I. Voir à la fin du volume
lilioiinjsto, (|iii nvail aussi paiif"* au meeting, ol pliisieui*s aulros, furent impliqués dans ces poursuites. Parker était enchanté de cette occasion qui s’olfrait à lui de se mesurer face à face avec l’eiimuni, sous les yeux de l’Amérique entière. Il avait prépare^ lui-même .sa défense, et comptait, pour être renvoyé absous, sur un jury d’honnêtes gens de la Nouvelle-Angleterre. Mais les magistrats chargés de prononcer sur la validité de la poursuite furent sans doute du même avis, car, sous prétexte de formalités négligées, ils rendirent une ordonnance de non-lieu. On pouvait avoir pour soi l’administration, la marine et l’armée, cela n’empêchait pas d’avoir peur.
Depuis le rapt d’Anthony Burns, on n’osa plus opérer le moindre kidnapping dans Boston.
CH A P IT RK 1\.
Le Bill du Nébraska. — Les arguments de M. Brooks. — Œuvres imprimées do Parker. — Le rrvinal américain — Reprise des hostilités théologiques. — La conversion ou la mort. — Pressentiments d’une mort prochaine. — Symptômes alarmants. — A Santa-Criiz. — A Montreui. — A Combo-Varin. — A Rome — Une messe ponlificalo. — Comment le cardinal Anlonelli aurait pu donner un président aux États-Unis. — John Brown. — Son supplice. — Adieux (le Parker à la vie terrestre. — Les trois couleurs de la jeune lt.ilie. — Un délire de prophète. — I.is et roses. — Une ascension. — I.e cimetière protestant de Florence.
La crise terrible provoqiK'e par les envahissements continuels de la politique esclavagiste s’avan-
çait à grands pas. ,\ niesnre que les hommes d’initiative et de prévoyance tâchaient de secouer l’opinion pour réagir contre la tyrannie du Snd, celui-ci se hâtait d’affermir sa prépondérance en prenant de nouvelles garanties, en posant de nouveaux faits accomplis, qui rendaient le retour à une meilleure politique toujours pins coâtenx et.
à bien «les égards, toujours plus effrayant. C’est en 185,3-54, avons-nous dit, que le compromis du Missouri, qui empêchait l’esclavage de dépasser le ,36* degré de* latitude, fut annihilé par le Sud, qui obtint du Congrès que le Nébraska entrât dans rUnion comme État à esclaves, et que l’odieuse institution fût imposée au Kansas, qui n’en voulait pas, par des bandes armées venues du Sud. La guerre civile ravagea ce nouvel État, et, chose odieuse à penser, avec la connivence à peine déguisée du pouvoir fédéral. Ce fut l’ami de Parker, M. Snmner, qui se leva le premier pour dénoncer à la tribune dn Congrès ce nouveau crime contre rimmanité. Les partisans du Sud, bien que formant encore la majorité dans les chambres, commençaient â se sentir mal à l’aise devant cette voix qu’aucune intimidation ne faisait taire, devant cette conscience inaccessible aux séductions qui leur avaient jusqu’alors si souvent réussi avec les politicians du Nord. Il en résulta que le 21 mai 1856, tandis que, dans l’intervalle de deux séances, le noble sénateur de Boston était resté à son pupitre pour écrire quelques lettres, un brutal représentant du Sud, et dont le nom doit être conservé, un certain Brooks, asséna sur la tête de M. Sumner un coup de bâton qui faillit l’assommer. Chose révoltante, et qui prouve combien l’esclavage finit
par étouffer tout sentiment de délicatesse chez ceux qui en profitent aussi bien que chez ceux qui en souffrent, il n’y eut dans les journaux du Sud que des applaudissements pour cet acte de sauvage !
Qui se fût imaginé que le Nord ne serait pas
encore assez unanime pour mettre fin û ce déplo-
rahle état de choses! Lors des élections de 1856 pour la présidence de l’Union, le candidat républicain abolUronniste, le colonel Fremont, réunit, il est vrai, un million et un quart de voix. C’était un signe éclatant du changement qui s’opérait dans^ les esprits, mais ce n’était pas encore assez pour l’emporter sur le candidat démocrate esclavagiste, M. Buchanan. Le Nord doit bien s’applaudir aujourd’hui de sa condescendance. C’est elle qui permit à Buchanan et û ses amis de préparer tout û leur aise pendant quatre ans la sécession. des États du Sud. Mais la marée de l’abolitionnisme montait, montait toujours.
De 185^1 à 1858 nous voyons Théodore Parker û chaque instant sur la brèche, haranguant, écrivant, lecturant, prêchant, voyageant sans cesse, correspondant avec .MM. Sumner, Banks, Seward, Chase, Emerson, Bancroft, l’éminent historien, et une foule d’autres notabilités politiques et littéraires, faisant éi lui seul l’ouvrage de dix hommes.
Naturellement, c’est le « grand péché de l’esclavage » qui fournit à cette activité sans relâche sod principal objet. Toutefois, il ne cessa pas pour cela (le s’occuper des misères locales de Boston, des pauvres, des enfants abandonnés, des jeunes filles sans protection, etc. Ses sermons étaient toujours plus écoutés et toujours plus lus. Pour satisfaire à une demande toujours croissante, il en publia luimême plusieurs recueils, et ce sont ces sermons, joints à ses discoure contre l’esclavage, qui forment la majeure partie des douze volumes publiés aujourd’hui sous son nom. Outre les écrits dont nous avons parlé, la collection se compose d’un volume de Miscellanèes contenant plusieurs travaux remarquables de critique religieuse, entre autres sur Bernard de Clairvaux et sur la théologie allemande; d’un autre volume renfermant dix sermons sur divers sujets de religion et de momie; d’un troisième intitulé So'mons of Theism ; puis de deux autres volumes d'Additional Speeches, lesquels furent encore suivis de trois nouveaux mcueils de Speeches, Addresses^, etc.
t. Nous ne connaissions ses œuvres que dans la dernière édition publiée de son vivant, édition incomplète et défectueuse sous le rapport de l’exécution typographique. Nous sommes heureux de pouvoir recommander aujourd’hui l’excellente et complète édition qui vient de paraître en Angleterre, et qui est due aux soins pieux de M’'*" Cobhe.
Cette longue série offre une fidèle image de cette vie agitée. La lecture en est singulièrement attrayante, d’abord à cause de la variété des questions traitées, mais aussi par la manière dont les sujets les plus rebattus de la religion et de la morale sont rajeunis par cette mâle et spirituelle éloquence. •
Cependant Parker ne comptait pas s’en tenir uniquement à cette incessante production, provoquée par les besoins du moment. Il préparait les matériaux de deux grands ouvrages , dont l’un devait contenir une biographie critique des hommes célèbres de l’Amérique, tandis que le second, de beaucoup le plus intéressant pour nous et celui qui exigeait le plus de recherches de tout genre, eût été consacré aux Origines des religions chez les races dominantes de l'humanilL C’est â publier ce dernier ouvrage que Parker tenait pardessus tout. Il espérait en faire le monument et comme te résultat définitif de ses études et de ses expériences. Il avait même annoncé qu’à partir de sa cinquantième année il renoncerait à la prédication hebdomadaire pour se vouer tout entier à cette œuvre capitale. Déjà, pourtant, la voix du Père infini s’apprêtait à lui dire : « C’est assez, bon et fidèle serviteur! Entre dans le repos do ton Seigneur. »
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U (levait toutefois encore se voir l’objet de ces haines dévotes ([ui, pendant les derni(^res années, soit lassitude, soit sentiment de leur impuissance, l’avaient laissé relativement tranquille.
O fut en 1859 que s’étendit sur l’Amérique cette espèce de lièvre religieuse dite revival, qui passa de rautre côté de l’Atlantique , envahit l’Irlande, l’Écosse, l’Angleterre, et vint mourir sur les dunes de la calme Hollande, où elle ne se manifesta que sur deux ou trois points isolés. Il y avait dans ce mouvement, aux apparences souvent grotesques, des éléments sérieux, qu’un œil impartial et pénétrant pouvait très-bien discerner. Tant que, dans les masses protestantes d’Angleterre et d’Amérique, ne régnera pas une notion plus éclairée de la religion et du salut des âmes, tant qu’une orthodoxie, formaliste et encore en partie dominée par le dualisme du moyen âge, maintiendra la séparation du monde et de Dieu (de la vie ordinaire, par conséquent, et de la vie religieuse), elles ne comprendront guère la piété autrement que sous la forme d’une révolution radicale, d’une rupture brusque et complète avec le passé tout entier. En temps ordinaire, la grande majorité n’écoute guère que la voix de ses intérêts, de ses plaisirs et de ses besoins matériels et demeure passablement indifférente aux aspirations de l’esprit. Mais, par mo-
ments et surtout sous la crainte vague de grands bouleversements, ou bien quand de grandes calamités sévissent, des secousses morales se déclarent, se propagent par une sorte de contagion, et l’on assiste alors à des conoersioi^s innombrables, s’opérant par entrainement, les unes sérieuses, les autres irréllécbies,d’auli es... conformes à la mode.
Ordinairement aussi ces revivais s’associent à un redoublement de ferveur dans la rigidité orthodoxe. La foule confond naturellement l’Évangile avec la forme traditionnelle, seule connue irelle, du christianisme. Les objections, les doutes de l’incrédulité vulgaire, ce billon irréligieux de valeur mélangée qui court les rues, est complètement recouvert, absorbé, par les Ilots tumultueux du ré\eil i-eligicux. Là-dessus, les réveillés s’imaginent qu’il est du devoir d’un bon chrétien, non-.seulement de se corriger de ses défauts — ce qui serait fort juste — mais, encore d’être plus malveillant que jamais à l’égard de ceux qui s’écartent du type de la piété orthodoxe. On pourrait même supposer que c’est ce qu’ils trouvent de plus facile à exécuter parmi les devoirs nouveaux que l’état de converti leur impose.
Le revival américain, qui se manifesUi dans les années 1857-1858, eut poui' causes principales les sombres pei’spectives de la politique, et spécia-
leiiieiit la crise financière qui couvrit le pays de désastres privés et publics. Les peuples sont ramenés aux idées sérieuses par les mêmes causes (lue les individus. Chez les uns comme chez les autres, ces retoui’s à une piété plus intense, tout désirables qu’ils soient en eux-mêmes, ont leuis côtés faibles et même dangereux. Trop souvent on prend alors rébranlement des nerfs pour un sentiment religieux vivifié, et l’étroitesse dans les idées pour un redoublement de fidélité à Dieu. Si bien que la charité, l’esprit d’équité, de fraternité, de bienveillance, ce fruit authentique du Saint-Esprit, soulTre dans la mesure où la prétendue conversion s’opère. Les revivalisies de Boston, comme on pouvait s’y attendre, ne man- (luèrenl pas de rouvrir le feu contre le grand advei-saire de leur théologie puritaine. Le croirait-on? 11 y eut des meetings tenus à son sujet, et où l’on demanda pour lui à la toute-puissance divine la conversion ou la mort!
Nous n’exagérons rien. Voici, d’après des renseignements positifs, un spécimen des prières adressées au ciel dans l’une de ces occasions :
ü Seigneur ! si cet homme est accessible à la grâce, convertis-le et amène-le dans le royaume de ton cher Fils! Mais s’il est en dehors de l’influence salutaire de
l’Évangile, écarte-le du chemin et fais que son influence meure avec lui !
O Seigneur! envoie la confusion et la distraction celte après-midi dans son cabinet et empêclie-le d’achever sa préparation pour demain; ou s’il prétend profaner ton saint jour en essayant de parler au peuple, attends-le là, Seigneur, et confonds-le, de sorte (ju’il soit incapable de parler.
Seigneur, nous savons que nous ne pouvons le confondre par des arguments, et que plus nous disons contre lui, plus le peuple courra après lui, plus on l’aimera et le respectera! 0 Seigneur! (ju’arrivera-t-il à Boston, si tu ne prends pas en main cette affaire et quelques autres !
0 Seigneur! si cet homme persiste à parler en public, induis le peuple à l’abandonner et à venir remplir cette maison de prière au lieu de la salle où il parle.
LU pieux frère invita les autres à prier Dieu de vouloir bien « mettre un crocliet dans les mâchoires de cet homme pour qu’il fût forcé de se taire. »
Un autre, plus poète, pria pour que le Seigneur le confondît, comme jadis Saul de Tarse, et en fît un défenseur de cette foi qu’il avait si longtemps tâché de détruire.