa race. Il se tenait auj portes du palais depuis qu'on l'y avait amenée, pour veiller sui' elle et la diriger. Pendant qu'il se tenait là, il découvrit une conspiration que les eunuques Bagathan et Tharès tramaient contre le roi. Il avertit Esther, qui prévint le roi. Les coupables furent pendus, et l'affaire écrite dans les Annales de l'empire.
IIL Puis le roi prit pour ministre Aman, de la race d'Agag.
Tout le monde l'adorait, par ordre du roi. Mardochëe seul ne courbait pas la tête. Aman résolut pour se venger de perdre tous les Juifs. Il tira au sort, la 12« année du règne d'Assuérus, quel jour.il devait les exterminer : le sort marqua le douzième mois, appelé Adar. Aman alla trouver le roi, lui peignit les Juifs comme un peuple séditieux, ayant des mœurs et des lois à part: il lui promit dix mille talents, s'il lui abandonnait les Juifs. Le roi refusa l'argent, lui donna les Juifs pour en faire^ ce qu'il voudrait, et -lui remit son anneau pour sceller ses décrets du r.cem royal. Aman fit écrire des lettres par les secrétaires du roi dans toutes les provinces, en autant de langues qu'on en parlait dans l'empire, pour commander à tous les gouverneurs et à tous les peuples d'exterminer les Juifs le 13« jour du mois d'Adar.
lY. ]\(ardochée, voyant l'édit affiché dans Suse, déchira ses vêtements, se revêtit'd'un sac, se couvrit la tête de cendres, et vint gémir sur la place devant le palais. Mais il était défendu d'y entrer en habits de deuil. Les filles d'Esther et les eunuques lui apprirent que Mardochée était là, sur la place, à crier et à ffémir Elle lui envoya une robe, et commanda de l'amener; mais il ne voulut point la revêtir. Elle lui dépêcha alors l'eunuque Athach pour savoir la cause de sa douleur. Mardochée remit à l'eunuque fédit d'Aman, et fit dire à Estber d'aller trouver le roi ce Comment le puis-je, répondit-elle, si onne peut, sous peine de mort, entrer chez le roi sans être mandé?» Mardochée lui envoya dire qu'elle périrait forcément avec son peuple, mâis que peut-être elle avait été élevée pour le sauver. Esther fit alors dire à Mardochée de jeûner avec tous les Juifs pendant trois jours : elle en ferait autant avec ses servantes et irait trouver le roi.
V. Le 3« j*our, Esther avec deux suivantes alla chez le roi. Elle s'arrêta dans la première salle. Il était dans sa chambre, sur son trône, en face de la porte, de sorte qu'il aperçut Esther dans l'antichambre. Il étendit vers elle son sceptre, qu'elle baisa. Il lui dit : « Que voulez-vous? » et il lui offrit la moitié de ses États. Elle l'invita à un festin avec Aman. A table, ayant bien bu, le roi dit à Esther : « Que voulez-vous? » et il lui offrit la moitié de ses États. Elle répondit qu'elle voulait l'avoir à dineï
le lendemain avec Aman. Celui-ci sortit tout fier, et comme Mardochee a la porte ne se leva pas pour lui faire honneur, il s ind.gna rassembla ses amis et sa femme Zarès, et, sur leur Mardodiée' P'''^^^''^'' ""^ P"''^"'^ «inqu^nte coudées pour
VJ. Cette nuit-là, le roi ne dormit pas; il se fit lire les Annales de son règne, et, voyant le service que îlardocliée lui avait rendu, ayant appris qu'il était demeuré sans récompense, il fit venir Aman, et lui demanda comment il pouvait honorer un Îontilh'T?" foys»' q-^'il s'agissait de lui-même,
W 1 <• "^ ""^ ^'^'^ «t- le diadème au
liont, de le faire promener par la ville sur un cheval des écuries du roi, pendant qu'un grand tiendrait les brides et proclamerait quamsi étaient honorés ceux que le roi honorait. « Va donc dit leroi, prends Mardochée, et conduis-le ainsi que tu as d t , Aman dut obéir et rentra chez lui la rage au cœur.
bieTbu^'iMniTi/'^'n'' ^''^'^ ^'"^ Aman. Ayant
de ses 1 tV,« P " ^T- ^"''^^-^■O"^? " et il lui offrit la moitié cvJnr. A-^^" et iit connaître sa
ciuaute. Le roi sortit en colère, et alla dans le jardin. Cep^n-
le r i eZàitT''"\''"r " "^^'^ ^"'^ ^ ^
leioientiait, il crut quAman voulait faire violence à la reine
et s emporta. On couvrit alors la tête d'Aman, et l'eunuque
" ÎuTfntTa'f " "t'I' P'^"'''^ ^" P''^P«'-é P"-- Jlardochée ce qui fut fait sur 1 heure, et le roi s'apaisa.
,1 Ji!"' ^'"f 'es biens d'Aman et présenta au roi Mar-
dochée, dont elle s'était avouée la nièce : le roi le fit intendant de sa maison. Tous les deux demandèrent la grâce des S leur donna son cachet, pour écrire les ordres qu'ils voudraien ' Ils envoyèrent donc l'ordre à tous les gouverneurs d'épargnére d honorer es Ju.fs, et le roi y ajouta la permission pTur cëux-c dégorger leurs ennemis. Les Juifs étaient en fête.