‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 310 sur 456 · ACTE ÏI, SCÈNE L · texte numérisé non relu

ACTE ÏI, SCÈNE L

C'est lui, je te veux bien confier ma vengeance,

C'est lui qui, devant moi refusant de ployer*,

Les a livrés au bras qui les va foudroyer,

C'étoit trop peu pour moi d'une telle victime* :

La vengeance trop foible attire un second crime. 47^

Un homme tel qu'Aman, lorsqu'on l'ose irriter,

Dans sa juste fureur ne peut trop éclater.

Il faut des châtiments dont l'univers frémisse;

Qu'on tremble en comparant l'offense et le suppHce;

Que les peuples entiers dans le sang soient noyés. 475

Je veux qu'on dise un jour aux siècles effrayés ;

(( Il fut des Juifs, il fut une insolente race ;

Répandus sur la terre, ils en couvroient la face;

Il seul osa d'Aman attirer le courroux,

ussitôt de la terre ils disparurent tous. » 48o

HYDASPE

Ce n'est donc pas, Seigneur, le sang amalécite Dont la voix à les perdre en secret vous excite?

AMAN

Je sais que descendu de ce sang malheureux,

1. Ployer. Racine semble dire indifféremment ployer et plier. Mal^ hethe dL dit ployer les genoux, et Corneille, ployer bagage. «Aujourd'hui, dit Vaugelas, l'on coÏÏfond bien souvent les deux, qui néanmoins ont deux significations fort différentes : car tout le monde sait que ^Jier veut dire faire des plis ou mettre par plis y comme plier du pa^ p^ier, plier du linge, etj^loyer signifie céder, obéir, et eti quelque façon succomber, comxne ployer sous le faix, une planche qui ploie à force d'être chargée. Et certainement qui appelleroit cela plier, et qui diroit plier sous le /"«i^:, parleroit et écriroit fort mal. ». Ménage se déclare f entre Vaugelas, et veut qu'on dise toujours p/zer. Les meilleurs écrivains ont dit l'un et l'autre Plier est demeuré plus en usage. , 2. Et pro nihilo duxit in unuvi Mardochœum mittere manus suas : Qudierat enim quod esset gentis Judssœ , magisque voluit omnem. Judseoï'um, qui^erant in regno Assueri, perdere nationem. {Esther, 111,6.) « U dédaigna d'appesantir sa main sur le seul Mardochée. Il avait appris qu'il était Juif, et il aima mieux perdre toute la race des Juifig qui habitaientle royaume d'Agsuérus, »

ESTIIER.

Une éternelle haine a dû m'armer contre eux; , j

Ou ils firent d'Amab'c un indigne carnage; 48 j

Que jusqiranx vils troupeaux*, tout ♦'prouva leur rage; j

Qu'un déplorable reste à peine l'ut sauvé-. ^

Mais, crois-moi, dans le rang où je suis élevé, ^

Mon ànie, à ma grand<Mir loule entière attachée, ^

Des intérêts du sang est foihlement toucliée. 49 j

iardochée est coupable ; et que faut-il de plus? ^

Je prévins donc contre eux l'esprit d'Assuérus : ' j

J'inventai des couleurs : j'armai la calomnie ; ^ ^

J'intéressai sa gloire ; il trembla pour sa vie. j Je les peignis [missanls, riches, séditieux ; 49 Leur dieu même ennemi de tous les autres dieux.

« Jusqu'à quand souifre-t-on que ce peuple respire, ]

Et d'un culte profane infecte votre empire? | Étranirers dans la Perse, à nos lois opposés, Du reste des humains ils semblent divisés^, Bot

N'aspirent qu'à troublor le repos où nous sommes, ] VA détestés partout, détestent tous les hommes *.

1. hiterficf a viro usque ar/ muliprpm, et pnrvu'um ntqup Inctentem ' bovem cl ovem, caiwhim et nsiuiim. ( H ils, I, x . 3.) « Tue tout, lioinmes i fein ni l'S. enfants à la inn:nelle, bœufs et brebis, ânes et cliaineaiis. <

2. (-f. Ho, s, I, 13, 8-y, 5-2-r>ô. S ûl tua tout bi peiipl \ mais épargna h 1 roi gag, et résorv i ce qu'il y avait de inoill nir dans les troupeau: ' et les biens des vaincus. Samuel lui reprocha sa désobéissance au: ^ ordres de Dieu et se fit livrer Agag. « tt il le coupa en morceau: t devant le Seigncu;- à Galgala. »

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