ACTE I, SCÈNE IV
, Elle a répudié son époux et son père, Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère*. Maintenant elle sert sous un maître étranger. Mais c'est peu d'être esclave, on la veut égorger. 260 Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes, Imputent à leurs d ieux le bonheur de leurs armes, Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel Abolisse ton nom, ton peuple et ton autel.
'Ainsi donc un perfide, après tant de miracles, 265 Pourroit anéantir la foi de tes oracles,. Raviroit aux mortels le plus cher de tes dons. Le saint que tu promets et que nous attendons 2? , Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouches, Ivres de notre sang, ferment les seules bouches 270 Qui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits;
,Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais.
Pour moi, que tu retiens parmi ces infidèles, Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles,
nous par ta main et aide-moi ; Seigneur, je n'ai pas d'autre défense que toi. Tu sais tout. Tu sais que je hais la gloire des méchanfs, que je déteste le ht des incirconcis et de tous les étrangers. Tu sais ma nécêssite, et que je tiens en abomination le signe de ma gloire et de ma grandeur, qui est sur ma tête m\x jours de pompe; tu sais que je le déteste comme un haillon souillé, et que je ne le porte point dans les jours de ma retraite. Tu sais que je n'ai pas mangé à la table d'Aman »et que le festin du Roi ne m'a point plu, et que je n'ai pas bu le vin des libations ; et que jamais ta servante n'a eu de joie, depuis qu'elle a ptp amenée ici, sinon en toi. Seigneur, Dieu d'Abraham. Dieu fort, entends la voix de ceux qni n'ont plus d'autre espérance, et délivrenous des mains des mâchants : et ôte-moi de ma crainte. »
1. Un honneur adultère. Cette imago est préparée par le vers précédent : son/^poîi.r. Au reste, comme le fait remarquer M. P. Mesnard, les hvrfts saints appliquent souvent aux égarements des Juifs séduits par l idolntfie les mots qui désignent l'adultère. « Mœrhaia est cum lapide et ligno «, dit Jér.émie (III, 9) do Juda. Littéralement : « Elle a été -^dultere avec la pierre et le bois. »
2. Le Messie. Le pi >ux poète ajoute à son texte une prédiction delà venue de Jésus-Christ
ESÎËEk.
Et que je mets au rang des profanàtiôiis Leur tâWe, leurs festins et leurs libations: Que même cette pompe où je suis condamnée. Ce bandeau, dont il faut que je paroisse ornée Dans ces joUrs solennels à l'orgueil dédiés. Seule et dans le secret je le foule à mes pieds: 280 Qu'à ces vains ornements je préfère la cendre*. Et n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre. Tattendois le moment marqué dans ton arrêt. Pour oser de ton peuple embrasser rintérêt. Ce moment est venu : ma prompte obéissance 285 Ya d'un roi redoutable atTronter la présence. C'est pour toi que je marche. Accompagne mes pas Devant ce fier lion qui ne te connoît pas. Commande en me voyant que son courroux s'apaise. Et prête à mes discours un charme qui lui plaise. 290 Les orages, les vents, les cieux te sont soimiis : Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis.