SCÈNE m
MITHRIDATE, XIPHARÊS.
XIPHARÊS.
Seigneur, le croirez-vous qu'un dessein si coupable..
MITHRIDATE
Mon fils, je sais de quoi votre frère est capable. looo
Me préserve le ciel de soupçonner jamais
Que d'un prix si cruel vous payiez mes bienfaits.
Qu'un fils qui fut toujours le bonheur de ma vie
Ait pu percer ce cœur qu'un père lui confie !
Je ne le croirai point. Allez : loin d'y songer, ioo5
Je ne vais désormais penser qu'à nous venger.
MITHRIDATE. '
Je ne le croirai point ? Vain espoir qui me flatte !
Tu ne le crois que trop, malheureux Mithridate.
Xipharès mon rival? et d'accord avec lui
La reine auroit osé me tromper aujourd'hui? loro
Quoi? de quelque côté que je tourne la vue,
La foi de tous les cœurs est pour moi disparue?
Tout m'abandonne ailleurs? tout me trahit ici?
Pharnace, amis, maîtresse; et toi, mon fils, aussi?
Toi de qui la vertu consolant ma disgrâce.... iôi5
Mais ne connois-je pas le perfide Pharnace?
Quelle foiblesse à moi d'en croire un furieux
Qu'arm© contre son frère im courrouiê envieux^
MITHRIDA1E.
Ou dont le désespoir me troublant par des fables,
Grossit, pour se sauver, îe nombre des coupables ! 1020
Non, ne l'en croyons pomt; et sans trop nous presser,
Voyons, examinons. Mais par ou commencer?
Qui m'en éclaircira? quels témoins? quel indice?...
Le ciel en ce moment m'inspire un artifice.
Qu'on appelle la Reine. Oui, sans aller plus loin, 1026
Je veux l'ouïr. Mon choix s'arrête à ce témerin.
L'amour avidement croit tout ce qui le flatte.
Qui peut de son vainqueur mieux parler que l'ingrate?
Voyons qui son amour accusera des deux.
S'il n'est digne de moi, le piège est digne d'eux*. ïo3o
Trompons qui nous trahit ; et pour connoître tin traître,
Il n'est point dé moyens,,*. Mâts je la vois paraître :
Feignons ; et dé son cœur, d'un vain espoir flatté,
Par un mensonge adroit tirons la vérité.