‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 309 sur 456 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Ce matin j'ai voulu devancer la himière :

Je Tai trouvé couvert d'une affreuse poussière*,

Revêtu de lambeaux, tout pâle. Mais son œil

Conservoit sous la cendre encor le même orgueil. 44©

D'où lui vient, cher ami, cette impudente audace?

Toi, qui dans ce palais vois tout ce qui se passe,

Crois-tu que quelque voix ose parler pour lui?

Sur quel roseau fragile a-t-il mis son appui?

HYDASPE

Seigneur, vous le savez, son avis salutaire 445

Découvrit de TJiarès le complot sanguinaire.

Le Roi promit alors de le récompenser.

Le Roi, depuis ce temps, paroît n'y plus penser.

ville a été de tout temps, elle est encore à peu près ce que l'agora était pour les cités de laGrôce.etlc /bnm pour colles de l'Italie (un lieu de réunion et de conversation).... De même plus tard, quand par suite du progrès de la vie policée les rois habitèrent de grands édifices séparés, les portes du palais devinrent, pour tous ceux qui tenaient à la cour, ce qu'étaient pour tout le peuple les portes de la cité, a Khorsabad les portes du palais sont construites toutes sur le même plan que celles de la ville; elles sont encore plus richement décorues, elles renferment des appartements aussi spacieux; c'était là que se réunissaient, sans parler des gardes de service, les officiers, les solliciteurs, les ambassadeurs étrangers, tous ceux qui attendaient leur tour d'audience ou qui voulaient se trouver sur le passage du prince » (Perrot, Histoire de l'Art, t. II, p. 484-486.) Tous ces solliciteurs ou ces curieux ne devaient pas marchander au vizir les marques de respect qu'il recevait des gens du palais : Mardochée seul s'abstenait, et si Aman ne pouvait ni le courber ni le chasser, s'il ne pouvait que le faire pendre, n'est-ce pas que Mardochée n'avait aucun oflice, et se trouvait là comme le premier venu des habitants pouvait le faire?

1. Qux cum audisset Marduchœus, scidit vestimenta sua, et indutus est saccu, spargens cinerem capiti : et in plntea medix civitatis voce magna clamabat, ostendens amarttudinem animi sui - et hoc ejidatu usquead fores palatii gradiens. {Ësiher, IV, 1, 2.) « Mardochée avant entendu cela, déchira ses vêtements, et se revêtit d'un sac, réplmdant de la cendre sur sa tête. Et dans la rue, au milieu de la ville il criait de toute sa voix, montrant Taflliction de son àme, et il alla ainsi en hurlant jusqu'à la porte du palais. »

ESTHER

AMAN

Non, il faut à tes yeux dépouiller l'artifice.

J'ai su de mon destin corriger l'injustice. 4^0

Dans les mains des Persans jeune enfant apporté,

Je gouverne l'empire où je fus acheté*.

Mes richesses des rois égalent l'opulence.

Environné d'enfants, soutiens de ma puissance,

11 ne manque à mon front que le bandeau royal. 4^5

Cependant, des mortels aveuglement fatal.'

De cet amas d'honneurs la douceur passagère

Fait sur mon cœur à peine une atteinte légère;

Mais Mardochée, assis aux portes du palais,

Dans ce cœur malheureux enfonce mille traits; 460

Et toute ma grandeur me devient insipide.

Tandis que le soleil éclaire ce perfide 2.

HYDASPE

Vous serez de sa vue affranchi dans dix jours : La nation entière est promise aux vautours.

AMAN

Ah ! que ce temps est long à mon impatience ! 4^5

1. L'Écriture ne dit rien de ce fait. Mais de tout temps en Orient, dans ces pays de despotisme, depuis l'ancienne Assyrie jusqu'à la Turquie moderne, des vizirs et des ministres ont commencé par l'esclavage et la domesticité : les plus éclatantes fortunes ont eu pour fondement les plus familiers emplois du sérail et du harem.

2. Convocavit ad se amicos suos et Zares uxorem suant, et exposuit mis magniiudinem divUiarum stiarum, filionimque tiirbam, et quanta eum gloria super omncs principes et servos suos rex elevassct, — Et post hsec ait....— Et cum hœc omnia habeam nihil me habere puto, quandiu videra Mardochxum Judaeum sedcntem ante fores réglas. {Esiher, V, 10-13.) « U convoqua ses amis et sa femme Zarès : il leur représenta la grandeur de ses richesses, le nombre de ses fils, et toute la gloire où le roi l'avait élevé au-dessus de tous les grands et de tous ses serviteurs. Et il dit ensuite : Et dans cette opulence, je croirai n'avoir rien, tant que je verrai le juif Mardochée assis à la porte du Roi. »

Page 1