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ACTE II, SCÈNE YII

Sur ce trône sacré, qu'environne la foudre, J'ai cru vous voir tout prêt à me réduire en poudre. 65o Hélas ! sans frissonner, quel cœur audacieux Soutiendroit les éclairs qui partoient de vos yeux? Ainsi du Dieu vivant la colère étincelle

ASSUÉRUS

0 soleil ! ô flanibeaux de lumière immortelle !

Je me trouble moi-même-, et sans frémissement G55

Je ne puis voir sa peine et son saisissement.

Calmez, Reine, calmez la frayeur qui vous presse.

Du cœur d'Assuérus souveraine maîtresse.

Éprouvez seulement son ardente amitié.

Faut-il de mes États vous donner la moitié ^ ? 660

ESTHER

Hé î se peut-il qu'un roi craint de la terre entière, Devant qui tout fléchit et baise la poussière, Jette sur son esclave un regard si serein, Et m'offre sur son cœur un pouvoir souverain?

ASSUÉRUS

Croyez-moi, chère Esther, ce sceptre, cet empire, 665 Et ces profonds respects que la terreur inspire,

tum est cor meum prse timoré glorise tux. [Esther^ XV, 16.) « Elle répondit : Je t'aime, Seigneur, comme un ange de Dieu, et mon cœur s'est troublé dans l'effroi de ta gloire. »

1. Usque quo exardescet sicut ignis ira tua? {Psaumes, LXXXIX, 47.) « Jusqu'à quand ta colère s'enflammera-t-elle comme un feu. » ~ M. P. Mesnard rappelle encore ce vers de Virgile : Ignescunt irss (Enéide, IX, V. 66). « La colère s'enflamme. »

2. Hex autem turbabatur. {Esther , XV, 19.) « le roi de son côté était troublé. »

5. Dixitque ad eam Rex : Quid vis, Esther regina? Quœ est petitio tua? Etiam si dimidiam partem. regni petieris, dabitur tibi. {Esther y V, 3.) « Et le Roi lui dit : Que veux-tu, reine Esther? Que démandes-tu? Tu peux demander la moitié de mes États : je te la donnerai. » La même Dffre est répétée au chapitre vu, verset 2.

ESTHER

A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur,

Et fatiguent souvent leur triste possesseur.

Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce Si

Qui me charme toujours et jamais ne me lasse*. C;o Si

De l'aimable vertu doux et puissants attraits ! P'

Tout respire en Esther l'innocence et la paix. , R

Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres. E

Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres, j 1'

Que dis-je ? sur ce trône assis auprès de vous, 675 E

Des astres ennemis j'en crains moins le courroux,

Et crois que votre front prête à mon diadt'uie

Un éclat qui le rend respectable ^ aux Dieux même. D

Osez donc me répondre, et ne me cachez pas T

Quel sujet important conduit ici vos pas. 680

Quel intérêt, quels soins vous agitent, vous pressent?

vois qu'en m'écoutant vos yeux au ciel s'adressent. . Parlez : de vos désirs le succès e^t certain, Si ce succès dépend d'une mortelle main.

0 bonté qui m'assure autant qu'elle m'honore ! Un intérêt pressant veut que je vous implore. J'attends ou mon malheur ou ma félicité ; Et tout dépend, Seigneur, de votre volonté. Un mot de votre bouche, en terminant mes peines, Peut rendre Esther heureuse entre toutes les reines

ASSUÉRUS. J

Ah ! que vous enflammez mon désir curieux !

1. Et jamais ne me /a.sse. Cette déclaration d'Assuérus va à Mme de i] Maintenon, dont la grande alVaire fut de désennuyer Louis XIV. e

2. Respectable «Bouliours,dans la Suite des Nouvelles Remarques sur p la langue française, imprimée en 1692, cite ce vers comme digne de , remarque, à cause de l'emploi du mot respectable. « Ce mot, dit-il, est g « nouveau.... W est né à la cour.... iNous le voyons aujourd'hui dans le» ^ « livres. » (JNote de M. P. Mesnard.) f

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