‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 93 sur 456 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

Ne songeons qu'à nous rendre immortels comme eux-

El laissant faire au sort, courons où la valeur [mêmes ;

Nous promet un destin aussi grand que le leur.

C'est à Troie, et j'y cours ; et quoi qu'on me prédise, 265

Je ne demande aux Dieux qu'un vent qui m'y conduise ;

Et quand moi seul enfin il faudroit Fassiéger,

Patrocle et moi, Seigneur, nous irons vous vengeri.

Mais non, c'est en vos mains que le destin la livre ;

Je n'aspire en effet qu'à l'honneur de vous suivre. 270

Je ne vous presse plus d'approuver les transports

D'un amour qui m'alloit éloigner de ces bords :

Ce même amour, soigneux de votre renommée,

Veut qu'ici mon exemple encourage l'armée,

Et me défend surtout de vous abandonner ^7^

Aux timides conseils qu'on ose vous donner.

1 M Paul Mesnard fait sur ces deux vers la remarque suivante : « H Y a 'dans V Iliade (liv. XVI, v. 99, 100) un passage où Achille exprime le désir de voir non seulement détruire toute l'armée troyenne, mais aussi l'armée grecque, pour qu'à eux seuls, Patrocle et lui, ils renversent ^ les murs sacrés de Troie :

.... NwL 5' £vt5u[X£v olz^po^,

« Et nous, puissions-nous échapper à la mort, pour renverser à nous seuls les murs sacrés de Troie. » „ a a ,

« On peut trouver le rapport plus frappant encore avec l endroit du même poème (liv. IX, v. 46-48) où Diomède parle ainsi :

.... El 6è xal aÙTol ^ vwC 8', syw S6£V£>v6ç t£, [xaxTl^oH-sQ', £^^^0^ T£%[;.o)p

B; 'VkioU £UpW{JL£V. ))

' « Qu'ils fuient donc sur leurs vaisseaux vers leur patrie : nous deux, Sthénélos et moi, nous combattrons jusqu'à ce que nous parvenions a détruire Troie. »

IPHIGÉME.

SCÈXE IIP AGA}lE>rMj\.. LTYSSE.

ULYSSE

Seigneur, vous entendez : quelque prix qu'il en coûte, Il veut voler à Troie et poursuivre sa route. Nous craignions son amour : et lui-même aujourd'hui Par une heureuse erreur nous arme contre lui. 280

AGAME3rS0X.

Hélas!

ULYSSE

De ce soupir que faut-il que j'augure?

Du sang qui se révolte est-ce quelque murmure ? Croirai-je qu'une nuit a - pu vous ébranler ? Est-ce donc votre cœur qui vient de nous parler? Songez-y. Vous devez votre fille à la Grèce. 280 Vous nous l'avez promise : et sur cette promesse, Calchas, par tous les Grecs consulté chaque jour, Leur a prédit des vents l'infaillible retour. A ses prédictions si l'effet est contraire. Pensez-vous que Calchas continue à se taire ^: 290

1. Les scènes m, iv et v du premier acte de Racine tiennent la place de la scène d'Agamemnon et de Ménélas (épisode 1). Racine a supprimé le rôle de Ménélas et l'a remplacé par Ulysse.

2. Ulysse, voulant marquer fortement le soupçon qu'il a conçu, et affirmer sa croyance, emploie l'indicatif.

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