‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 31 sur 456 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Sans doute c'est pour moi le comble des malheurs; Mais dans mon désespoir je cherche à les accroître, ittadame, par pitié, faites-le-moi connoître. Quel est-il, cet amant? Qui dois-je soupçonner? 665

MONIME

Avez-vous tant de peine à vous l'imaginer?

Tantôt, quand je fuyois une injuste contrainte,

A qui contre Pharnace ai-je adressé ma plainte?

Sous quel appui tantôt mon cœur s'est-il jeté?

Quel amour ai-je enfm sans colère écouté? 670

XIPHARÈS

0 ciel! Quoi? je serois ce bienheureux coupable Que vous avez pu voir d'un regard favorable? Vos pleurs pour Xipharès auroient daigné couler?

MONIME

Oui, Prince, il n'est plus temps de le dissimuler : Ma 'douleur pour se taire a trop de violence. Un rigoureux devoir me condamne au silence ; Mais il faut bien enfin, malgré ses dures lois, Parler pour la première et la dernière fois. Vous m'aimez dès longtemps. Une égale tendresse Pour vous, depuis longtemps, m'afflige et m'intéresse. Songez depuis quel jour ces funestes appas Firent naître un amour qu'ils ne méritoient pas ; Rappelez un espoir qui ne vous dura guère, Le trouble où vous jeta l'amour de votre père. Le tourment de me perdre et de le voir heureux. Les rigueurs d'un devoir contraire à tous nos vœux : Vous n'en sauriez. Seigneur, retracer la mémoire, pîi conter vos malheurs sans conter mon histoire ; Et lorsque ce matin j'en écoutois le cours. Mon cœur vous répondoit tojs vos mêmes discours.

MITHRÎDATE.

Inutile, ou plutôt funeste sympathie'^

Trop parfaite union par le sort démentie!

Ah! par quel soin cruel le ciel avoit-il joint

Deux cœurs que l'un pour l'autre il ne destinoit point?

Car quel que soit vers vous le penchant qui m'attire, 69I

Je vous le dis, Seigneur, pour ne plus vous le dire,

Ma gloire me rappelle et m'entraîne à l'autel.

Où je vais vous jurer un silence éternel.

J'entends, vous gémissez; mais telle est ma misère.

Je ne suis point à vous, je suis à votre père. 70!

Bans ce dessein, vous-même, il faut me soutenir.

Et de mon foible cœur m'aider à vous bannir.

J'attends du moins, j'attends de votre complaisance

Que désormais partout vous fuirez ma présence.

J'en viens de dire assez pour vous persuader ^ol

Que j'ai trop de raisons de vous le commander.

Mais après ce moment, si ce cœur magnanime

D'un véritable amour a brûlé pour Monime,

Je ne reconnois plus la foi de vos discours

Qu'au soin que vous prendrez de m'éviter toujours. 7K

XIPHARÈS

Quelle marque, grands Dieux! d'un amour déplorable!

Combien en un moment heureux et misérable î

De quel comble de gloire et de félicités, -j

Dans quel abîme affreux vous me précipitez !

Quoi? j'aurai pu toucher un cœur comme le vôtre? 715

Vous aurez pu m'aimer? et cependant un autre

Possédera ce cœur dont j'attirois les vœux?

Père injuste, cruel, mais d'ailleurs malheureux!...

Yous voulez que je fuie et que je vous évite?

Et cependant le Roi m'attache à votre suite. 720

Que dira-t-iU?

1. Cet entretien de Xipharès et de Monime rappelle l'entrevue dé Sévère et de Pauline {PaL, II, u). Si Monime est aussi touchante que Paijk

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