CHAPITRE xr. i
Au miliea de ces accensd'allégresseiSe fit entendre un adieu proféré d'un ton lamentable. — C'est la voix d'Alma , dit Frédéric en lui-même; et son regard plongea dans la foule pour contempler encore une fois le visage inondé de larmes de l'aimable jeune fille, que Wlaska, semblable à un spectre hideux , enveloppée d'affreux haillons , entraînait avec violence à travers la place.
Dans ce moment, la lumière des bombes dispaiiit, les ténèbres couvrirent de nouveau le marché, les t/cy7 expirèrent dans les'àil'S', et Ton n'entendit que rà et là les jurémens de ceux sur lesquels retombaient les restes encore incandescens des fusées.
— Tont ce vacarme me ^^einble une parodie de la pièce à grand spectacle que nous jouons ici, dit, par la fenêtre voisine du balcon, d'un ton ironique, une voix bien connue de Frédéric.
— Nous ne sommes pas seuls, dit Olym* pia honteuse, à l'oreille de son amant, et elle se retira dans la salle. — On monte avec
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fracas, conliuua la voix qui n'élait autre que celle du nouveau prince du sang. L'on éblouit les yeux, et bientôt l'éclat aussi éphémère que brillant que l'on répand, se résout en fumée.
— Si seulement vous pouviez maîtriser voire inconcevable légèreté, au point de ne pas proclamer de semblables sottise»
par les fenêtres , dit Frédéric d'un ton d'humeur au plaisant, qui lui répondit par un éclat de rire: — Ah! c'est donc vous, altesse royale, mon cousin : je vous aurais reconnu à votre style, si votre voix ne m'eût pas élé connue. Vous plaît-il de causer confidentiellement avec m,Gi, en vidant quelques bouteilles de lacryma-* christi ? Je crois que nous avons réciproquement nombre de questions à nous, adresser et un monde de choses à nous dire.
Fort aise de trouver un moyen de mettre cet indiscret bavard dans l'impossil^ilité de communiquer ses observations aux oreilles de la multitude, Frédéric accepta.
<ît bientôt ils furent assis sur le sopha d'un cabinet solitaire.
Trévoux emplit les verics, but et continua de bavarder. — Cette boisson, ditil-, est forte, c'est un véritable feu; mais elle est aussi violente, aussi perfide que les Italiens eux-mêmes : leurs vins et leur caractè^^ décèlent de reste que tout ce qui vient sur leur sol doit son existence à des feux souterreins. Rien de tel que le noble cbampa^ie! c'est le premier vin d^ la terre, comme les Français sont la première des nations de l'Europe! Il chasse son bouchon avec luie noble impatience , et fait jaillir sa pétillante mousse jusqu'au plafond; il chatouille délicatement la langue, et au lieu de paralyser le cerveau par une lourde ivresse, il l'électrise et le frappe d'inspirations enchanteresses.
— Au JÀeu défaire votre panégyrique, ne voudriez-\4ous pas plutôt me dire quelle constellation ennemie vous a forcé de quitter le premier pays de la terre et son délipiçux Champagne , pour venir boire du
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lacryma - clirisli dans la barbare Italie? — C'est un point sur lequel je puis vous contenter, entre nous, en peu de mots. J'aime le jeu avec passiôrt, et j'y ai du guignon. En une nuit, daiVt^ le souvenir ne sortira jamais de ma raéitioire, je perdis bourse, montre, ccbarpe, épee, voire même la caisse de recrutement de mon colonel , et je fis eiicore , quelques dettes d'honneur assez considérables; il en résulta une affaire des plus désagréables. Je fus forcé d'abandonner mon régiment; et lorsque, enfant égaré , et repentant , je courus à Paris me jeter aux pieds de ma mère, j'appris sous main qu'il était question d'nn ])illet doux sigïié de la main du roi, par lequel sa majesté se chargeait de me loger gratis, de ce que, dans la vie commune, on appelle une lettre de cachet. Je compris alors que mon rùle était joué dans la divine France, et qu'il fallait que je recommençasse ma carrière dans quelque autre pays;: et comme ma mère avait justem^ent besoin
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d'envoyer un ambassadeur à votre père, je résolus en soupirant de me charger de cette mission.
— Et c'est en vertu de ces exploits que vous êtes prince du sang et commandeur de l'ordre de la Rédemption, s'écria Frédéric en joignant les mains dans son douloureux étonnement ? Voilà donc les services que vous avez rendus à Tétat!
— Permettez, altesse royale! s'écria l'ex-enseigne d'un ton jovial; les services que j'ai rendus à la Corse sont de poids, et personne ne peut me les contester. J'ai apporté à votre père trente mille louis neufs, six pièces de gros calibi'e, quatre fauconneaux, six cents bombes, une quantité de fusils, de boulets et de munitions de toute espèce; j'aurais pu jouer tout cela ou le dépenser de toute autre manière si je n'étais pas d'un caractère posé. Mais j'étais loin de prévoir l'ennui qui m'a poursuivi jusqu'à ce moment, et je commence à me repentir de ma modération. Me voici depuis trente-six heures dans cette misé-
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rable île, et je n'ai pas pu y nouer seulement une intrigue; les maris y tiennent leurs femmes étroitement renfermées et y ont tm point d'honneur tout-à-fait brutal; les femmes n'y sont pas même assez jolies pour que l'on s'engage pour l'amour de leurs beaux yeux dans des aventures hasardeuses.
Frédéric regarda son verbeux interlocuteur avec dédain, puis il jeta les yeux sur la croix étincekuito qu'il portait, et enfin il les attacha sur la sienne propre, dont il n'était plus guère flatté de se voir décoré.
Le caoitaine des sfaixles Giabicomi entra fort troublé dans le cabinet , et engagea les deux altesses à se rendre à l'instant auprès du roi.
— x\ie ! aie ! dit Trévoux , voici en- .corc une ennuyeuse corvée; après avoir supporté cette absurde réception , je croyais être au bout de mes peines et pouvoir goûter un doux repos ; mais non, il faut se sacrifier à la politique,