‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 9 sur 456 · ACTE I, SCÈNE U · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE U

Qui du Roi notre père attira tous les vœux, Dont Pharnace, après lui, se déclare amoureux....

ARBATE.

Hë bien, Seigneur?

XIPHARÊS.

Je l'aime, et ne veux plus m'en taire, Puisqu'enfm pour rival je n'ai plus que mon frère. Tu ne t'attendois pas sans doute à ce discours; Mais ce n'est point, Arbate, un secret de deux jours. Cet amour s'est longtemps accru dans le silence. Que n'en puis-je à tes yeux marquer la violence, 40 Et mes premiers soupirs, et mes derniers ennuis? Mais en l'état funeste où nous sommes réduits, Ce n'est guère le temps d'occuper ma mémoire A rappeler le cours d'une amoureuse histoire. Qu'il te suffise donc, pour me justifier, Que je vis, que j'aimai la Reine le premier; Que mon père ignoroit jusqu'au nom de Monime, Quand je conçus pour elle un amom légitime, n la vit. Mais au lieu d'offrir à ses beautés Un hymen, et des vœux dignes d'être écoutés, 5o n crut que sans prétendre une plus haute gloire, Elle lui céderoit une indigne victoire.

Tu sais par quels efforts il tenta sa vertu. Et que lassé d'avoir vainement combattu. Absent, mais toujours plein de son amour extrême, 55 n lui fit par tes mains porter son diadème. Juge de mes douleurs, quand des bruits trop certains M'annoncèrent du Roi l'amour et les desseins ; Quand je sus qu'à son ht Monime réservée, Avoit pris, avec toi, le chemin de Nymphée! 60

Hélas ! ce fut encor dans ce temps odieux Qu'aux offres des Romains ma mère ouvrit les yeux

^6 MITHRIDATfc.

Ou pour venger sa foi par cet hymen trompée*, Ou ménageant pour moi la faveur de Pompée, Elle trahit mon père, et rendit aux Romains La place et les trésors conliés en ses mains. Quel devins-je au récit du crime de ma mère ! Je ne regardai plus mon rival dans mon père ; J'oubliai mon amour par le sien traversé : Je n'eus devant les yeux que mon père offense. lo J'attaquai les Romains ; et ma mère éperdue Me vit, en reprenant cette place rendue, A mille coups mortels contre eux me dévouer, Et chercher, en mourant, à la désavouer. ' L'Euxin, depuis ce temps, fut libre, et l'est encore ; 7^ Et des rives de Pont aux rives du Bosphore, Tout reconnut mon père, et ses heureux vaisseaux N'eurent plus d'ennemis que les vents et les eaux. Je voulois faire plus. Je prétendois, Arbate, Moi-même à son secours m' avancer vers l'Euphrate. 80 Je fus soudain frappé du bruit de son trépas. Au miheu de mes pleurs, je ne le cèle pas, Monime, qu'en tes mains mon pèî^e avoit laissée,

Avec tous ses attraits revint en ma pensée, ^

Que dis-je? en ce malheur je tremblai pour ses jours;

Je redoutai du Roi les cruelles amours.

Tu sais combien de fois ses jalouses tendresses

Ont pris soin d'assurer la mort de ses maîtresses.

Je volai vers Nvmphée ; et mes tristes regarda,

Rencontrèrent Pharnace au pied de ses remparts. 90

j'en conçus, je l'avoue, un présage funeste.

Tu nous reçus tous deux, et tu sais tout le reste.

Pharnace, en ses desseins toujours impétueux,

1 II ne faut pas faire attention à Tanachronisme des sentiments pr^ »é la mère^deXipharè.. Elle devait être ^'autant moms jalou^ede iîonime qu'elle n'était pas elle-même la première femme de Mithridate, puisque Xipharès est le cadet de Pharnace.

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