ÉDUCATION RELIGIEUSE
il suivit assidûment les prf^dications orthodoxes (lu fameux Lyman Beecher, alors dans tout IN'clat de son talent. « Une année de celte prédication, dit-il, acheva de tuer en moi tout le pr(‘stige (pie la théologie calviniste pouvait encore exercer sur mon esprit. » Les côtés sombres de cetb* docti ine, (]ui enseigne un Dieu prédestinant arbitrairement (juelques hommes au salut et rinimense majorité du genre humain à réternelle damnation, lui furent toujours profondément antipathi(|iies.
Cependant il ne soupçonnait pas encore Inini(‘me les conséquences de la détermination ([u’il avait prise de chercher la vérité religieuse en toute indépendance. En s’initiant chez le docteur Francis à la littérature et ù la théologie allemandes, il avait été surpris et même souvent choqué de la liberté de parole et de pensée qui régnait en matière biblique dans ces parages inconnus, et qui contrastait si fortement avec le respect profond, méticuleux, facilement superstitieux, que l’Église unitaire, comme toutes les Églises protestantes américaines, professait pour la Bible et son contenu tout entier. Lorsqu’il se mit à lire Vlnlroduction à l’Ancien Teslamcnt d’Eichhorn, c’est ù genoux qu’il demanda à Dieu de ne pas être égaré, dans sa i-echerche de la vérité, par les laisonnements des incnidules. Nous avons, de ses croyances
religipusps à cetto (époque , un rc^sumé adressé par lui-inéme à l’un de ses neveux.
Cambridge, 2 avril 183i.
. . . Vous désirez savoir ce que je crois. Je crois en la Bible. Cela vous satisfait-il ? Aon, direz-vous; tous les chrétiens professent la même croyance , et comme ils diffèrent entre eux!
Je commence donc. Je crois qu'il y a un seul Dieu, existant de toute éternité, pour qui le passé, le présent et l’avenir sont également présents. Je crois qu’il esttoutpui.s.sant, bon, miséricordieux, récompensant les bons et puni.«sant les méchants dans cette vie et dans l’autre. Cette punition peut rire éternelle'. Par conséquent Je ne crois pas que les joies et les peines de la vie future soient corporelles. Des plaisirs matériels fatigueraient bientôt, et Dieu nous préserve de châtiments pires que ceux de la conscience.
Je crois que les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament ont été écrits par des hommes inspirés de Dieu, en vue de certains des.seins; mais je ne crois pas qu’ils aient été toujours inspirés. Je crois que le Christ est le Fils de Dieu, conçu et né d’une manière miraculeuse,
t. Dans cpttc confession de foi, évidemment inspirée par la crainte de froisser une âme en heurtant trop brusquement ses croyances, Parker entend par la possibilité des peines éternelles celle qui résulterait d’une persévérance volontaire et éternelle dans le péché.
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et qu’il est venu prêcher une meilleure religion par laquelle l’homme pût ôtre sauvé.
Cette religion, je le crois, procure à l'homme le bonheur suprême dans cette vie et lui promet l’éternelle félicité dans un autre monde. Je ne pense pas que nos péchés nous soient pardonnés parce que le Christ (;st mort. Je ne puis concevoir pourquoi ils le seraient pour cette raison, bien que nombre de grands et excellents hommes aient partagé cette croyance. Je crois que Dieu sait tout ce que nous ferons, mais ne nous détermine pas à faire quoi que ce soit.
Comme on le voit, dans cette exposition de ses croyances, les doctrines orthodoxes sont adoucies, ou réduites à leur minimum, ou même complètement éliminées. La Trinité n’est plus représentée là que par la naissance miraculeusede Jésus.
L’inspiration de la Bible n’est pas constante, donc /
elle n’est pas absolue, d’où il suit que c’est à la conscience de l’homme qu’il appartient de décider, en lisant le volume sacré, quels .sont les en.seignenients vraiment divins, quels sont ceux qui ne sauraient prétendre à cette prérogative. L’autorité dictatoriale de la Bible est donc virtuellement ruitïée. Mais Parker ne s’avouait pas encore cela. On aura remarqué aussi le point de vue utilitaire, optimiste, de cette confession de foi : ceci est un trait queParkerdevait à toute son éducation, à §a franche
et foi*te nature : il le conservera, mais l’ennoblira toujoiH’s plus par un spiritualisme des plus élevés. Il faut suivre maintenant les transformations que subit sa foi religieuse à mesure que le champ de ses études s’élargit.
A l’université, comme à Hoston, comme à Watertown, il fut le plus infatigable travailleur qu’on eût jamais vu. C’est au point qu’au bout de quelques mois il avait dépassé la plupart de ses profe.sseurs eu.t-mêmes. Il excellait dans les exercices de discussion, mais ne promettait pas encore d’étre le brillant orateur qu’il a été depuis, ce qui n’a rien d’étonuant. La prédication comme exercice, devant un auditoire imaginaire, est pour l’étudiant en théologie protestant ce que la messe blanche avec l’hostie non consacrée est pour le jeune lévite catholique. Parker a été un grand et puissant orateur à partir du jour où la prédication fut devenue pour lui une lutte, un combat ù outrance. Le côté sarcastique de son caractère se déployait à l’aise dans ces exercices juvéniles. Ln jour qu’il lui était échappé de dire sans façon le vieux Paul, old Paulus, en parlant de l’apôtre des Gentils, il répondit au professeur (pii le bUlmait de cette expression irrévérente qu’il avait bien raison, et continua de développer son thème en faisant allusion à plusieurs reprisc's au « gentleman de Tarse. »