‹ Théodore, le roi d'étéChapitre 70 sur 120 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

ses bénédictions sur la Corse. Le seul Eivarola, enveloppé dans son manteau noir, s'y promenait à pas lents, combinant dans ses sombres méditations des plans nouveaux pour la perte de la malheureuse île.

La reine de la fête, Olympia Frescobaldi, ne tarda pas à paraître : les traits de l'homme noir s'adoucirent; il vola audevant de la ravissante duchesse, à laquelle il rendait des hommages qui n'étaient point rebutés, disait-on, et la conduisit d'un air galant à la place d'honneur.

Le major ^lorati entra à son tour, et annonça à Rivarola, au nom de son colonel grièvement blessé, que tout le corps qui avait tenu Bastia bloqué venait de périr dans un sanglant combat, et que le seul prisonnier que l'on eût fait attendait son sort, chargé de chaînes,

— Grâces en soient rendues à Dieu, se dirent l'une à l'autre les belles Génoises, maintenant nous resterons encore quelque temps reines de la Corse!

Mais Rivarola ne sembla pas disposé à partager la joie de ces dames, lorsqu'il apprit que la sortie avait coûté cinq cents hommes à la république. Dans sa fureur il ordonna que le rebelle fût conduit à Tinstant sur la place à la lueur des flambeaux, et que, selon un ancien usage, il y fût lié à un poteau et assommé à coups de crosse.

— Àh ! dit Olympia , point d'ordres sanglanséans une fête, ordonnez plutôt qu'on l'amène, que nous apprenions de sa bouche les détails du combat, et que nous jouissions, comme les dames romaines, du spectacle des vaincus.

Hors d'état de refuser une semblable prière, Rivarola fit un signe au major : celui-ci sortit et rentra bientôt, amenant avec lui un jeune homme vêtu du costume des paysans corses, et dont la tète était défigurée par un large bandeau inondé de sang, il releva ses chaînes dans ses bras croisés, et demeura dans l'attitude du plus grand calme.

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