‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 37 sur 456 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Dont il a quarante ans défendu tous les rois? 910

Continuez, Seigneur : tout vainc-u que vous êtes,

La guerre, les périls sont vos seules retraites.

Rome poursuit en vous un ennemi fatal*,

Plus conjuré contre elle et plus craint qu'Annibai.

Tout couvert de son sang, quoi que vous puissiez faire, 916

N'en attendez jamais qu'une paix sanguinaire.

Telle qu'en un seul jour un ordre de vos mains

La donna dans l'Asie à cent mille Romains 2.

Toutefois épargnez votre tête sacrée.

Vous-même n'allez point, de contrée en contrée, 920 Montrer aux nations Mithridate détruit^, Et de votre grand nom diminuer le bruit*. Votre vengeance est juste, il la faut entreprendre : Brûlez le Capitole, et mettez Rome en cendre. Mais c'est assez pour vous d'en ouvrir les chemins : 926 Faites porter ce feu par de plus jeunes mains; Et tandis que l'Asie occupera Pharnace, De cette autre entreprise honorez mon audace. Commandez : laissez-nous, de votre nom suivis, Justifier^ partout que nous sommes vos fils. 980

1. Un ennemi fatal: un ennemi que le destin lui impose, un ennemi qui ne peut être qu'ennemi. C'est le sens du latin fatàlis.

2. Sur ce massacre, cf. Appien, Guerre de Mithridate, ch. xxii etxxiii. Is qui uno die, tota Asia, tôt in civitatibus, uno nuntio atque una litterarum significatione cives Romanos necandos trucidandosque denoiavit. (Cicéron, Pro lecje Manilia, III.) « Celui qui, un même jour, par toute l'Asie, dans toutes ses cités, par un seul ordre, par une seule lettre d'avis, désigna tous les citoyens romains à la mort, au massacre. »

5. Mithridate détruit : « La Harpe et d'autres, dit M. Paul Mesnard, paraissent regarder Racine comme ayant le premier fait cet emploi de détruit : il est ancien dans notre langue. »

Tant que t'aie destruit, jamès ne fmerai.

{Doon de Maience.) L Bruit était très commun dans le sens d'éclat, retentissement, gloire, renommée.

0. Justifier^ prouver par les pièces justificatives. « Pour justifier à

MITËRIDATE.

Embrasez par nos mains le couchant et Taurorc ; Remplissez l'univers, sans sortir du Bosphore; Que les Romains, pressés de l'un à l'autre bout, Doutent où vous serez, et vous trouvent partout.

iiès ce même moment ordonnez que je parte. Ici tout vous retient; et moi, tout m'en écarte. Et si ce grand dessein surpasse ma valeur, Du moins ce désespoir convient à mon malheur. Trop heureux d'avancer la fm de ma misère. J'irai..., j'effacerai le crime de ma mère. Seigneur. Yous m'en voyez rougir à vos genoux ; J'ai honte de me voir si peu digne de vous ; Tout mon sang doit laver une tache si noire. Mais je cherche un trépas utile à votre gloire; Et Rome, unique objet d'un désespoir si beau, Du fils de Mithridate est le digne tombeau.

ittlTHRlDATE, se levant.

Mon fils, ne parlons plus d'une mère infidèle.

Votre père est contert, il connoît votre zèle,

Et ne vous verra point affronter de danger

Qu'avec vous son amour ne veuille partager.

Vous me suivrez : je veux que rien ne nous sépare ;

Et vous, à m'obéir. Prince, qu'on se prépare.

Les vaisseaux sont tout prêts. J'ai moi-même ordonné

La suite et l'appareil qui vous est destiné.

Arbate, à cet hymen chargé de vous conduire,

De votre obéissance aura soin de m'instruire.

Allez, et soutenant l'honneur de vos aïeux,

Dans cet embrassement recevez mes adieux.

PHARNACE

Seigneur....

tout le monde l'innocence de ma condaiL<i. » (Molière, Tai iufe, p' cet.)

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