‹ Théodore Parker, sa vie et ses œuvresChapitre 17 sur 37 · Î8 THÉODORE PARKER · texte numérisé non relu

Î8 THÉODORE PARKER

terre, » se pavanaient le long de cette route pour montrer combien elle était sdre, criant « Démocratie! Constitution! Washington! Évangile! Christianisme! Dollars! » et le reste; tandis que les instincts populaires, les traditions de notre histoire , l’aube du génie illuminant l’âme de quelques hommes et de quelques femmes nés â l’heure voulue, murmuraient d’une voix tranquille et douce quelque chose qui ressemblait à « Vérités évidentes » et « Droit inaliénable. »

Je connaissais le pouvoir d’une grande idée, et, en dépit de la bourse, de l’État, de l’Église et de la presse, je pensai qu’un petit nombre d’hommes sérieux, réunis dans les salles de lecture du Nord, pourraient incliner l’esprit et le cœur du peuple du côté de la justice et de l’éternelle loi de Dieu , la seule règle sûre de conduite pour les nations, comme pour vous et pour mol, et faire ainsi de la grande expérience américaine un triomphe et une bénédiction pour l’humanité entière...

C’est ainsi que, depuis 18/il, j’ai lecturé de quatrevingts à cent fois par an dans tous les États du Nord à l’est du Mississipi, une fois aussi dans un État à esclaves, et sur la question même de l’esclavage. J’ai choisi les sujets les plus importants et les plus excitants, du plus grand intérêt pour le peuple américain. Je les ai traités indépendamment de toute secte ou parti, sans me soucier de la rue ni de la presse, avec tout le savoir et le peu de talent dont je pouvais disposer. En moyenne, pendant chacune des huit ou dix

dernières années, j’ai parlé à un nombre d’hommes allant de soixante à cent mille âmes, en dehors des prédications hebdomadaires que je vous adressais chaque dimanche dans le grand édifice que vous teniez ouvert à tout venant

De la sorte , j’ai eu un large champ d’opération pour soulever les sentiments de justice et de compassion, répandre les idées que je crois nécessaires au bien-être et au progrès du peuple et le préparer à le lie action qu'un jour l'occasion pourrait bien requérir *. Comme j’étais censé à peu près seul et que je ne représentais personne que moi-même, personne non plus n’était respon-

1. Il lui arriva aussi parfois de se rendre dans des meetings convoqués au profit des abus qu’il voulait déraciner, et d’y prendre la parole malgré la colère et les cris des assistants. Un jour qu’il assistait incognito à une grande réunion esclavagiste de New-York, un orateur, pérorant sur les bienfaits de l’inst»tution particulière, s’écria ironiquement, pour achever un argument : n Je voudrais bien savoir ce que Théodore Parker répondrait à cela. » — Il Voudriez -vous le savoir? » s’écria Parker en se mettant en évidence ; « hé bien ! je vais vous dire ce que répondrait Théodore Parker. » Surprise, clameurs, menaces de tout genre , la mort y compris. « Allons donc , me tuer ! vous n’en ferez rien. Maintenant, je vais vous dire ce qu’il en est du point en question. » Son sang-froid, son courage, dominèrent le tumulte, et il put répondre à son aise à son provocateur, qui dut se promettre in petto de n’y plus revenir. Ce trait est rapporté par M"' Cobbe, d’après un témoignage oculaire, dans la Préface de son édition des OEuvres de Parker.

2. C’est la traduction qui souligne. Nous aurons plus d’une occasion de relever la justesse avec laquelle Parker avait prévu l'avenir prochain qui attendait son pays.

sable (le mes paroles. Tous donc pouvaient me juger, sinon en parfaite connaissance de cause, du moins sans préjugé de parti ou de secte en ma faveur. De mon cfué, me sentant responsable uniquement devant moimême et devant mon Dieu, Je pouvais parler librement. En outre, les journaux des grandes villes répandaient au loin les faits saillants, les généralités les plus frappantes de la lecture^ et je m’adressais ainsi à un auditoire que je ne pouvais ni compter ni voir.

Ce n'était pas tout. Ecclésiastiquement, on m’avait dénoncé au peuple comme un « perturbateur de la paix publique, » un « incrédule, » un « athée, » un « ennemi du genre humain. » Quand j’allais leclurer dans une petite ville, le ministre, même le ministre unitaire, restait le plus souvent ch('z lui. Plusieurs, en public et en particulier, avertissaient leurs paroissiens « de ne pas écouter cet homme, de ne pas le regarder en face! » D’autres prêchaient bravement contre moi. C’est ainsi qu’au comptoir du cabaret, j’étais le chant de l’ivrogne et, dans la chaire de vérité, le texte du ministre. Mais

quand plusieurs centaines d’hommes, habitant quelque

ville perdue dans les montagnes de la Nouvelle-Angleterre ou quelque setlleinenl des prairies de l’Ouest, ou bien quand des milliers de compatriotes, dans quelqu’une de nos vastes cités, venaient me regarder en face pendant une heure ou deux, quand ils écoutaient ce que j’avais à leur dire et ce que je leur disais clairement, loyalement, sur des sujets touchant de près leur patriotisme, leurs affaires et leurs cœurs, alors je voyais

les visages resplendir d’émotion, le préjugé clérical s’enfuir à tire d’aile, et je les laissais tout autres que je ne les avais trouvés. Il est môme souvent arrivé qu’on m’a dit, soit de bouche, soit par écrit : « On m’avait « prévenu contre vous, mais j’ai voulu voir par moia même, et quand je suis revenu chez moi, j’ai dit : « Après tout, ce n’est pas un diable, c’est un homme; « du moins, il a l’air humain. Qui sait? 11 est peut-être « honnête aussi dans ses idées théologiques. Il a peut- « être raison dans sa religion. Les prêtres se sont bien « un peu trompés jadis en quelques occasions et souvent « ils ont dit de gros mots à des gens qui valaient pour- « tant quelque chose, si du moins nous en croyons la « Bible. Je suis bien aise de l’avoir entendu. »

Cette traduction d’un long fragment, choisi parmi les plus intéressants de son autobiographie, nous livre le secret d’une de ces carrières dont on a quelque peine à apprécier les résultats, parce qu’ils ne se mesurent ni au poids ni à l’aune. Ces résultats, en effet, sont invisibles, impalpables, et les gens positifs n'hésitent pas à les évaluer zéro. Pourtant le passé a vu certaines semailles, en apparence perdues, et qui n’ont pas laissé d’influer avec quelque puissance sur les destinées du genre humain. Que les calculateurs le sachent bien! C’est l’esprit, non la matière, qui mène le monde. Si r Union américaine sort victorieuse de ta crise

épouvantable dans laquelle elle est engagée, elle le devra au réveil de l’esprit libéral, vraiment républicain et fermement moral de ces dernières années, et cet esprit de progrès et de liberté, Théodore Parker a été l’un de ceux qui ont le plus contribué à le répandre. Il se pourrait même que, tout bien compté, ce fût lui qui, parmi les vaillants hommes à qui l’Union devra son salut, a le plus fait pour communiquer au peuple celte généreuse ardeur. On ne se représente pas assez parmi nous 1a puissance communicative qu’un souffle religieux , quand il est authentique et pur, ajoute à des vues régénératrices de la société politique et civile. Et puis, Parker ne s’est pas borné à prêcher conformément à un tel esprit, il en a vécu lui-même.

En 1852, l’affluence toujours grandissante qu’attiraient ses prédications de Boston détermina ses amis à mettre à sa disposition un local plus vaste encore et mieux approprié que le Mélodéon. Ce fut le Music-Hall, bel édifice que venait- de faire construire une société philharmonique et dont l’aménagement intérieur se prêtait beaucoup mieux aux exigences du culte public. Ce nouveau local ne fut pas moins rempli que l’autre chaque dimanche par une foule avide et recueillie.

Nous transcrivons ici une note de son journal,

datée du jour même de sa première prédication à Music-Hall, 21 novembre 1852 :

Il y avait un immense auditoire : je me suis senti plus petit que jamais. C’est ce qu’il y a d’attristant dans la vue d’une telle multitude. D’où aurai-je assez de pain pour nourrir toute cette foute? Je ne suis que te petit garçon avec ses cinq pains d’orge et ses deux petits poissons. Pourtant j’ai confiance dans ma prédication.

Il paraît que Parker priait avec une onction et un accent d’émotion profonde qui captivait, dès le commencement du service religieux, ceux de ses auditeurs que la curiosité attirait plutôt que le désir d’alimenter leur piété. Puis venait la prédication, forte, saisissante, frappant toujours droit, ne ménageant personne, cherchant toujours à faire du bien à tous, aussi éloignée des mièvreries sentimentales que de la sécheresse de l’intellectualisme pur. Originale comme sa personne, celte prédication eût souvent étonné, quelquefois choqué un Eiiropéen peu habitué aux libres allures de la chaire américaine. Elle traitait de préférence ou bien une question à l’ordre du jour dans les discussions publiques, ou bien les sujets les plus délicats de la vie sociale et religieuse. Ordinairement elle débutait par une exposition de principes abstraits ou de faits bien connus. Ce commence-

U4 THfiODORH: PARKER.

ment fêtait le pins souvent froiil et dc^poiirvu d’oriieinenis. Peu à peu l’e^inotion sacrée le gagnait, les applications se déi’oulaienl sans beaucoup d’ordiï*, mais pressées, pressantes, sans réticence (l’aucune sorte, sous une forme à la fois positive et poétique dont nous ne connaissons guère d’exemple dans noire littérature européenne. Le même morceau passait souvent, et en très-peu de temps, de r/iu7?»our qui provoque le sourire aux tons attendrissants de la sensibilité la plus exquise. On pourrait croire que chez Parker le sentiment austère du devoir, l’énergie virile, la passion ardente mise au service des grandes causes, prédominaient au point d’étouffer ce qu’on peut appeler le côté féminin du cœur, la tendresse, la sympathie, l’indulgence. On se tromperait, et pour se faire une idée plus juste de ce talent souple et varié, il suffit de lire un de ses sermons les plus fortement marqués au coin de sa personnalité, le sermon Of oUl âge (sur la vieillesse), dont nous reproduisons quelques fragments dans la seconde partie de ce volume.

La chaleur communicative de ses sentiments donnait lieu parfois à des incidents assez curieux. Un jour qu’il prêchait sur le pardon de Dieu et qu’il montrait combien l’amour infini a ménagé de moyens de relèvement à l’ânie la

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plus coupable, un homme, assis dans une galerie, s’écria tout à coup : « Oui, oui, je sais qu’il en est ainsi. » Parker s’arrête; puis, s’adressant à son interlocuteur : « Oui, mon ami, » lui dit-il, « il en est ainsi, et vous ne pouvez jamais aller si loin que Dieu ne puisse toujours vous rappeler. » — Une autre fois un tonnerre d’applaudissements qu’il ne put prévenir, ou plutôt que l’auditoire ne put retenir, vint couvrir ses paroles. Un esclave fugitif, nommé Shadrach, avait été arrêté pendant la semaine. Le samedi il fut délivré de force par la population indignée. Mais on avait grand’peur qu’il ne fût ressaisi par la police fédérale. Le dimanche tous les cœurs étaient dans l’an.xiété. Parker monta en chaire, tenant une note à la main.

« Quand je vins parmi vous, » dit-il, « je m’attendais bien à faire et à supporter de rudes choses, mais je ne me serais jamais douté que j’aurais à protéger un de mes paroissiens contre des chasseurs d’esclaves ni à être prié de lire une note telle que celle-ci : « Shadrach, esclave fugitif, en « péril de la vie et de la liberté, demande vos « prières pour que Dieu l’aide à échapper à la « sei-vitude. » Mais, ajouta-t-il, Shadrach n’a plus besoin de nos prières. Dieu soit loué! nous savons qu’il est en sûreté, déjà loin, sur la grande route de la liberté! » Parker avait lui-même contribué

à protéger son évasion et pouvait sans danger communiquer l’heureuse nouvelle. La conscience publique, soulagée d’un poids énorme, ne put i-etenir l’explosion de sa joie. plus d’une reprise, des applaudissements se firent entendre dans .Music-Hall; mais ce fut la seule fois qu’ils ne furent pas énergiquement réprimés par le prédicateur.

Jamais homme impopulaire, du moins dans l’opinion du grand nombre, et souffrant de l’être, ne fit moins pour reconquérir par quelques concessions aux opinions ou aux faiblesses courantes le terrain compromis ou perdu par sa franchise. Ses prédications étaient à chaque instant dirigées contre ce qu’il appelait « les péchés de son peuple, » c’est-à-dire contre les défauts et les vices auxquels le peuple américain s’abandonne avec le plus de complaisance et qui, par conséquent, trouvent chez lui des apologistes toujours disposés à les pallier ou des juges indulgents enclins à les ignorer. 11 n’épargnait pas davantage les grandes réputations lorsqu’elles prêtaient le flanc aux critiques de la conscience. Tout en rendant justice aux hommes éminents de l’ Union, il ne craignait pas de les attaquer, surtout quand il croyait pouvoir leur reprocher d’être infidèles à leurs principes dans des vues intéressées ou ambitieuses. Un

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genre de discours religieux, tels que ceux qu’il consacra à Quincy Adams, à Zacharie Taylor, à Daniel Webster, est inconnu, et, pour tout dire, serait impossible dans notre Europe. Qu’on se figure un prédicateur de Londres ou de Paris montant en chaire le lendemain de la mort d’un homme d’État, s’emparant de toute sa carrière politique et la critiquant d’un bout à l’autre au nom de la moralité chrétienne, avec autant de sévérité pour les écarts que de soin minutieux pour en faire ressortir les beaux côtés! C’est pourtant ce que Parker a pu faire à Boston, et il suffit de lire son discours sur Adams et celui dont la vie et les vastes talents de Daniel Webster lui ont fourni le sujet pour reconnaître qu’il est impossible de pousser plus loin la hardiesse et l’impartialité des jugements.

Ainsi mal en prit à un maire de Boston d’avoir donné l’exemple de l’intempérance, à Zacharie Taylor d’avoir acheté quatre-vingts esclaves dans les années qui précédèrent la guerre du Mexique et son arrivée à la présidence, à Daniel Webster de s’ôtre laissé servir une pension par les riches négociants du Nord qui désiraient que ce puissant défenseur du libéralisme politique endormît sous les fleurs de sa rhétorique la réaction grandissante contre l’esclavage. Il y eut dans Boston une voix

incorruptible et sans peur qui stigmatisa ces honteux écarts. Parker ne craignit pas non plus de dénoncer la guerre du .Mexique comme une guerre injuste, déloyale, lâche, comme un crime national, commis uniquement dans l’intérêt du parti esclavagiste, et il en appela à la conscience publique des arrêts d’un patriotisme trop fier des vicloires remportées et des territoires conquis. Il courut même de graves dangers en heurtant ainsi les passions de la multitude. Dans un meeting de Boston où il devait prendre la parole contre la guerre, des volontaires revenus du camp pénétrèrent en aimes dans la salle. Parker n’en décrivait pas moins avec des paroles brûlantes d’indignation le mal qu’avait fait la guerre et la honte qui en rejaillissait sur le drapeau fédéral, lorsque des vociférations se firent entendre. C’étaient les volonlaires (|iii exprimaient leur mécontement. A la porte ! criaient-ils. Parker se tourna vers eux et les fit taire en leur disant simplement : « A la porte? Et à quoi bon? » Et il continua son discours; mais comme il était loin de modérer son langage, les murmures et les grognements recommencèrent de plus belle. Ils furent même accompagnés de cris d’un caractère plus sinistre : « Kill liim ! kill him! (à mort! à mort!) » Et un bruit de fusils qu’on arme retentit dans la salle. Parker lefusa

de céder : « A la porte? » leur cria-t-il d’une voix retentissante. « Je vous dis que vous ne m’y niet- (( trez pas... Et vous voulez me tuer? Eh bien ! je « vous déclare que je m’en retournerai chez moi « seul et sans armes, et que pas un de vous ne « touchera un cheveu de ma tête. » Ce qu’il avait promis, il le fit, et ce qu’il avait prédit, arriva.

Du reste ce n’était jamais qu’au nom de la moralité compromise qu’il se mêlait directement des affaires politiques. Sa préoccupation constante, la réforme morale du peuple comme hase de son perfectionnement religieux et social, le poussait à combattre non moins vivement les autres causes de corruption et de misère. Il n’aimait pas beaucoup les sociétés de tempérance avec leui's serments d’abstinence absolue. Cependant, pour se metti-e à l’abri de tout soupçon, il consentit à s’affilier A l’une de ces sociétés. Il croyait qu’il fallait détourner le peuple de l’abus et lui apprendre l’usage rationnel des boissons fermentées, sans quoi la tAche serait toujouis à reprendre. 11 insistait sur les mesures de police et de bonne administration qui pouvaient diminuer les excès de rivrognerie, et il réussit, directement ou indirectement, à en obtenir d’excellentes. Une grande part de son activité fut aussi consacrée à pousser les particuliei’s et les villes à des sacrifices considérables poui‘ ré-

pandre les lumières de l’instruction dans les classes infèrieure.s, et il est certainement un de ceux qui ont le plus contribué à réaliser le magnifique déploiement d’écoles de tout genre dont peut se glorifier à juste titre le nord de l’Union. 11 s’intéressait également beaucoup à ces pauvres Irlandais qui encombraient les rues de Boston et qu’il croyait victimes de leurs institutions et de leurs superstitions bien plus encore que de leur incurie native. 11 fit beaucoup pour eux et prit souvent leur défense contre les préjugés intolérants d’un américanisme étroit et aussi contre le déplaisir avec lequel la population voyait s’accroître, grâce aux gentlemen of Corrrk, comme on les appelait en imitant leur accent guttural, le nombre des âmes recevant le mot d’ordre de Rome et l’exécutant aveuglément sans se soucier en rien des intérêts de leur nouvelle patrie. Vers la fin de sa vie, pourtant, l’intérêt qu’il ressentait pour eux diminua, surtout quand il vit que sur la question de l’esclavage ce misérable Paddy, enchanté sans doute de penser qu’il y avait sur terre des êtres humains d’une condition encore inférieure à la sienne, prenait toujours parti pour le Sud , pour sa politique esclavagiste , et applaudissait à toutes les mesures aggravant la plaie hideuse qui défigurait la grande république. L’éducation des jeunes filles était en-

core une de ses préoccupations, et il fit une guerre acharnée aux préjugés qui interdisaient aux femmes l’étude des sciences. C’est de mères éclairées qu’il attendait une génération supérieure à la moyenne de son temps. Il se pourrait même qu’entraîné par son zèle pour celte cause excellente, il eilt quelquefois dépassé le but fixé par la nature et l’organisation sociale. S’il eut raison de poursuivre la réforme de nombreux abus dans l’instruction donnée aux femmes en Amérique et dans la législation qui fixait leur position civile, on peut douter qu’il fût dans le vrai quand il réclamait leur participation aux fonctions sociales réputées jusqu’à présent l’apanage de l’autre sexe. Élevons, instruisons, protégeons la femme, mais, de grâce, n’en faisons pas un homme : elle n’y gagnerait pas plus que l’homme dont on ferait une femme. Parker comprenait mieux assurément sa mission quand il dirigeait sa verve, tantôt indignée, tantôt caustique, contre la presse vénale, la chaire complaisante ou paresseuse, les sénateurs et les députés infidèles à leur conscience, les capitalistes « adorant le dieu Dollar et le servant lui seul. I) C’est par là que sa chaire était devenue l’une des puissances du pays. L’impopularité malveillante des premiers jours se changeait insensiblement en une sorte de crainte respectueuse vis-

à-vis (le cet homme de fer (jiTaucune menace ne poinait ébranler, qu’aucune perspective intéressée ne pouvait séduire, et qui ne se demandait jamais, avant de parler, si ce qu’il allait dire plairait à ses auditeurs. On lui reprochait quelquefois d’être un pasteur sans église régulière : il aurait pu répondre que son église était l’Amérique entière, et qu'il en était le prédicateur (( détesté, mais écouté.» C’est, comme l’a dit un savant théologien, auteur lui-même de sermons fort remarquables, M. Colani, c’est la marque vraie de la bonne prédication.

Mais c’est surtout dans sa lutte contre les partisans de l’esclavage que Parker se montre admirable. C’est là qu’il nous faut le suivre désormais.

CHAIMTHE VII.

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