X. Mathan
i. Étudier l'action d'Athalie, ses ressorts et son mouvement.
il. La tragédie politique dans Athalie.
ai. Le style Athalie : les imitations de la Bible.
SCIII. Les chœurs Athalie.
Uy. La poésie Athalie : la « vision » des mœurs et des passions bibliques.
PRÉFACE
Tout le monde sait que le royaume de Juda étoit compo des deux tribus de Juda et de Benjamin, et que les d autres tribus qui se révoltèrent contre Roboam comp. soient le royaume d'Israël. Comme lés rois de Juda étoiei de la maison de David, et qu'ils avoient dans leur partaî la ville et le temple de Jérusalem, tout ce qu'il y a voit c prêtres et de lévites se retirèrent auprès d'eux, et lei demeurèrent toujours attachés. Car depuis c^ue le tempi de Salomon fut bâti, il n'étoit plus permis de sacrifie ailleurs; et tous ces autres autels qu'on élevoit à Dieu su des montagnes, appelés par cette raison dans l'Écritur les hauts lieux, ne lui étoient point agréables. Ainsi j culte légitime ne subsistoit plus que dans Juda. Les ai tribus, excepté un très-petit nombre de personnes, étoien ou idolâtres ou schismatiques.
Au reste, ces pr:Hres et ces lévites faisoient eux-mêrna une tribu fort nombreuse. Ils furent partaije's en diverse classes pour servir tour à tour dans le temple, d'un jor. de sabbath à l'autre. Les prêtres étoient de la famil/* d'Aaron; et il n'y avoit que ceux de cette famille, lesqufi^ pussent exercer la sacrificature. Les lévites leur étoien subordonnés, et avoient soin, entre autres choses, di chant de la préparation des victimes, et de la garde dt
PKÉFACf.
em{)îe. Ce nom de lévite ne laisse pas d'être donne^ qiiel- {neiois iiîdiiïereujment à' tous ceux de la tribu. Ceux qui îioient en seinaine avoient, ainsi que le grand prêtre, eur logement dans- les portiques ou galeries dont le emple ëtoit environné, (t q li faisoient partie du temple nème. Tout l'édilice s'appeioit en général le lieu saint, lais on appeloit plus particulièrement de ce nom cette •artie du temple intérieur o-i éioit le chandelier d'or, 'autel des parlums, et les tables des pains de proposition. ]{ cette partie étoit encore distingut^e du Saint des Saints ù étoit l'arche, et où le grand prêtre seul avoit droit l'entrer une ibis l'année. C'étoit une tradition assez onstante, que la montagne sur laquelle le temple fut dlï étoit la même montagne où Abraham avoit autrefois iiert en sacrifice son fils Isaac*.
J'ai cru devoir expliquer ici ces particularités, afin que eux à .qui l'histoire de l'Ancien Testament ne sera pas ssez présente n'en soient point arrêtés en lisant cette ragédie. Elle a pour sujet Joas reconnu et mis sur le rône; et j'aurois dù dans les régies l'intituler Joas, Biais î plupart du monde n'en ayant entendu parler que sous le om d'Athalie, je n'ai pas jugé à propos de la leur préenter sous un autre titre, puisque d'ailleurs Athalie y )ue un personnage si considérable, et que c'est sa mort ui termine la pièce. Voici une partie des principaux évéements qui devancèrent cette grande action 2.
1. C'était l'opinion d'un théologien anglican, Lightfoot, dont Racine yait consulté i'ouvrai^e.
2. Les événements (l.>nt Racine donm ici le résumé sont donnrs dans ; iV« livre des [iois {IV dans los RiiJes pi-otestarrtes), e:. dans les Para'pumènes (l" livre des ChronlqjirH dans les Bil)les proLestanles). Les faits î]i servent de fondement à l'action de ia trag-'die (^'ducation secr<.'te * couronnement de Joas, meurtre d'.\thalie) forment le xi" ch-spitre )' ÎV" (ou il*) livre des Ruis, et- le xxiii" chapitre des Parali pom.èiL (on 'livre des rAiron/V///r'.s) : il est inutile do ri!or i -i t'^ l -s l)ihli(iueâ ne l'on trouvera presque lout eiUiers dans les îîi»' • ! i i Lcagédie.
976 PRÉFACE
Joram, roi de Juda, fils de Josaphat, et le septième r l^^ de la race de David, épousa Athalie,. fille d'Achab et c ^ Jézabel, qui régnoient en Israël, fameux l'un et l'autr mais principalement Jézabel, par leurs sanglantes pers cutions contre les prophètes. Athalie, non moins imp que sa mère, entraîna bientôt le Roi son mari dans l'id ' latrie, et fit même construire dans Jérusalem un temple ^ Baal, qui étoit le dieu du pays de ïyr et de Sidon, Cj " Jézabel avoit pris ntissance. Joram, après avoir" vu pér'i''' par les mains des Arabes et des PhiHstins tous les princ( j'^ ses enfants, à la réserve d'Okosias, mourut lui-mên 1™ misérablement d'une longue maladie qui lui consuma h^^ entrailles. Sa mort funeste n'empêcha pas Okosias d'imitt " son impiété et celle d'AthaUe sa mère. Mais ce princ I ^ après avoir régné seulement un an, étant allé rendi visite au roi d'Israël, frère d'Athalie, fut enveloppé dar la ruine de la maison d'Achab, et tué par l'ordre de Jéhi ^' que Dieu avoit fait sacrer par ses prophètes pour régne sur Israël, et pour être le ministre de ses vengeance ^ Jéhu extermina toute la postérité d'Achab, et fit jeter pé les fenêtres Jézabel, qui, selon la prédiction d'Élie, fv ^ mangée des chiens dans la vigne de ce même Nabot g, qu'elle avoit fait mourir autrefois pour s'emparer de so lie héritage. Athahe, ayant appris à Jérusalem tous ces ma: i sacres, entreprit de son côté d'éteindre entièrement 1 i; race royale de David, en faisant mourir tous les enfani|i d'Okosias, ses petits-fils. Mais heureusement Josabe II sœur d'Okosias, et fille de Joram, mais d'une autre mèi |,' qu'Athahe, étant arrivée lorsqu'on égorgeoit les princ€ i ses neveux, elle trouva moyen de dérober du miheu de \ morts le petit Joas encore à la mamelle, et le confi 1^ avec sa nourrice au grand prêtre, son mari, qui le [ cacha tous deux dans le temple, où l'enfant fut élev secrètement jusqu'au jour qu'il fut proclamé roi d \, Juda. L'Histoire des Rois dit que ce fut la septième anné i
PRÉFACE
d'après. Mais le texte grec des Paralipomènesy que Sévère Suipice* a suivi, dit que ce fut la huitième 2. C'est ce qui m'a autorisé à donner à ce prince neuf à dix ans, pour \e mettre déjà en état de répondre aux questions qu'on ui fait.
Je crois ne lui avoir rien fait dire qui soit au-dessus de a portée d'un enfant de cet âge qui a de l'esprit et de la némoire. Mais quand j'aurois été un peu au delà, il faut '.onsidérer que c'est ici un efifant tout extraordinaire, ?levé dans le temple par un grand prêtre, qui, le regarlant comme l'unique espérance de sa nation, l'avoit nstruit de bonne heure dans tous les devoirs de la religion ?t de la royauté. Il n'en étoit pas de même des enfants des uifs que de la plupart des nôtres. On leur apprenoit les aintes lettres, non-seulement dès qu'ils avoient atteint 'usage de la raison, mais, pour me servir de l'expression le saint Paul, dès la mamelle 5. Chaque Juif étoit obhgé l'écrire une fois en sa vie, de sa propre main, le volume le la loi tout entier. Les rois étoient même obligés de écrire deux fois* et il leur étoit enjoint de l'avoir contiiuellement devant les yeux. Je puis dire ici que la France
1. On dit ordinairement Sulpice Sévère. Mais il paraît que Sulpice st le surnom : Severus cognomine Sulpicius. {S. Gennadii Massiensis preshyteri libellus, Helmœstadii, 1612, in-i", p. 9. — Cité par
P. Mesnard.)