I.’ K DUC AT ION RELIGIEUSE
L.i reliprion <ie la famille Parker. — I.'iinitarisme. — Ses avanla^îes. — Ses défauts, — Rupture définitive de Parker avec le calvinisme. — Timidités et hardiesses. — Ce qu'il fit à l’université. — Old Ptnilust, — De la grande condition du progrès religieuv. — Ce que disaient de la Bible la tradition et la critique. — L’histoire des dogmes. — Les religions comparées. — Les miracles. — Le Christianisme essentiel. — La paroisse de West-Roxburr.
Il nous faut revenir sur nos pas pour nous rendre compte des principes et du développement religieux de Théodore Parker.
Ses parents, avons-nous dit, étaient de pieux unitaires. Leur unitarisme n’avait rien d'étroit ni de dogmatique. De tout ce que l’on sait de l’enfance de Parker il ressort que le dogme proprement dit tenait fort peu de place dans les conversations et dans les lectures de la famille. Le caractère froid et pratiipie du père, la disposition plus sentimentale et ivveuse de la mère, contribuaient également ù
ÉDUCATION RtLlClÉUSli.
éloigner de l’horizon domestique ce qui est ou purement théorique ou resserré dans d’étroites et infranchissables formules. On lisait donc la Bible, on se rendait exactement à l’église, mais on cherchait avant tout dans le livre sacré et dans la prédication hebdomadaire ce qui allait au cœur, ce qui éclairait la conscience, ce qui parlait de Dieu ù l’ùme, sans se préoccuper beaucoup du reste.
Admirablement conseillé et dirigé sous le rapport moral, le jeune Théodore fut donc à peu près abandonné ù lui-même quant aux doctrines religieuses; mais sa réflexion enfantine ne tarda pas à se porter sur ce domaine qui excitait son désir de savoir plus encore que tout le reste. 11 en résulta que ses croyances religieuses se formèrent en même temps que lui, non pas sans doute sans subir l’influence de la tradition environnante, ce qui eût été impossible, mais sans que jamais il vît en elles un joug pénible, sous lequel il faut se courber sans mot dire. « Ma tête, » a-t-il dit quelque part, « n’est pas plus naturelle à mon corps que ma religion à mon âme. » Dès qu’il commença à réfléchir, il ressentit une indicible horreur à l’idée des peines éternelles qu’il avait vues formulées dans un vieux catéchisme, et ce fut un délicieux soulagement pour lui quand il sut qu’il y avait d’excellenb chrétiens qui n’y croyaient pas. 11 écoutait avec i-avissement
TIlÉODüHli PAHKliH.
ce (jue sa mère lui disait du beau caractère de Jésus. Ses bonnes amies, les fleurs et les étoiles, lui racontèrent de très-bonne heure la gloire de Dieu. 11 était surtout saisi par le sentiment de l’inlinité de Dieu, et de tout temps il trouva une joie intense dans la pensée de cette omni-présence, de cette activité sans limites, qui pénètrent toutes choses et se révèlent à l'esprit l'eligieu.v dans tousles phénomènes de l’univei’s. Du reste, ses idées d’adolescent sur la Bible, son inspiration, les miracles, n’avaient rien encore de bien défini et ne dépassaient pas le niveau moyen des croyances unitaires au sein desquelles il était élevé.
11 est vrai que cette éducation unitaire était pour le jeune homme un privilège immense. De combien de préjugés et d’étroitesses n’était-il pas préservé par cela même! L’unitarisme aspirait à donner à l’ homme une religion éclairée, moralisante, d’accord avec les institutions, les libertés, les besoins nouveaux de la société moderne. 11 se lattachait par son culte; sfi morale, son esprit général, à la grande Église réformée; mais, tout en fondant comme elle ses doctrines sur la Bible, il tâchait d’interpréter les livres saints de façon que les vieux dogmes irrationnels et contradictoires fussent éliminés de l’enseignement religieux. Rien dans runitarisme ne contrariait, tout
ÉDUCATION HELlClEüâÉ, îJ
favoiisait au contraire le progrès social et politique. 11 répandait une atmosphère bienfaisante d(; libéralisme progressif et de tolérance religieuse. 11 n’avait aucune complaisance pour cette dévotion austère, monacale, supportable peut-être au sein des populations qui n’ont pas le travail productif en honneur; mais il maintenait avec fermeté les grands principes de la morale chrétienne qui doivent diriger une vie laborieuse, inspirer les vertus domestiques et sociales. Aussi était-ce dans ces langs que se recrutaient les patrons les plus courageux et les plus influents des giandes améliorations publiques et des institutions philanthropiques. Tandis que, sur la question de l’esclavage par exemple, l’orthodoxie du Sud de TUnion, et en grande partie celle du Nord, devenaient de plus en plus les humbles servantes des intérêts égoïstes inféodés au maintien de cette horrible institution; tandis que, dans une supei*stitieusc adoration de la lettre biblique, oubliant que si la lettre de l’Évangile n’a rien de formel contre l’esclavage, son esprit le condamne péremptoirement, elles ne rougissaient pas de mettre ce régime barbare sous la protection des livres saints, — c’était surtout du sein de l’unitarisine que naissait le ferment abolitionniste, longtemps dédaigné, aujourd’hui la première puissance de l’ Union. Cette Église unitaire,
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large et progressive, libérale et sérieuse, voyait donc ses adhérents auginenler chaque jour en nombre dans la Aouvellc-Angleterre, et là où elle ne se substituait pas par voie de conquête aux autres églises, elle entretenait un foyer permanent de libéralisme et de réforme qui rayonnait sur tes autres sociétés religieuses. C’est par là, par cette voie indirecte, que runitarismc a le plus agi sur l’état religieux en Améri(iue, et l’on se tromperait fort si l’on prenait le chiffre ofliciel de ses partisans pour la mesuie exacte de ses progrès réels. Peu à peu un grand nombre d’églises universalistes, baptistes, presbytériennes, se laissaient pénétrer par le levain du libéralisme unitaire et se transformaient graduellement. Des prédicateurs d’un grand mérite, tels que Henri Ware et l’illustre Channing, accéléraient encore ce mouvement pacifique et compensaient, le second surtout, les défauts de la tendance unitaire par la chaleur communicative de leur talent et de leur cœur.
Nous parlons de défauts : en effet, à cùté de l’excellent esprit pbilantbropi(iue et libéral qui distinguait le parti unitaire, il y avait des lacunes graves qui devaient se faire d’autant plus sentir que son influence grandissait. Sous le rapport théologique surtout, runitarismc était plus riche de bonnes intentions que de résultats. Beaucoup
KÜUCATION UELlGlliUSli.
(i’hoiiiiiies éclairés, qui éprouvaient le besoin d’une religion simple et pratique et ne pouvaient plus supporter le joug de la vieille orthodoxie, respiraient à leur aise dans cette atmosphère plus douce et plus large. Reste à savoir si, en s’adoucissant, la religion ne s’était pas quelque peu affadie. Line certaine sécheresse, un rationalisme vulgaire et bourgeois laissaient parfois regretter les dogmes, iricitionnels sans doute, mais imposants, grandioses, de l’orthodoxie traditionnelle. Le déisme, avec sa froide religiosité, perdait à chaque instant. Le mysticisme, cet élément inséparable de toute religion vivante, et parfaitement légitime tant que, se bornant à la sphère du sentiment, il ne prétend pas régenter arbitrairement la conscience et la raison, se trouvait quelque peu réduit dans l’unitarisme à l’état d’un ange dont on aurait coupé les ailes. La philosophie et la critique biblique lui faisaient absolument défaut comme à tout le protestantisme anglo-saxon de ce temps-là. C’était encore le sensualisme de Locke qui trônait dans les écoles théologiques de l’ancienne et de la nouvelle Angleterre. Comme un tel système réduit l’àme humaine à la plus complète passivité, comme il aboutit logiquement au matérialisme ou au scepticisme, et que pourtant il ne peut ni ne veut détruire les
voix intérieures de l’àme qui réclament éiiergi-
THÉOüOttli PAHKBll.
qiieincMit des croyances, des devoii's, des espérances, ses partisans se réfugient ordinairement dans l’idée d’une révélation extérieure, miraculeuse, et s’imposant à l’homme avec l’arbitraire de l’autorité absolue. Aussi runitarisme, si libéral eu matière de dogme, était-il resté très-attaché au point de vue surnaturel et aux anciennes idées concernant l’origine et l’autorité miraculeuse des livres de la Bible. 11 était tout aussi habile que l’orthodoxie à plier au gré de ses désii’s les textes concordant mal avec ses doctrines particulières, et si le malheur eût voulu que le symbole d’Albanase se fût trouvé dans l’Écriture, ses théologiens eussent certainement entrepris de démontrer qu’il n’enseigne pas la Trinité.
Telle était, avec ses avantages et ses inconvénients, la situation tbéologique dont Parker allait trouver à Cambridge les représentants les plus éminents. Au surplus, il avait pu étudier de près la vieille orthodoxie calviniste , qui était encore la croyance de la majorité et qui, chaque année, giûce à l’émigration d’Europe, aux Anglais surtout, recevait des renforts considérables , compensant amplement ses perles. Dans son enfance et autour ‘de la maison paternelle, il avait connu d’honorables partisans de la vieille foi des pères pèlerins. Pendant son séjour à Boston comme sous-maître.