ACTE II, SCÈNE YI
MONIME
^ N'importe, il me faut obéir.
Inventez des raisons qui puissent l'éblouir.
D'un héros tel que vous c'est là l'effort suprême :
Cherchez, Prince j cherchez, pour vous trahir vous-même ^
Tout ce que, pour jouir de leurs contentements ', 725
L'amour fait inventer aux vulgaires amants.
Enfm je me connois, il y va de ma vie.
De mes foibles efforts ma vertu se défie.
Je sais qu'en vous voyant, un tendre souvenir
Peut m'arracher du cœur quelque indigne soupir^; 730
Que je verrai mon âme en secret déchirée,
Re voler vers le bien dont elle est séparée.
Mais je sais bien aussi que s'il dépend de vous
De me faire chérir un souvenir si doux.
Vous n'empêcherez pas que ma gloire offensée 735
N'en punisse aussitôt la coupable pensée;
Que ma main dans mon cœur ne vous aille chercher,
Pour y laver ma honte et vous en arracher.
Que dis-je? En ce moment, le dernier qui nous reste.
Je me sens arrêter par un plaisir funeste 5. ^ 740
line, et plus tendrement vertueuse, Xipharès est bien banal, bien froid, bien gauche à côté de Sévère.
' 1. Leurs conteiitements, ce qui les contente, leurs plaisirs. Le mot était très usité en ce sens, et au pluriel.
2. M. Paul Mesnard ilote ici avec râison des réminiscences du rôle de Pauline dans le Polyéucte de Corneille. Pàuline dit à Félix (ï, iV) :
Mon père, je suis femme, et je sens ma foiblesse ; Je sens déjà mon cœur qui pour lui s'intéresse, Et poussera sans doute, en dépit de lîia foi, Quelque soupir indigne et de vous et de moi.
Voyez aussi divers endroits de la scène que j'ai rappelée plus haut. , 5. Pauline dit à Sévère (II, n) :
Un je ne sais quel charme encor vers vous m'emporte.
Plus je vous parle, et plus, trop foible que je suis,
Je cherche à prolonger le péril qu6 je fuis.
Il faut pourtant, il faut se faire violence ;
Et sans perdre en adieux un reste de constance,
Je fuis. Souvenez-vous, Prince, de m'éviter, 74^
Et méritez les pleurs que vous m'allez coûter.
XIPHARÈS
Ah! Madame.... Elle fuit, et ne veut plus m'entendre.
Malheureux Xipharès, quel parti dois-tu prendre?
On t'aime, on te bannit : toi-même tu vois bien
Que ton propre devoir s'accorde avec le sien. 760
Cours par un prompt trépas abréger ton suppUce.
Toutefois attendons que son sort s'éclaircisse;
Et s'il faut qu'un rival la ravisse à ma foi,
Du moins, en expirant, ne la cédons qu'au Roi*.
Et plus loin :
Hélas! cette vertu, quoique enfin invincible, Ne laisse que trop voir une ame trop sensible. Ces pleurs en sont témoins, et ces lâches soupirs Qu'arrachent de nos teux les cruels souvenirs : Trop rigoureux ellets d'une aimahle présence, Contre qui mon devoir a trop peu de défense !
1. « On peut comparer cette scène avec la scène v de l'acjte 1 du Don Carlos de Schiller. La situation a des traits frappants de ressemblance; mais il n'y en a aucune dans la manière dont l'ont traitée le deux,; poètes, si différents par le génie, par le gont et par le système dramatique qu'ils avaient adopté. » (Note de M. Paul Mesnard.)
FIN DU SECOND ACTE