SUBSTANTIF
4. Racine suit l'usage de son temps pour les noms propres. On commence à ne les plus franciser. On garde ceux auxquels l'usage a donné une forme française; on conserve aux autres leur terminaison latine. Racine dit également Claude et Claudius dans les vers de Bntannicus : il dit toujours Claudius dans sdi Préface. Il dit Titus, tandis que Corneille écrit Tite. Vaugelas avait donné dans ses Remarques une longue note où il essayait de marquer les règles de l'usage : la substance en est que les noms les plus courts sont les plus réfractaires à la forlTie française, et que les plus illustres sont ceux qui là prennent de préférence.
5. Le genre de certains substantifs a varié ou était encore incertain. Racine fait offre tantôt masculin : Baj., 1092, et tantôt féminin : Baj.^ 1550; il hésite sur le genre à' équivoque {Plaid., Préface, et variante). 11 fait amour très fréquemment fi'minin : Bér., 1503; Baj., 357; Brit., 51 ; Phèd., 1473; mais très souvent aussi masculin : Mithr., 711. Vaugelas préférait le féminin; mais, au temps de Racine, Ménage notait le masculin comme ordinairement usité en prose.
6. Racine emploie quelques substantifs en emenl qui ne sont pas restés, comme retardement : Andr,^ 406; Baj.y 1551; Iph.^ 1067. Ces
nAciNE, — tH^Atiib, CHOISI. 35
NOTES GRAMMATICALES
substantifs sont pourtant moins nombreux chez lui que chez Corneille et chez les écrivains du commencement du siècle, moins nombreux aussi que chez Mme de Sévigné.
7. Racine emploie au pluriel un certain nombre de substantifs abstraits: Brit.. 394; Iph., 875. En général, il exprime ainsi les effets ou manifestations de la qualité qui serait marquée par le singulier.
8. Le substantif abstrait. chezRacine.se substitue très souvent, par un emploi fort original, au nom de la personne ou de la chose à qui appartient la qualité, attribut ou partie qu'indique ce substantif, lorsque surtout c'est cette qualité, attribut ou partie qui produit ou subit l'action marquée par le verbe. Il tient lieu alors d'un adjectif accompagnant le sujet ou régime : Andr.. 5(35; 582-5; 449-51 ; Brit., 81 ; 155; 1599; Baj.. 1208; Mithr., 525; Iph., 82; 291.
0. Le substantif garde parfois la force du verbe dont il dérive, pour se construire avec le même complément : ainsi abord et fuite : Andr., me : Baj., SU.
10. Substantifs employés comme adjectifs : les substantifs en eur surtout, adorateur: Bér.. 55; imposteur- Iph., loi; empoisonneur: Ath., 1588; quelques autres encore, comme parricide : Esth., 550.