Comment les dogmes finissent. Mélanges philosoph., p
temps présent impose aux meilleurs et réclame d'eux, comme l'inévitable et comme l'obligatoire, comme ce qu'il fallait subir et comme ce qui est à faire : cesser d'être chrétien, au nom de la raison, c'est le fait accompli; travailler pour que la raison ait enfin raison et règne, c'est le devoir. Et, parce qu'il y a dans ce double mouvement erreur et vérité, parce que se détacher du christianisme est une folie et un mal, et qu'aspirer à un renouvellement des esprits est une grande sagesse et un grand bien, ces pages font sourire de pitié h force d'aveugle et d'outrecuidante prétention, et elles charment, elles échauffent à force de confiance dans l'avenir et de généreux enthousiasme. Il y a là des choses qui sont parmi les plus belles que Jouffroy ait écrites ; mais continuons. 11 trace aux jeunes gens la ligne qu'ils doivent suivre : il les veut « supérieurs
à tout ce qui les entoure », et il entend qu'ils « ne soient dominés ni par le fanatisme renaissant, ni par Tégoïsme sans croyance qui couvre la société ». 11 les voit avec les hautes qualités qu'il leur souhaite, et c'est un portrait qu'il trace.
Us jugent le passé; ils méprisent Tincrédulité du présent, ils abhorrent sa corruption. Ils ont foi à la vérité et à la vertu ; ou plutôt, par une providence conservatrice qu'on appelle aussi la force des choses, ces deux images impérissables de la Divinité, sans lesquelles le monde ne saurait aller longtemps, se sont emparées de leurs cœurs, pour revivre par eux, et par eux rajeunir l'humanité ^
Que vont-ils donc faire, ces jeunes apôtres ? Travailler de toutes leurs forces à « découvrir la doctrine nouvelle à laquelle toutes les
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intelligences aspirent à leur insu ». Et entendons bien cette parole : au nom de la vérité, ^ au nom de la doctrine nouvelle, « tous les
bras s'armeront, s'il y a lieu ». (Jouflfroy venait de s'affilier avec Augustin Thierry au carbonarisme).
Voilà « l'œuvre sainte à laquelle ils se dévouent dans le silence ». Ils ont « le sentiment de leur mission et l'intelligence de leur époque. Ils comprennent ce que leurs pères n'ont point compris, ce que leurs tyrans corrompus n'entendent pas ». C'est clair : ils rejettent le scepticisme et l'esprit démolisseur du XVIII® siècle, ils ne veulent pas de l'ancien dogme rétabli par le gouvernement de la Restauration. « Ils savent, reprend Jouffroy, ce que c'est qu'une révolution, etilsle savent parce qu'ils sont venus à propos. » Quel sentiment vif de l'œuvre à faire telle que Jouflfroy
la conçoit ! Quelle affirmation du devoir présent ! Et il s'explique.
Leurs pères, dit-il, n'ont aperçu que la première moitié de la tâche, et ils l'ont accomplie : éclairés sur la fausseté du vieux dogme, leurs mains l'ont renversé; mais leur intelligence^ absorbée par la grandeur de cette œuvre, n'a pu s'en dégager et embrasser d'autres perspectives ^
EIux, les jeunes, ceux qui en 1823 ont vingt ou vingt-cinq ans, « héritiers » de ces sceptiques, ils <( arrivent sur la scène, nourris dans le mépris du vieux dogme, libres du soin déjà rempli de le réfuter, avides de nouveautés, et plein des besoins de leur époque qu'aucun préjugé ne les empêche de ressentir ».
A eux se dévoile l'énigme qui avait échappé aux autres; à eux le doute ne paraît plus la