‹ Théodore Botrel, poète chrétienChapitre 1 sur 2 · Théodore Botrel, poète chrétien · texte numérisé non relu

Théodore Botrel, poète chrétien

Conférence donnée à la Salle St. Sulpice le 6 Avril 1922 Par l'abbé L. BOUHIER S.S.

Monseigneur, Mesdames, Messieurs,

Vous me trouverez peut-être un peu osé de venir intercaler une causerie dans un concert comme celui que nous avons la joie d’entendre ce soir. Mon excuse,:la voici: on me l’a demandé avec tant d’aimable insistance que je n’ai vraiment pas cru devoir me dérober à la tâche, très douce d’ailleurs, de vous adresser la parole.

Aussi bien, ce ne sera qu’une modeste causerie. Le sujet m'en semble assez indiqué: puisque nous assistons à un concert de Botrel, je vous parlerai de Botrel. Sans doute, pour parler dignement de l’illustre barde, ce n’est pas une causerie ou une conférence, maïs dix, vingt conférences qu’il faudrait. Il est vrai, vous le connaissez si bien déjà ! | (

Il y à quelques années, à Paris, deux critiques littéraires échangeaient leurs impressions au sortir d’une audition de Botrel. ‘C’est vraiment le type achevé du chansonnier,”” dit l’un.—‘“‘Oui, répliqua l’autre, mais ce n’est pas seulement un chansonnier, c’est un poête, et un grand poète.— C’est plus encore, surenchérissait alors le premier, c’est une Voix populaire!”

(1) Monseigneur Forbes, évêque de Joliette

Or, Mesdames et Messieurs, cette Voix QU est une Voix chrétienne. C’est même parce qu’elle est chrétienne qu’elle est vraiment populaire. Ce chan-.

sonnier poète est en effet doublé d’un grand et fervent, ao

chrétien. C’est cette note qui caractérise si éminemment ses œuvres et sa vie que je voudrais vous souligner un

peu ce soir. :

Né en plein cœur de la catholique Bretagne, Théo-

dore Botrel y a passé presque toute son enfance auprès

d’une bonne et sainte grand’mère, dont les leçons se sont profondément gravées dans son âme, et dont il a évoqué, avec une vive émotion, le pieux souvenir dans ses touchantes chansons du Parson et de Grand’ Maman Fanchon.

Il fut amené, encore petit garçon, à Paris; et dès sa. sortie de l’école des Frères, il commença le dur appren-

tissage de la vie, parcourant diverses étapes, depuis :

l'atelier d’un serrurier jusqu’à l’étude d’un avoué, lisant et étudiant beaucoup dans ses veillées laborieuses; et. toujours il entendait chanter dans Son âme la voix mélodieuse de la poésie. |

Puis, un jour, il rencontra celle qui devait être pour” Jui la plus admirable des compagnes. Le curé de Saint Augustin, l’abbé Chesnelong, devenu plus tard archevêque de Sens, qui aimait Botrel comme un fils et comme un frère, bénit le mariage et l’entoura d’un luxe et d’une magnificence qui contrastaient fort avec l’humble condition des deux époux. C'était son cadeau de noces au plus

aimable, au plus utile, au plus dévoué de ses ie pa- St

roissiens.

‘On peut dire, (a écrit le Marquis de Ségur, que le

marié eut l'honneur d’avoir pour témoin), que du jour. dé de sa première communion à celui de son mariage, Botrel …«

fut le modèle de ses camarades et la joie de ses maîtres. Toujours le plus exact aux réunions du patronage, aux messes du dimanche, aux communions, il était le soutien …

des nouveaux venus, des timides, des chétifs: d’année en: A

année, son esprit de foi, sa rare intelligence et sa bonté prenaient des forces et des formes nouvelles. D'un caractère aimable, enjoué, d’une douceur inaltérable, il s’attirait et gardait tous les cœurs. Un ami, un condisciple, tombait-1l malade, il le visitait, le consolait, passait ses heures de liberté près de lui, le soignait avec les tendresses d’une sœur de Saint Vincent de Paul. Plus d’un mou- - rut presque entre ses bras. Il venait prier auprès de leur dépouille mortelle, et dans ces circonstances, sa bonté s'élevait jusqu'aux délicatesses de la plus pure charité.”

Plusieurs pièces de théâtre, écrites pour le patronage des Frères, datent de ces années de jeunesse. :

Puis, bientôt Botrel revint habiter sa chère Bretagne, pour laquelle il s’était épris d’amour dès son enfance, et à laquelle il ne cessait de rêver. Le culte qu'il avait pour elle va grandir encore; au point qu'il est devenu le type le plus parfait de la race bretonne. Il semble porter en lui l’âme même de la Bretagne, âme pétrie de foi et de courage, pleine de délicatesse, de mélancolie et de rêve.

C’est elle surtout qu’il va chanter. La douce voix qu'il entendait toujours au'fond de son âme, va enfin résonner au dehors; elle va jaillir en accents magnifiques. Son premier volume, ‘Les chansons de chez nous,” bientôt suivi de tant d’autres, est couronné par l’Académie Française, et le porte du premier coup à la célébrité.

Avec quel amour il la salue, sa chère Bretagne,

«67 la terre de granit

Et de l'immense et morne lande, Pieuse Armor au sol bénit

Par les grands Sañints venus d'Irlande,

Où l’on rencontre à chaque pas

Des menhirs près des Christs en pierre, Où le ciel est. si bas, s1 bas,

Qu'on y voit monter sa prière !

(Chansons de chez nous).

clochers à à jour et le pays su Pure ts en effet, pointent dans la campagne de ‘Ne cod di. en dentelles : et à tous les carrefours se dressent de vieux calvaires. ñ Maintes fois Botrel les a chantés.

Chez nous tout parle de prière:

Les vieux calvaires de jadis,

Et les clochers, ces doigts de pierre Qui nous montrent le Paradis.

Je le vois encore, assis sur les marches du calvaire de Port-Blanc, en face de la mer immense parsemée d’îles. C'était un de ses coins préférés. Que d’heures il y a passées! Que de belles inspirations sont parties de là! Il aime ses vieux calvaires bretons. Ecoutez ce cantique, sorte de complainte mélancolique sur une vieille mélodie bretonne, que je vais vous fredonner. (Car le can-. u tique et la chanson ne doivent pas être dits, mais chante

- Debout sur nos chemins, nos grèves, nos montagnes, Les Christs en granit gris planent sur nos campagnes, Traçant à l’infint sur la Race bretonne

Le Geste, immense et doux, qui console et pardonne!

Des clous percent les mains du Dieu qui tant nous aime, Son front, son flanc, ses pieds sont transpercés de même... Mais, s’il laisse tomber sa douce tête blonde,

C’est pour mieux regarder, encor, le pauvre Monde!

Bretons, quand le malheur fondra sur vos chaumières, Tombez à deux genoux au pied de vos Calvaires,

Et Dieu, qu'imploreront vos prières tremblantes, Fera fleurir l'Espoir en vos âmes dolentes!

… (Chansons des clochers à jour) ; Aperçoit-il un troupeau de blancs moutons pais- .

sant près d’un de ces calvaires, cette image RrAGIRUS lui vient aussitôt à la pensée:

Comme dans l'Evangile

On voit, sur la hauteur, Loin du loup maraudeur, Le blanc troupeau tranquille Aux pieds du Bon Pasteur.

" Il aime la voix des cloches:

Sonnez, sonnez

Clochers à jours!

Carillonnez

Toujours!

Dans le creux de vos nids de pierre, Géantes fauvettes d’airain, Gazouillez la tendre prière Si consolante au cœur chagrin.

(Chansons des clochers à jour).

Il aime encore les ‘“Pardons mystiques et joyeux,” les longues processions qui se déroulent en l’honneur de la Vierge.

T'out est blanc, tout est bleu: la bannière, le cierge, Les coiffes, les fichus, les âmes et les yeux.

Tout est bleu, tout est blanc: les grèves et les cieux. Tout l’A rvor se pavoise aux couleurs de la Vierge.

Puis ce sont les bons vieux qui s’avancent, un cierge à la main, en récitant leur chapelet.

Il vient, le bon vieux, invoquer la Vierge Pour ses chers défunts, sa femme et ses fieux. Ses yeux sont brûlants ainsi que le cierge,

Et le cierge pleure ainsi que ses yeux.

Botrel traduit admirablement les divers sentiments de ces riches natures de Bretons, en particulier leurs sentiments religieux, Mais nulle part peut-être il n’exprime mieux leur piété en même temps que leur foi in-

ja domptable, que dans ce pur petit chef ur r ol qui a pour titre ‘Bretons têtus”’.

‘Pour vous faire oublier vos prières naïves, Bretons, vos chapelets nous vous les brûlerons! —Nous avons Sainte Anne et Saint Yves, C’est devant eux que nous prierons.

Alors, nous passerons les seuils de vos chaumières, Vos saintes et vos saints, nous vous les briserons! —Au pied des arbres des clairières, Devant la Vierge nous prierons.

Hél que nous font à nous leurs têtes séculaires: Tous vos grands chênes creux, nous vous les abattrons! — ]l nous restera nos calvaires:

C’est devant eux que nous prierons.

Avec nos durs leviers, parmi les folles herbes

Tous vos Bons Dieux sculptés, nous vous les abattrons! — Nous avons des clochers superbes:

En les regardant nous prierons.

De votre obscur passé quand nous fendrons les voiles, Vos fiers clochers à jour baiseront les pavés.

—N ous prierons devant les étoiles.

Abattez-les, si vous pouvez!”

(Contes du lit clos).

Il raconte la rude vie des marins bourlinguant sur les mers lointaines, confiants en la protection de la Vierge d'Arvor ou de la bonne Sainte Anne, patronne de la

Bretagne.

Il dit aussi l'angoisse des épouses et des mères, en voyant leurs bien aimés s’éloigner de la côte bretonne, trop souvent, hélas! pour ne plus revenir. Combien -en effet, ont le sort tragique du malheureux fiancé de la

Paimpolaise!

Puis, quand la vague le désigne, L’appelant de sa grosse voix, Le brave Islandais se résigne En faisant un signe de croix.

Et le pauvre gâs Quand vient le trépas, Serrant la médaille qu’il baise, Glisse dans l'Océan sans fond En songeant à la Paimpolaise Qui l'attend au pays breton.

(Chansons de chez nous).

Aussi quelles prières ardentes ces pauvres femmes éplorées adressent à Marie, Etoile de la Mer, lui criant leurs craintes et leurs espérances, comme dans ce beau cantique des Femmes de Marins, intitulé “Notre Dame des lots”!

à O Marie, 6 notre Mère, Tor qui règnes sur les flots, Exauce notre prière:

Veille bien sur nos matelots.

Pendant leurs longues absences Nous t’implorons à genoux, Prends pitié de nos souffrances, Toi qui souffris comme nous.

Garde-les de la tempête,

De la colère de Dieu,

En étendant sur leur tête

Un lambeau de ton voile bleu...

Epargne nous tant d’alarmes Devant la vague en courroux.

Dans nos yeux taris les larmes Toi qui pleuras comme nous!

Hier, tu te le rappelles, Nous avons de.notre mieux, Orné toutes tes chapelles

De genêts et d'objets peux.

départ:

Sauve de la mer profonde Nos enfants el nos époux, O Toi qui fus en ce monde

Femme et Mère, comme nous!

Les pêcheurs d'Islande Et les Terneuvas

Ont sur la mer grande Dit leurs “Adieux-vats

Sancta Maria O Maris Stella, Protège la-bas Nos gûâs!

Ave Maria!

Donne bonne pêche

A nos matelots;

Sur leur route empêche La fureur des flots!

S1 l’un d’eut succombe Sans “De Profundis’’

Donne au gâs sans tombe

Ton bleu Paradis!

À tes pieds nous sommes

Toutes à genoux:

Pitié pour nos hommes Et pitié pour nous!

Sancta Maria O Maris Stella, Tu ramèneras Nos gâs!

Ave Maria!

Amen!

(Chansons des clochers à jour.) :

(Chansons de chez nous).

Ou encore dans ce simple et touchant Cantique du

TE

.-$ A er dan -:

Le ‘4 À it

t trois gâs dans Dedt à

fois bien rude! | { ie 3 les ‘Au revoir” AA Le je devrais bien en avoir A Pris l'habitude. fe

Sainte né je suis seule:

C’est elle qui ur dans les cieux

" do (Chansons en sabots).

autres fois, elles 5 'adressent à Saint Yves, “Saint |

Un jour sur un gros navire Vire au vent, vire, vire, La veuve embarqua son gûs.

Le marin ne revint pos

Vire au vent, vire, vire, De l’offrir à Saint Yvon, P t'on de ceux de s’en vont.

Enfin, prenant le navire Vire au vent, vire, vire, S’en fut le porter, nu-pied, A Suint Yves de Tréguier.

Pour la Veuve et le navire, Vire au vent, vire, vire, Saint Yvon tant pria Dieu...

Qu'il lui ramena son fieu! À (Chansons de chez nous).

Hélas! il en est d’autres, moins heureuses, qui attendent en vain le retour de leur gâs, comme la veuve lamentable à qui la mer chante ironiquement sa Cruelle Berceuse.

Fotrel a composé aussi un grand nombre de Noëls, naïfs ct délicieux: Noel à bord, Noel des bergers, la Noel

du mousse, la Berceuse de Noel... Il en est un particulière-

ment charmant et plein d’une grâce toute évangélique: c'est Jésus chez les Bretons (devenu pendant la guerre Jésus chez les poilus, comme la Messe en mer est devenue la Messe au camp;) en voici quelques strophes:

Si Jésus revenait au monde, Le doux Sauveur à barbe blonde, Le charpentier aux grands yeux doux, Jésus devrait renaître au monde Chez nous.

Lou, iou, iou! .

Sonnez les binious!

Car le Divin Maître Va renaître Lou, tou, iou!

Sonnez les binious!

Car Jésus peut-être Va revenir chez nous!

S’il veut une cour bien rustique

Au cœur tendre, à l’âme mystique,

Des bergers sonneurs de binious,

Il aura sa cour bien rustique Chez nous!

Jésus trouveras Un He Chez nous! .

À . Mans s 7 1 faut un nouveau traite, | Un Judas pour livrer son Maître

Do il renaïsse ailleurs, VOYEZ-VOUS:

1 l ne trouverait pas un traître

Ohez nous!

(Chansons des clochers à jour).

Ne Mesdames et Messieurs, je n’en finirais pas Me: voulais seulement énumérer toutes les chansons gr

>S D célants l’ont Sirnommé Ne É on tu e psalmiste du XXe siècle, dont toutes les œuvres sont la gloire de Dieu.” or

LA que je vais vous dire et qui est . intitulée: Prière x °M adame Marie.”

O douce Vierge de la crèche, Lorsque la mi-nuit va sonner, A tes pieds, dans la paille fraîche, Laisse mes rimes s’égrener:

Elles sont pauvres, les petiotes

Qui deux à deux vont se joignant … Comme les tremblantes menoites | D'un maladroit petit enfant.

TE

Baisse un peu Les beaux yeux; Celui qui prie à tes genoux:

Ce nest rien que le ni barde |

Ah! bénis le de tes mains panel À Celui qui chante sans arrêt Pour ceux qui rabotent les planche

Comme Jésus, à Nazareth,

Celui qui chante à pleine gorge Les espoirs, les deuils, les amour e Du gai forgeron dans sa forge, Du laboureur dans ses labours;s

Des pêcheurs sur leurs petits cotes ÿ Des pâtours au long des talus; L” De ceux qui furent les apôtres 1 Et les amis de ton Jésus! :

Montre au poète qui les chante

Le chemin de la Vérité Me Pour que sa chanson, plus touchante, Ne soit qu'Amour el Charité!

de la prière, si connue, de l'abbé Pere et qui & lle ‘La P d tris.” Botrel l’ pelle “La Prière des cœurs meurtris.’ Botrel l’a de aux pères, aux mères, aux veuves et aux fiancées d Hour times de la Grande Guerre.

De après le doux abbé Perreyne, La prière que je transcris, NL C’est—désolée, ardente et brève— A La à “Prière des c cœurs meurtris”. sg ;

me. a en vos jours de gloire, rire Jetez un regard de bonté | Fe un Sur ceux-là qui, dans la nuit noire, LE HN Font, broyés. par l'adversité; ne

Sur ceux qui, l’âme inassouvie, Sans espoir comme sans amour, Aux amertumes de la vie Trempent leurs lèvres, nuit et jour;

Ayez pitié, Vierge adorable, De ceux qui s'aimaient 1ci-bas Et dont le sort inexorable Vient de désenlacer les bras;

Ayez: pitié de la faiblesse

De notre foi, dans la douleur,

Alors qu’un deuil affreux nous laisse En plein isolement du cœur;

Ayez pitié de ceux qui pleurent Un amour fier, et tendre, et beau; Pitié de ceux-là qui demeurent Seuls, écroulés sur un tombeau;

Ayez pilié de ceux qui prient Aux pieds des calvaires sacrés.

Et des révoltés qui vous crient Des blasphèmes désespérés;

Ayez pitié de ceux qui tremblent Et dont les regards éperdus Tournés vers l'avenir, ressemblent Aux yeux fous des enfants perdus;

Inclinez-vous sur la souffrance

De ces coeurs sur terre en exil:

Rendez-leur, à tous, l’Espérance

Avec la Paix! Ainsi soit-il! Û :

(Chants de bataille et de victoire).

dr

deb + TR

Mesdames et Messieurs, cette foi catholique que le

Barde breton célèbre en de si beaux vers, il y est attaché de tout son cœur, et il n’a jamais cru devoir s’en cacher.” Traduit jadis devant la Haute Cour, lors d’un inique

procès, (1) et invité à prêter serment, il cherche des yeux le crucifix vers lequel il lèverait la main. Ne l’apercevant pas, et pour cause, puisqu'on l’avait enlevé des tribunaux, il dit simplement devant tous les francs-maçons qui siégeaient là: “Je suis chrétien, et tout chrétien qui fait le signe de la croix devenant comme un crucifix vivant: Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, je jure de dire la vérité.” On devine l’extraordinaire surprise, l’ahurissement de toute cette bande juive et maçonnique. Mais dans les tribunes on applaudit à outrance….et, le lendemain, toute la France applaudit avec elles.

Botrel ne se contente pas d'affirmer sa foi; il en pratique les devoirs; il en pratique les vertus. Le grand

précepte de Jésus dans l’Evangile: ‘‘Aimez-vous les uns

les autres””, semble inspirer et guider sa vie. Il rappelle souvent du reste cette grande loi de la dilection fraternelle. Ecoutez, par exemple, sa chanson ‘“‘Aimonsnous mieux, aidons-nous plus!”

Lorsque la vie est si fragile

Et si longue l'éternité,

Que n'adoptons-nous l’Evangile Pour Code de l'humanité?

Mais combien n’osent pas le lire, Tout en le désirant, tout bas!

Combien—chose plus triste à dire— Le lisant, ne le vivent pas!

Aimons-nous mieux, aidons-nous plus!

Notre misère En sera plus légère!

Aimons-nous mieux, aidons-nous plus:

C’est la loi de Jésus!

(1) Le procès Déroulède.

Des F Rs. r

VUE T7" te

= AREA :

à en

Je js disait +. apôtres:

Vous êtes frères ici-bas:

imez-vous bien les uns les autres;

Soyez unis jusqu’au trépas!”?

Or, que voyons-nous en ce monde?

4 Des riches dédaigner les gueux'; 100 Et tous les pauvres à la ronde

Haïr, en secret, les heureux! ë

Aimons-nous mieux.

Jésus bénit la Madeleine D'une caresse sur le front; \ Il sauva la Samaritaine, L’Adultère et le bon Larron.

Combien—de ses disciples même— Passeraient sans tendre la main Au pécheur qui souffre, et blasphème Dans la fange, au bord du chemin!

Amons-nous mieux. | 10e

Amis, soyons pleins d’indulgence: 4: 4e Fermons les yeux! Ouvrons nos cœurs! :

En bas, un peu de patience!

En haut, moins de dédains moqueurs!

Et que chacun de nous abreuve Ras La soif qui nous inquiéta

je Au Fleuve d'Amour: au grand Fleuve

Qui prend sa source au Golgotha!

Aimons-nous mieux.

(Chansons des clochers à jour).

Botrel aime surtout les humbles, les petits, les pauvres, les travailleurs, d’une affection vraiment fraternelle. Laissez-moi vous raconter un trait, entre mille, | on tout simple, mais qui le peint à merveille. Me trouvant chez lui, à Port-Blanc, je vis arriver un jour un ‘grand garçon qui s’avançait, l’air godiche, avec un accordéon sous le bras. C’était un idiot du village. Il ai-

du poête, ie nt . no [ toire. Après l'avoir félicité, Madame Botrel ajouta “Je remarque avec plaisir que tu as gardé ta casquett bien propre. —Oui,: réponditl, mais j'aimerais mieux M, avoirs un chapeau.—Attends, mon garçon, dit aussitôt Botrel, j'ai ton affaire’. D'un bond, il passe dans la pièce voisine, en revient avec un beau chapeau. breton, et le collant sur la tête de l’idiot: “Tiens, tu vois, ça te va comme un gant, garde-le.” Inutile de dire que. tout le reste de l’habillement venait également du poète. | Il donne ainsi tout ce qu’il a, son argent comme ses. chansons, in avec une bonhommie charmante et une inépuisable céné A. rosité. fo. "Va

Combien en ai-je vu défiler, de pauvres gens, chez | Jui! Sa maison est un peu la maison de tout le mondi se ailleurs n’avait-il pas écrit ces mots :

… Qui que tu Sois, passant, regarde, Pour bien reconnaître mon seuil

Car la maison ae l’humble barde Est la maison du bon accueil

or All on ne se gêne pas: et c’est ce que désir oi charitable barde. Du reste, lui-même connait bien aussi le chemin des maisons et des chaumières du voi nage, surtout celles où il y a quelque misère à soulage quelque chagrin à guérir, quelque âme endolorie à relever, quelque service à rendre. Son bonheur est de faire. du bien : et chaque fois qu'il réussit à obtenir un emploi pour un sans travail, une pension pour une veuve de ma rip, un asile pour un petit orphelin, ou le retour à Die 1h ide quelque pauvre égaré, il n’a pas de plus grande joie. C’est pourquoi tout le monde l’aime dans le pays; et vous ne sauriez croire comme il y est populaire. C” au point qu'un beau matin, en temps d'élections, il vi arriver chez lui toute une délégation. Ces braves ge auraient voulu lavoir pour député, et venaient lui

cr

à D e ne fais pas + que moi, s que des chansons: et je ne demanderai D 1x. que pour les chanter.” | #

Botr el, x

rité S étend, i je ne dis pas jusqu’à : ses ennemis, | pense pas qu’il en ait, mais Jusqu'à ses détracteurs “envieux. Jamais un mot d’amertume et de blâme: Duve des excuses pour toutes les faiblesses, et il jette jours sur les petitesses et les vilenies humaines le nanteau de son indulgente bonté. Parfois même il rouve le moyen de répondre à des insultes par des 5 faits. R ï Mais. il est tem pal que je m’arrête: je me suis. avenuré sur un terrain délicat. Oh! je sais bien que je suis quelque peu indiscret, en soulevant ainsi devant vous un coin du voile qui recouvre la vie privée de Botrel. Il ne m'aurait jamais autorisé à vous dire ces. choses. | Qu son amitié me le pardonne! Je n’en éprouve aucun. emords. D'ailleurs je le sais aussi modeste que bon. El est de ceux qui comprennent que, lorsque Dieu nous octroie des richesses d’esprit et de cœur, c’est à sa gloire et our le bien de nos frères que nous devons les employer.

4 f x ME * *

see À . À L'autre semaine, à la fin d’un concert à Valleyfeld, onseigneur Emard, dans une allocution vibrante d’en-

D M Le mot est De ne on il n’a rien F5 et il résume toute la vie de Botrel.

ton est un apôtre. “Si Re disait un prêtre nent du diocèse de Rennes, l’abbé Millon, consiste à sacrer Sa vie, Son intelligence et ses forces, à la propaon et à la défense d’une idée, à se dépenser pour une e ue Botrel ne fait pas autre caps Semeur

sa.

Aidéal, pélbnih de charité, il va, il va ours ré andant autour de lui la plus saine et a plus salutaire influence. Il est un vrai poète, un délicat artiste, un carnet 15 est, de plus, un ardent apôtre.….. Oui, il mérite ce nom, lui dont la chanson, douce comme une fleur ou flame Ne. boyante comme une épée, tour à tour gémissant dans les binious des enfants d'Arvor ou éclatant dans les clairons« héroïques des soldats de France, commande de croire en Dieu, d'aimer son prochain et de servir son pays.”

Quand Botrel commença à chanter, déjà se répandaient dans les campagnes bretonnes, venues de la capi-… tale, quelques unes de ces chansons banales, et trop souvent libertines. La chanson de Botrel, devenue rap dement populaire, ne tarda pas à les supplanter. C'était un contre-poison, et, en même temps, pour l’esprit et le “à cœur, un aliment délicieux. 4

Sa chanson, à lui, n’est nullement pédante ou sottement moralisante; mais, toujours si Saine, si élevée, elle“ est profondément morale, réconfortante, bienfaisante, par là même moralisatrice. | “ER

Elle exalte tous les beaux dévouements, les sacri- « fices héroïques des marins risquant leur vie pour sauver un camarade, des soldats versant gaiement leur sang.“ pour la Patrie. Elle chante l’amour honnête et chaste Elle exprime les sentiments les plus nobles et les plus … délicats de l’âme. Elle réveille au fond des cœurs les sen- a timents de foi, de justice et de fraternité

Car les hommes ne seront frères Qu’au jour où (comme il est écrit) L’unique ‘‘poteau de frontières’?

Sera la croix de Jésus Christ. NS (Les Alouettes).

Elle exhorte sans cesse à la chanté à l’indulgence, : à la bonté. ji . Enfant, sois charitable et bonne

Toujours: printemps, automne, été.

Mais quand vient l'hiver, ma mignonne,

Exagère ta charité.

ré

… Les plus pauvres chaumières…. "à * … Priez le Bon Dieu, le matin, le soir, ‘0 Mign onnes Dertellières. |

à Oh! cette jolie chanson des Déellières quelles | 4 de D leçons elle renferme! Oyez plutôt: ; De même qu l faut la rosée aux fleurs | A fin qu’elles fleurissent, F af 1 faut de l’amour à vos jeunes cœurs Pour qu’ils s’épanouissent; Tout en travaillant, confiez toujours

Vos rêves à vos mères. ÿ .

Et Dieu saura bien guider vos amours For Mignonnes Dentellières. | : (AU

. (Chansons des clochers à jour). î

: Elle donne toute sorte d’humbles et excellents concomme ceux de la chanson du pre M Me 1 qui

… Lave donc, ma pauvre fille,

Ton linge sale en famille;

Et passe au bleu tout le tien

P'Abomt celui du doisin. LME". 0 NET à | (Chansons des clochers à jour).

Page 1