CHAPITRE XVin
CHAPÎTHE XVm.
Pendant plusieurs semaines, Frédéric, retenu à Pérégrino par ses blessures , fut soigné avec la plus tendre sollicitude par une vieille femme et une jeune fille, qui avaient presque forcé le commandant de la place de leur permettre de garder ce malade. Souvent, dans le transport de la fièvre, il avait entendu des chants et une musique bizarres; et, lorsque sa tête se trouva plus calme, il crut reconnaître la voix de celle qui chantait. Un jour, voyant devant son lit une jeune fille qui lui présentait une potion, il s'était écrié : — Aima! mais la jeune fille disparut, et.il ne
194 tiilojDORe, le roi d'été.
la revit plus : la vieille disparut égalemeirt, dès que la jeunesse du blessé eut triomphé de la maladie. Le commandant fit faire des recherches à la demande de Frédéric malade, mais on ne trouva plus les deux femmes dans Pérégrino.
Le jour où Frédéric put quitter pour la première fois sa chambre , et respirer l'air pur sur la terrasse, il se sentit tout-à-coup embrassé par derrière, et se retournant, il reconnut son leste cousin, qui se mit aussitôt à lui parler avec sa volubilité ordinaire.
— Je me réjouis, lui dit-il, mon cousin, de vous revoir, quoique un peu pâle et affaibli. Depuis que nous ne nous sommes vus, vous vous êtes couvert, dans cette vieille tour, d'une gloire qui ne nous profite guère. Vous avez même vu Bastia , à ce que l'on assure. Je n'ai pas de peine à concevoir que Rivarola ait fait assez mal les honneurs de chez lui. Quoi qu'il en soit, je suis ■ravi, je le répète, de vous revoir au milieu de nous. Le capraria, cet enfant du pays,
CaAPlTRE XVIII. 195
que je place ?iu-clessus du lacryma-cbristi, aura bientôt rendu le vermillon à vos joues. Pour nous, nos aventures ont été merveilleuses. Mon bon oncle aeu, à Monte- Maggiore, une affaire d'honneur en gros avec ses sujets, mais cela s'est arrangé; et comme un bâtiment qui a abordé k Isola- Rossa lui a apporté des canons, des boulets, de la poudre, bref, un arsenal complet, et qu'il lui est arrivé de Livourne des lettres de chang fraîches, 'nous avonâ. de nouveau levé la tête, et l'armée a été mise sur un pied respectable, c'est-à-dire qu'on lui a donné des souliers. Nous avons battu les Génois à Tilla, et nous les avons complètement défaits à Isola -Rossa. Les ordonnances de l'exceileutissime signor Rivarola peuvent vous convaincre que cette victoire d'Isola -Rossa n'est pas une bagatelle. Le colonel Marchetti, qui a commandé cette expédition, est enfermé pour le reste de ses jours; sa maison de campagne, fort innocente de sa défaite, a été rasée, et il est défendu, sous peine de
cinq ans de galères, de parler de ce combat, ou de porter le deuil de ceux qui y ont été tués. Les Corses nous adorent encore une bonne fois; ils crient leur viva il re nostro Theodoro primo ^ à se rompre les artères du cou; et, vu l'étonnante persévérance qui fait le fond de leur caractère, on peut s'attendre à ce que ces dispositions durent tout au moins quinze jours. Nous allons donc battre le fer pendant qu'il est chaud, et nous avons convoqué une nouvelle assemblée générale à Sursenna. Nous y aurons un Te Deum, quelque fête populaire, et nul doute que les notables ne viennent supplier à genoux mon cher oncle de les gouverner aussi heureusement que par le passé. Un ordre de votre père m'enjoint de vous convier à ces solennités , et je m'en acquitte avec toute la brièveté possible.
Frédéric sourit pour la première fois:
ces victoires, remportées coup sur coup sur l'ennemi du dehors et sur la discorde qui déchirait l'intérieur de l'île, rendit à