‹ Théodore Parker, sa vie et ses œuvresChapitre 27 sur 37 · Théodore Parker’s Expérience as a Minisler · texte numérisé non relu

Théodore Parker’s Expérience as a Minisler

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siens. Il so livrait à sa vieille passion, la bolaniqiip, et h sa passion pins récente, à la noble pensée qui avait rempli ses dernières années, l’émancipation des esclaves. Il trouvait à Santa-Cruz une population noire libérée depuis onze ans et dont les progrès le ravissaient d’aise, quoique les blancs fissent fort peu de chose pour les accélérer. Mais les grandes chaleui*s arrivaient. On crut qu’un voyage en Europe lui ferait du bien. Il semble, au contraire, que cette dernière visite au vieux monde lui ait été mauvaise. Le 1*'' juin 1859, il était à Londres, où il eut la joie de revoir les époux Craft heureux et reconnaissants de ce qu’il avait fait pour eux. 11 traversa ensuite l’Angleterre, la Fiance et la Suisse avec les alternatives tour à tour favorables et alarmantes propres à la maladie qui devait l’emporter. Les lettres qu’il écrit pendant ces derniers mois de sa vie terrestre nous le montrent toujours préoccupé des grandes causes, tirant de l’état de l’Europe telle qu’elle se montrait à ses yeux des pronostics favorables à toutes les libertés, sans se dissimuler les rudes épreuves par lesquelles il nous faudrait passer avant d’arriver aux terres promises. C’était alors le moment de la guerre d’Italie. Nos terribles régiments avaient passé les Alpes et leur choc irrésistible venait de rompre le mur de fer de l’armée autrichienne.

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Parker s’intéressait vivement à ces événements, l)ien qu'il doutât quelque peu de l’aptitude de l’Italie à profiter beaucoup de la chance de résurrection qui lui était offerte. Souvent aussi, dans ces lettres, il parle à ses amis de lui-même, de sa santé. Il est visible qu’il veut leur épargner des inquiétudes; quelquefois même il semble qu’il se reprend à espérer une prolongation d’existence qui lui permettra, non pas de mener encore son genre de vie antérieur, du moins de mener à bonne fin ses travaux commencés, 11 pouvait constater depuis quelque temps un mouvement marqué vers le progrès dans le protestantisme américain, et l’on conçoit la satisfaction qu’il en éprouvait. Il lui répugnait pourtant de recevoir un salaire pour des fonctions qu’il ne pouvait plus'remplir. Le 12 septembre, il envoya sa démission écrite à sa congrégation, laquelle lui répondit par un refus conçu dans les termes les plus aimables. Après avoir séjourné quelque temps à Montreux, au bord du lac de Genève qui déploie en cet endroit toute la magnificence de ses eaux et de ses rives, il alla passer les chaleurs de l’été en plein Jura, au chalet de Combe-Varin, propriété de son savant ami M. Desor.

Nous devons au professeur neuchâtelois un intéressant récit de la manière dont le malade passait son temps dans cette pittoresque retraite où des

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hommes de nationalité et de vues diflférentes, mais pour la plupart éminents dans les sciences et dans les lettres, s’étaient réunis et charmaient, par des entretiens du plus haut intérêt, les loisirs que leur imposait le soin de leur santé. Là Parker se rencontra et se lia d’une vive amitié avec l’excellent Hans Küchler, ministre de l’Église catholique-allemande de Heidelberg, l’un des hommes les plus respectables qui se soient associés au mouvement, d’ailleurs bien mélangé, que suscita le prêtre Ronge il y a bientôt vingt ans. La mort subite de Küchler à Nidau, au moment où il se disposait à rejoindre sa famille, jeta un triste voile sur la réunion de Combe-Varin *. Des conversations du chalet helvétique est sorti un album publié par les soins de M. Desor, où se trouve, à côté d’excellents articles scientifiques, une boutade de Parker lui-même intitulée Pensée d’un Bourdon sur le plan et le dessein de l'univers. C’est une satire mordante du langage, des raisonnements, des habitudes pédantes des so-

1 . M. Hans Lorenz Küchler était avocat à Heidelberg, et s’est surtout distingué par le courage et le talent qu’il mit au service des victimes de l’insurrection badoise de 1848, tombées sous la juridiction exceptionnelle des conseils de guerre prussiens. Küchler réussit, malgré les circonstances les plus décourageantes, à dérober nombre d’accusés à la peine de mort, et il fut la consolation et le soutien de ceux que ses beaux plaidoyers ne purent sauver.

ciétés savantes, mais en particulier de certaines théories fondées tout entières sur la prétention de l’homme à se poser en dernier mot de la création. Peut-être quelques écrivains d’Europe et d’.\mérique , trop disposés à interpréter les lois de la riature dans un sens e.vclusivement favorabhi à l’orgueil humain, gagneraient-ils è méditer sérieusement cette critique badine. Le même album contient un médaillon représentant de profd les traits de Théodore Parker. Son grand front dégarni, sa barbe qu’il porte entière, blanche avant l’âge, des traits expressifs, creusés, dénotant un singulier mélange d’ironie et de bienveillance, toute sa physionomie répond à ce que la connaissance de sa vie fait supposer. Dans un dernier retour de ses forces physiques, il voulut abattre à coups de hache quelques sapins destinés â la scierie. Il revenait ainsi â l’une des occupations de son adolescence. Le plus beau des sapins qu’il abattit avec une adresse qui émerveilla les assistants, n’était sain qu’en apparence : le cœur était malade. C’était un triste présage.

On conseillait à Parker d’aller passer l’hiver â Madère ou en Égypte. Une sorte d’entraînement, dont lui-même ne se rendait pas bien compte, fit qu’il se dirigea sur Rome dont il voulait consulter les bibliothèques en vue des ouvrages qu’il prépa-

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rail, H d’où il espdrail repartir pour visiter, en compajînie de M. Desor, les pays volcaniques du sud de la pdninsule italienne.

Le voici donc parcourant de nouveau celte Italie qu'il avait visilde sous des auspices si différents quinzeansauparavanl. Comme il arrive souvenldans les maladies du genre de la sienne, un mieux relatif suivait chaque changement de climat, et il passa encore l’automne de 1859 dans une grande activité intellectuelle, trop stimulée par les nouvelles qui lui parvenaient d’Amérique et par l’étude des antiquités dont Rome est si riche pour un homme ([ui a étudié l’iiistoire et la théologie. Dans une lettre écrite de Rome à son ami M. Ripley, il avait ainsi dessiné son plan d’études pour les six mois (ju’il voulait passer ;'i Rome : « Je veux, disait-il, étudier : 1" la géologie de Rome; 2“ sa flore et sa ramie; 3“ son archéologie; son architecture. J’ai déjà commencé, bien que je ne sois ici que depuis quelques jours. Ce travail me fera sortir toutes les fois qu’il fera beau et détournera mon esprit de moi-méme, l’un des plus désagréables objets de contemplation qui existent. »

Le 5 novembre, il écrivait à un autre de ses amis, M. Manley, une lettre dont nous traduisons la plus grande partie. II est intére.ssant de voir quelle impression peuvent faire sur nn e.sprit comme

le sien ces cérémonies pontificales auxquelles certaines personnes persistent ;i attribuer une grande vertu pour la conversion des ikmes.

Mon cher John Munley,— J’ai été hier à Saint-Charles- - Borromée, et j’ai vu le pape. C’est un vieillard à l’air affable et gras de visage. Il y avait là ([uelque chose comme soixante cardinau.x en grand costume et des compagnies d’évêques, d’archevè(iues et de sénateurs. Huit hommes portèrent le vieux pape sur sa grande chaise autour de l’église, pendant qu’il tenait la main droite levée pour bénir le peuple. La messe fut dite par quehjue haut fonctionnaire. Le pape était assis sur un siège élevé où plusieurs de ces dignitaires vinrent lui baiser la main, — qu’il tenait sous sa robe, — de sorte qu’en réalité ils ne baisaient que l’étolTe. Je présume que cela n’aurait guère contenté un jeune amoureux.

Le pape sortit dans une superbe voiture d’État, traînée par six chevaux (j’ai eu l’honneur de causer avec son cocher!), suivie d’une ou deux autres voitures vides, destinées à ajouter à la dignité de Sa Sainteté. Les cardinaux avalent d’élégants équipages, quelquefois plusieurs voitures pour un seul personnage, avec trois valets de pied pour chacun. La voiture d’Antonelli est fort simple. Mais la partie significative de la chose est ceci : dans la rue, deux mille soldats français, et un escadron de cavalerie pontificale; dans l’église même la garde suisse du pape et environ deux cents pontificaux, tous en grande tenue, la baïonnette au fusil. Tout cela pour

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protéger le « Père du peuple u venant bénir « ses eu- Tants. 1 ) Voilà un commentaire de la question romaine', .le me ])romenai dans les rues, après avoir assez vu de cette sotte comédie dans l’église ; je regardai les voitures, causai avec les soldats, etc., et allai enfin à mes alfaii'es. A P rès cela j'ai vu défiler toute la bande. C'était réellement un grand s])ectacle. La religion romaine n’est rien qu'un spectacle. Le pape est une poupée, sa vie une cérémonie; il n’y a que .ses prises de tabac qui •soient réelles, et il s’en donne rfe la pire manière ,c,oxnm disent les Yankees, je veux dire à plein nez. Se convertir au romanisme à Rome’ ! 11 faudrait être fou pour y songer. Je pourrais aussi aisément me convertir au culte d’OsiriSjde Horus,d’Apis et d’isis, après avoir vu les momies deTlièbes, qu’au romanisme après avoir vu Rome.

Citons encore un trait précieux et que nous croyons inédit, du moins pour des lecteurs européens, de la chronique politique intérieure de Home en 1859. Parker le tenait de bonne source et le racontait au même M. Manley le 6 jan- \ier 1860.

t’hief City of occlebiastic."»! Humbug.

Je n’ai pas de nouvelles de Rome à vous mander. .\alurellement vous connaissez par les extraits des journaux européens tous les actes publics du pape et de sa

I. quelques ]>icux on dit avaient nipaiidu à Boston le bruit de sa coiiMM sioii au oatliolitisnie dans la ville des jtapes.

clique. Mais voici un petit item qui montre comment on mène les choses par ici. Vous vous rappelez le sac de Pérouse de l’été dernier, dont notre compatriote, M. Perkins, et sa faraiile eurent tant à souffrir. M. Stockton, le ministre américain, alla trouver Antonelli, le pape après le pape, pour demander satisfaction et de l’argent. Antonelli le paya de réponses évasives et d’arguments badins, de sorte que l’entrevue n’aboutit à rien. Mais, le jour suivant, un prêtre vint voir M. Stockton et causa de l’affaire : il était grand ami de l’Amérique, il trouvait que la conduite des soldats à Pérouse avait été atroce, etc. Stockton, tout en restant un peu sur ses gardes, lui dit franchement son opinion. « Mais « si Antonelli, » demanda le prêtre, « n’obtempère pas à « votre requête, que fei-ez-vous? » — « Je n’ai <iu’une « chose à faire, » répondit Stockton, « demander sur-ie- « champ mes passe-ports et m’en retourner aux Étals- <( Unis. Là, cette affaire va exciter un tel tapage que « J'ai toutes sortes de chances pour être nommé prési- « dent à la pi'ochaine élection. » Le prêtre partit. Le lendemain, arrivait une lettre d’Antonelli, annonçant à Stockton qu’il serait fait droit sans délai à ses réclamations. Naturellement le prêtre était un affidé du cardinal, envoyé pour voir ce que pensait notre ministre.

C’e.sl tine des dernières lettres où se montrent chez Parker de la gaieté et de l’entrain. En fait, son séjour à Rome ne lui avait été nullemenl favorable. L’hiver avait été précoce, très-pluvieux et

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