‹ Théodore, le roi d'étéChapitre 76 sur 120 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Fréoéric, dans tout l'éclat de la parure, entra accompagné de son cousin dans la grande salle d'assemblée, où le roi se réjouissait avec ses anciens amis et avec ses ennemis réconciliés du nouveau sourire que la fortune venait de lui accorder.

Tous les assistans firent place avec respect au fils de leur souverain , qui s'avança vers son père avec dignité, et fléchit le genou devant lui.

— Sur mon cœur, brave soldat! s'écria Théodore en l'étreignant dans ses bras; la Corse rend grâces par ma bouche au Dieu de bonté qui t'a protégé au milieii^

CHAJnTEE XIX. 199

de tant de dangers, pour te rendre aujourd'hui à notre amour. Mais il convient que le roi récompense une action que le père sait apprécier. Reçois de ma main la croix de sfrand-commandeur de mon ordre de la Rédemption , qui se trouve vacante par la triste fin de mon noble ami Fabioni. Je te permets de donner la croix de commandeur, que tu as portée jusqu'ici avec tant de gloire, à celui que tu en jugeras le plus digne.

Les yeux du jeune homme parcoururent le cercle des braves et s'arrêtèrent sur le \deux Castagnetta, vers lequel il s'avança d'un pas rapide et auquel il demanda avec inquiétude si Julia vivait encore?

— Grâces en soient rendues à Dieu, elle vit, répondit le vieux guerrier avec attendrissement. J'arrivai peu d'heures après votre départ, et je trouvai ma femme et mon enfant plongés dans un évanouissement qui différait peu de la mort, mais je réussis pourtant à les rappeler à la vie et à les mettre en sûreté; je fus même as-

2QO TIlJiODORI-, LE ROI D ETE.

sez heureux, ajouta- t-il d'un ton triomphant, pour arracher aux Génois la provision de poudre, et je détruisis tout ce que je n'en pus faire emporter.

— Mais votre femme, votre fille? lui demanda Frédéric en l'interrompant avec impatience.

— Les voici l'une et l'autre, mon digne compagnon d'armes! s'écria donna Julia, <jui s'approcha, tenant sa petite Claudia par la main; elles regardent comme le plus heureux moment de leur vie, celui où elles vous revoient, après tant de traverses.

— Des actions rares , dit Frédéric en s'adressant au roi, demandent que l'on fasse une exception aux statuts de l'ordre. Cette noble femme se dévouant pour la liberté, a risqué sa vie et celle de sa fille pour la défendre , et son intrépidité a coûté à la république plusieurs centaines de soldats. Je ne méconnais le mérite d'aucun des braves que je vois autour de moi; mais celle que l'amour de la patrie a éle-

"vée au-dessus de son sexe, me paraît digne de porter cette croix.

Théodore fit un signe de tête approbatif et Frédéric décora de sa croix l'héroïcpie Julia; action à laquelle l'assemblée entière applaudit d'une voix unanime.

Le gentilhomme de service vint dire quelques mots à l'oreille du roi. Celui-ci l'écouta d'un air surpris, quitta la salle-; et après une assez longue absence, ordonna à son fils de se rendre dans la salle voisine , lui recommandant de ne pas oublier qu'un chevalier devait toujours de la courtoisie aux dames.

Frédéric s'éloigna ^ pressentant ce qui l'attendait.

Ses pressentiraens ne l'avaient point trompé. Comme jadis à Livourne, Olympia, placée sur un sopha, lui tendit sa main d'albâtre avec une douce langueur. Mais Frédéric s'écria avec véhémence : — Quoi! duchesse! vous osez encore vous montrer dans la Corse libre?

— En vérité, Fédérigo, est-ce là la ré-

ception que vous devriez me faire après une longue séparation? Ne devriez- vous pas être déjà à mes genoux?

Frédéric garda le silence.

— Je commence à croire que c'est sérieusement que vous me gardez rancune, s'éciia Olympia. S'il en est ainsi, don Fédérigo, vous ne quitterez pas ce cabinet sans m'avoir fait connaître vos griefs.

— Vous oubliez donc, madonna, ou plutôt vous ne voulez pas vous souvenir, reprit Frédéric avec un sourire amer, que j'ai été assez heureux pour vous voir à Bastia dans le palais de Rivarola.

— Heureusement pour vous, en effet, donFédérigo, répondit Olympia, et j'étais assez vaine pour imaginer que vous m'aviez quelque obligation, depuis cette rencontre.

— Le hasard vous offrait cette occasion, donna, mais ce n'est pas le soin de ma vie qui vous amenait chez le commissaire de Gènes?

— La mort de mon époux m'a engagée

Page 1