‹ Théodore, le roi d'étéChapitre 62 sur 120 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Cette exécution, quelque juste qu'elle fût , avait agité toute la Corse, car les traîtres appartenaient à des familles puissantes qui mirent tout en oeuvre pour venger la mort de leurs parens. La maison Lucioni se livra surtout à une rage effrénée: le général Fabioni, vice -président à Bologne, et l'un des plus fidèles amis de Théodore, fut l'une des premières victimes de l'épouvantable vendetta traversa*,àe ce fléau, opprobre de la Corse;

• On connaît le point d'honneur des Corses. Il veut que le plus proche parent d'un individu qui a été tué ou offensé tire vengeance du meurtrier ou de l'offenseur, en le tuant d'une manière quelconque : s'il ne peut l'atteindre luimême, il doit tuer au moins l'un de ses parens.

(£c Traducteur.)

CHA.PITRE XIV. fjy

un des Lucioni le tua d'un coup de carabine, après avoir inutilement tenté d'assassiner Trévoux.

Le schisme politique, qui existait déjà dans nie, s'était encore envenimé; maintenant trois partis se trouvaient en présence : les Génois et leurs adhérens, les royalistes , et les indifféreus, c'est-à-dire, ceux qui ne voulaient obéir ni à Théodore ni à Gênes.

Lorsque Frédéric, à peine guéri de sa blessure , arriva dans le camp de Bastia pour y prendrelecommandement du corps d'armée qui formait le blocus de cette place, il ressentit péniblement les suites qu'avait eues l'exécution des conspirateurs. Déjà ce corps avait considérablement diminué, et journellement les Corses à qui l'on ne payait plus leur solde, désertaient pour rentrer dans leurs foyers. Du haut de la plate-forme de la tour dans laquelle il avait établi son quartier général, il promenait ses regards sur le camp peu étendu, et contemplait avec douleur les murs et

les remparts de Bastia, qui, s'élevani dans les airs avec autant de fierté que le premier jour du siège, semblaient défier l'artillerie insuffisante des assaillans. La désolante idée que tous les sacrifices que la Corse avait faits jusqu'à ce jour étaient perdus, que toutes les souffrances qu'elle avait endurées ne seraient compensées par aucun succès, le plongea dans une noire mélancolie.

Le lieutenant-colonel Castagnetta, qui commandait sous lui le blocus, arriva en jurant, et l'informa qu'une compagnie entière venait de déserter avec armes et bagage.— Il ne nous reste que trois cents hommes tout au plus, s'écria-t-il avec rage;, si les Génois n'étaient pas des lâches, il y a long-temps qu'ils auraient fait une sortie, et que, sans coup férir, ils eussent conduit le corps qui les bloque dans les casemates de Bastia.

— Voilà qui est extrêmement fâcheux , lui répondit Frédéric ; mais je ne puis lever le blocus sans l'ordre de mon père.

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