CHAPITRE XI
àTétiquette, les deux choses les plus maussades que je connaisse !
H murmurait encore lorsqu'ils entrèrent dans le cabinet du roi. Ils y trou èrent la plupart des membres du grand conseil: tous paraissaient agités. — Une infâme conspiration contre la liberté de la Corse vient d'être découverte , dit le roi ; pour la honte de notre île, plusieurs indigènes notables s'y trouvent impliqués.
On veut commencer par livrer aux Génois le port important de Porto-Vecchio. Des mesures aussi promptes qu'énergiques peuvent seules nous sauver, et c'est vous, qui êtes liés à notre trône par les liens du sang, que, d'après l'assentiment des conseillers de l'empire, j'ai choisi pour agir en mon nom. Vous, don Fédérigo! vous vous rendrez à Porto - Vecchio avec deux cents hommes de cavalerie; quatre cents chasseurs à pied marcheront sur vos pas : cette lettre vous ouvrira les portes de la place au moment même de votre arrivée. Vous arrêterez le commandant
jI\6 théodork, le roi d'été.
Salidro, le colonel Impérial! , ainsi que les majors Lucioni et Ornano; vous vous saisirez de leurs papiers; après quoi vous agirez selon l'instruction cachetée que voici. Vous ferez faire feu à l'instant sur quiconque tenterait de résister. Quant à vous, don Pedro, vous prendrez une compagnie de mes trabans et vous irez arrêter mon premier ministre, le comte Hiacintho Paoli et mon auditeur général, Aitelli, et vous les conduirez provisoirement dans le souterrein du château. J'attends un rapport dans les vingt -quatre heures; allez faire votre devoir, et que Dieu soit avec vous !
Les deux cousins s'inclinèrent en silence et se retirèrent. Dans le corridor, Trévoux qui ne pouvait plus maîtriser sa loquacité, s'écria : — Voici de charmantes commissions que sa majesté vient de nous donner ! J'attendais avec impatience le souper et le bal, et il faut aller donner la chasse à des traîtres. Si tel est votre bon plaisir, cousin, nous allons boire en-
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tcore quelques verres de lacryrna - christi avant de commencer notre journée ou plutôt notre nuit.
— Il est permis à un soldat de s*amuser à boire après avoir rempli ses ordres, mais non auparavant , reprit Frédéric.
— Chacun selon son goût, dit Trévoux en riant, et il alla regagner le cabinet.
Frédéric rencontra Olympia qui venait de quitter la salle pour le chercher. — Au nom de tous les saints, s'écria- 1- elle, rassurez-moi! Les plaisirs de la fête de notre amour sont troublés. Tout le monde est dans la consternation. Les hommes se groupent dans les coins de la salle et se parlent avec mystère; presque toutes les dames sont rentrées chez elles, et des détachemens de cavalerie se mettent en bataille devant le palais.
— Ne me faites pas de questions, madonna, reprit le jeune homme d'un air sombre; il ne m'est permis de rien divulguer. Je monte à cheval pour une expé- ^dition sérieuse et sanglante, dont peut-
l48 THÉODORE, LE ROI d'ÉTE.
être je ne reviendrai pas. La ravissante idée que je combats pour la couronne qui doit parer un jour votre belle tête, fera de moi un héros.
— Hélas! que netes-vous né dans la
ponssière! dit Olympia, et elle se laissa
tomber en sanglottant sur la poitrine de
Frédéric; je pourrais alors élever jusqu'à
moi l'homme que mon cœur adore; je ne
^tremblerais pas pour votre vie , au milieu
.des tempêtes qui mugissent autour des
iirônes de la terre !
— Conservez - moi ces sentimens, dit ^ édéric d'un ton suppliant, comme s'il eôïit pressenti les malheurs qui devaient ■fondre sur lui; conservez-les moi, quel -que soit mon sort, et alors je serai aussi heureux qu'il est donné à l'homme de l'être.
Il s'arracha de ses bras et vola vers la place où son cheval l'attendait, et où les cavaliers qui devaient le suivre étaient déjà en bataille. Le major qui les commandait poussa son cheval vers lui, et