‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 9 sur 141 · Ibid., I · texte numérisé non relu

Ibid., I

d'autres enfin manifestent l'intention formelle de ne pas exécuter les réquisitions pécuniaires, sous prétexte qu'ils sont hors d'état de payer. Lève, nous t'en conjurons, tous ces embargos... MM. les suspects sont des gens retors qui savent chicaner à merveille, ainsi prévois tous les cas et ne laisse aucun faux fuyant à l'astucieuse aristocratie '.

La lettre demandait encore de nouvelles instructions sur la manière de traiter les détenus, de gérer leurs propriétés, de vendre leurs meubles. Fouché répond le surlendemain :

république française une et indivisible Liberté — Egalité

Le représentant du peuple, député par la Convention nationale près les départements du Centre et de VOuest, au comité de surveillance de Moulins.

Je vais répondre, frères et amis, à toutes vos questions en peu de mots.

Vous me demandez ce que vous devez faire du mobilier des gens suspects incarcérés ; il faut le vendre, après en avoir prélevé ce qui est nécessaire à leur usage, et faire verser le montant des ventes dans la caisse révolutionnaire.

Quant aux immeubles, il faut les affermer jusqu'à la paix à de bons sans-culotte, qui puissent, en travaillant modérément, trouver une honnête aisance pour eux et pour leur famille. Je crois, comme vous, qu'on peut confier le soin de percevoir les revenus aux receveurs de l'enregistrement, qui doivent être assez patriotes pour ne demander aucune rétribution : ces revenus sont entièrement destinés à faire marcher la révolution.

Vous êtes embarrassés sur la fixation du strict nécessaire : donnez le moins possible à ces hommes qui se servent de leur superflu pour nuire. Soyez justes, mais soyez sévères ; agissez révolutionnairement : que rien n'arrête votre marche pour amener le triomphe du peuple; songez que vous êtes responsables du prompt succès de vos opérations. J'irai vous rejoindre dans quelques jours. Adieu : vive la République !

Fouché.

Nevers, huitième journée du 2* mois de Tan 2e de la République2.

Selon un « acte d'accusation rédigé par Jean-Baptiste Préveraud, juge au tribunal de district de Moulins, contre les

i. Arch. dép. Allier, L. 781, n° 7. 27 octobre 1793. 2. Ibid., L. 781.

membres de l'ancien comité révolutionnaire de la commune de Moulins » {\) vendémiaire an iv), on fut aussi « sévère » que le recommandait Fouché : non seulement les prisonniers auraient été mis au secret, mais on aurait muré les fenêtres de leur prison, et on ne leur aurait donné d'autre nourriture que du pain, de l'eau et de la soupe faite avec la viande delà plus basse qualité '.Toutefois ce factum est tellement violent, tellement haineux, certains faits y sont travestis de telle sorte, qu'il taut accepter avec beaucoup de réserve ce qu'il raconte à ce propos.

Le comité semble au contraire ne pas montrer autant de zèle et de « sévérité » qu'on l'espérait en haut lieu : le 17 brumaire, un de ses membres délégué à Lyon, le citoyen Verd, écrit de Roanne à ses collègues :

... Je suis chargé de sa part de la part de Fouché de vous recommander très expressément vos aristocrates, vos prêtres, votre tribunal criminel, s'il ne va pas, toutes vos mesures révolutionnaires pour l'argenterie, l'or et l'argent...

Le lendemain, nouvelles exhortations :

Fouché notre ami me parle toujours de vous avec la confiance que nous lui avons inspirée ; il insiste singulièrement sur toutes les mesures qu'il a arrêtées et se repose entièrement sur votre zèle 2.

Mais en même temps de violentes protestations s'élevaient: le district de Gannat accusait le comité de Moulins de rendre impossible par ses violences la vente des biens nationaux ; à la Convention même on signalait l'illégalité des « mesures révolutionnaires » si bien encouragées par Fouché. Le 23 brumaire, un courrier extraordinaire apportait de Paris l'ordre de surseoir à l'exécution de l'arrêté sur l'argenterie; le 2^, il fallut bien obtempérer aux ordres du gouvernement central et rendre les objets saisis ; seulement on trouva le moyen de garder ce qui appartenait aux gens « suspects d'incivisme », c'est-à-dire presque tout; de plus ceux qui voulurent recouvrer leur argenterie durent en verser le prix en assignats ; enfin on nota soigneusement ceux qui se hâtèrent trop de reprendre leur bien. Dans quelle intention ? Une lettre de Fouché

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