‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 337 sur 456 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

Mais dites promptement ce que vous demandez : Jous vos désirs, Esther, vous seront accordés, Dussiez-vous, je l'ai dit, et veux bien le redire, Demander la moitié de ce puissant empire*. io25

ESTHER

Je ne m'égare point dans ces vastes désirs. Mais puisqu'il faut enfin expliquer mes soupirs, Puisque mon Roi lui-même à parler me convie *

(Elle se jette aux pieds du Roi.)

J'ose vous implorer, et pour ma propre vie,

Et pour les tristes jours d'un peuple infortuné, io3o

Qu'à périr avec moi vous avez condamné 2.

t ASSUÉRUS, la relevant.

^ périr? Vous? Quel peuple? Et quel est ce mystère?

f AMAN, tout bas.

le tremble.

Esther, Seigneur, eut un Juif pour son père De vos ordres sanglants vous savez la rigueur*

1 Cf. au vers 660. Assuérus dans le Livre d'Esther répète trois fois a même promesse (V, 3 et 6; VII, 2).

2. Ad quem illa respondit : Si inveni gratiam in octilis tuis, o Rex, H si tibiplacet, dona mihi animam nteam, pro qua rogo, et populum ne)im,pro quo obsecro.— Traditi enim siimus ego et pùpulus meus, ut ■onteramur, jugulemur, et pereamus, (Esther, VII, 5, 4.) « Elle lui l'épondit : Si j'ai trouvé grâce devant toi, ô Roi, et s'il te plaît, accordenoi ma vie, que je te demande, et mon peuple, pour qui je t'implore, lar nous sommes livrés, mon peuple et moi, condamnés à périr, écraés et massacrés. »

3. On ne voit pas dans la Bible qu'Esther fasse au roi l'aveu de son iHgine. Mais au chap. viii, v. 1, il est dit qu'elle s'est avouée nièce de lardochée, et Juive par conséquent : à quel moment s'est-elle délarée? Ceux qui reprochent à Racine une invraisemblance pour avoir

ESTHER

AMAN

Ah, Dieux! ^ .

ASSUERUS- lO-»^

Ah ! de quel coup me percez-vous le cœur ? Vous la fille d'un Juif? Ué quoi ? tout ce que j'aime, Cette Esther, l'innocence et la sagesse même, Que je croyois du ciel les plus chères amours, Dans cette source impure auroit puisé ses jours ? Malheureux î

Yous pourrez rejeter ma prière. io4o Mais je demande au moins que pour grâce dernière Jusqu'à la fm. Seigneur, vous m'entendiez parler, Et que surtout Aman n'ose point me troubler.

ASSUERUS

Parlez.

ESTHER

0 Dieu, confonds l'audace et Vimposture. Ces Juifs, dont vous voulez délivrer la nature, io45

reculé jusqu'ici ce moment supposent qu'Assuérus dans la Bible sait d^ià ce qu'est Esther, lorsqu'il accepte le dîner qu elle lui offre ma;, aloïs que signifie 1 etonnement d'Assuérus? S'il sait qu'Esther est Jun-e^ ne doH pas comprendre aussitôt de quel peuple e le par e, et quel e Lt l'oppresseur? Peut-il dire : Quis est iste. et cujus potaittœ ut hxc auLat facere'^ (VU, 5.) « Qui est celui-là? et quelle est sa puissance ZZ LevlZe cela'^ » 11 ne sait donc rien encore. La réponse d'Esther • ^^:^Z^m!^noster pessimus iste est Aman. «Notre enneune ner écuteur est cet exécrable Aman >> (Vll, 6), contient et impliqu» Ta 4u de ^n origine juive. Racine a donc en somme b^e^^^^^^P'^^^^* a B ble M^ntchrestien et Du Ryer avaient ainsi compris les chos^^^^^^^^^ lui Ils avaient lu la Bible, comme Racine, en hommes de théâtre. U pèu desennramatique suffit en effet à avertir que c'est ici, et no, ^ plus tôt, qu'Esther doit se faire connaître.

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