‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 89 sur 456 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

AfiAMEMNON.

Qu'il faut, princes, qu'il taut^ que cnacun se retire; Que d'un crédule espoir trop longtemps abusés, 2; Nous attendons les vents qui nous sont refusés. Le ciel protège Troie ; et par trop de présages Son courroux nous défend d'en chercher les passages 2.

Quels présages affreux nous marquent son courroux?

AGAMEMNON

^, Vous-même consultez ce qu'il prédit de vous.

' Que sert de se flatter ? On sait qu'à votre tête ' Les Dieux ont d'Ilion attaché la conquête ; Mais on sait que pour prix d'un triomphe si beau, Ils ont aux champs troyens marqué votre tombeau ; Que votre vie, ailleurs et longue et fortunée. Devant Troie en sa fleur doit être moissonnée.

ACHILLE

Ainsi, pour vous venger tant de rois assemblés

1. Racine use fréquemment de la répétition d'un mot, à l'ordinaire pour appuyer sur Tidée qu'il exprime, quelquefois seulement pour marquer la vivacité du sentiment de celui qui parle. Dans ces répétitions, le mot est presque toujours suivi d'abord d'un adjectif ou d'un vocatif, qui le soutient pour ainsi dire, et repris ensuite : « Achille seul,

' Achille... (v. 189). — Souffrez, seigneur, souffrez... (v. 205). — Qu'il faut, princes, qu'il faut... » (v. 214).

' 2. M. P. Mesnard rapproche ce passage du discours d'Agamemnon dans VIliade (ch. II, v. 140-lM) :

où yàp £TL TpoLï^v aipTi<JO[X£v s'jp'jdyuiav.

« Fuyons sur nos vaisseaux vers notre patrie : car nous ne prendrons jamais Troie aux larges rues. »

Tête, dans le sens de personne, et non de vie.

IPHIGENIE.

D'un opproljre éternel retourneront comblés; Et Paris, couronnant* son insolente flamme, Retiendra sans péril la sœur de votre femme I 23o

AGAMEMXON.

Hé quoi ? votre valeur, qui nous a devancés,

N'a-t-elle pas pris soin de nous venger assez?

Les malheurs de Lesbos, par, vos mains ravagée.

Épouvantent encor toute la mer Egée.

Troie en a vu - la flamme ; et jusque dans ses ports, 235

Les flots en ont poussé le débris ^ et les morts.

Que dis-je ? les Troyens pleurent une autre Hélène

Que vous avez captive envoyée à Mycéne.

Car, je n'en doute point, cette jeune beauté

Garde en vain un secret que trahit sa fierté ; 240

Et son silence même, accusant^ sa noblesse,

Nous dit qu'eUe nous cache une illustre princesse.

ACHILLE

Non, non, tous ces détours sont trop ingénieux. Vous hsez de trop loin dans les secrets des Dieux. Moi, je m'arrêterois à de vaines menaces? 245 Et je fuirois l'honneur qui m'attend sur vos traces ?

1. Emploi hardi du mot couronner : 1° en mauvaise part (Corneille a dit : couronner son crime) ; 2° dans le sens, non pas de mettre le comble à, mais de récompenser par le succès, rendre triomphant.

2. L'expression est ici figurée et hyperbolique. Lesbos est située bien au sud de Troie. — A moins que Racine ne prenne ici le mot Troie pour le nom de toute la contrée, de la Troade : c'était le sens exact de Tpoia en grec. (Cf. Sophocle, Electre. 1. éd. Tournier.)

5. Le débris. L'Académie, dans son dictionnaire, ne donne guère que des exemples du singulier. Furetière en cite un grand nombre aussi. Cûiiieiiie, Kacme et leurs contemporains s'en servent sans cesse.

i. Accusant, indiquant, déclarant, témoignant.

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