CE QUI PASSE ET CE QUI DEMEURE DANS LE CHRISTIANISME
(/I (liscourse of the transient and permanent in christianity.) Voy. p. 54.
« Le ciel et la terre passeront , mais mes paroles ne passeront pas. » Luc xx:, 3:).
Nous trouvons dans ce texte une indication très-claire de la foi qüe Jésus avait dans l’éternité de la religion qu’il enseignait. En .substance, du moins, elle devait, croyait-il, durer toujours. Il est pourtant des Ames qui s’épouvantent au moindre bruis.sement que peut faire un hérétique au milieu des feuilles sèches de la théologie. Elles tremblent de peur que le christianisme luimême ne périsse sans retour. Aujourd’hui comme jadis on entend retentir le cri : « Voici les Philistins! Le christianisme est en danger! » Le moindre doute concernant la théologie populaire ou le mécanisme actuel
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de l’Église, le moindre signe de défiance vis-à-vis de la religion de la chaire ou de la rue, passent aux yeux de quelques braves gens pour une déclaration de guerre à la foi chrétienne, capable d’ébranler le christianisme lui-même. D’autre part, un petit nombre d’hommes malintentionnés et un autre petit nombre d’hommes religieux, dit-on, affirment des deux côtés de l’Océan que le christianisme a fait son temps. Ils voudraient nous persuader que la piété doit revêtir une nouvelle forme, que les enseignements de Jésus sont dépassés, que la religion doit prendre un nouvel essor et s’envoler vers les deux bien plus haut que le christianisme, comme l’aiglôn dont les ailes ont poussé abandonne pour toujours le nid qui protégea sa faiblesse. Consacrons quelques moments à ce sujet. Observons quels sont les éléments passagers, quelle est l’essence permanente du christianisme. Ce thème me paraît actuel et en rapport avec la circonstance qui nous ras.semble ici.
Le Christ dit que sa parole ne passera pas. Cependant, à première vue, rien de plus fugitif qu’une parole. Lue parole n’est qu’une ondulation momentanée du plus léger des éléments. Elle ne laisse pas trace de son passage à travers les airs. C’est pourtant à la parole et seulement à la parole que Jésus a confié la vérité dont il était porteur, une vérité qui devait sauver le monde I Il ne s’est pas donné la moindre peine pour garantir la perpétuation de ses idées. Il les émit devant des auditoires d’occasion, au bord du lac ou près d’un puits, dans une chaumière ou dans le temple, dans une ban|ue
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de pêcheur ou dans une synagogue. 11 ne fonda pas d'institution conservatrice de ses enseignements, il n’érigea pas d’ordre chargé de protéger ses brillantes et joyeuses révélations. Il pria seulement ses amis de répandre gratuitement la vérité qu’ils avaient reçue gratuitement. Il n’écrivit même pas ses paroles. Avec une noble confiance, résultat de sa foi inébranlable, il les dispersa par le monde, abandonnant ces semences à leur vitalité propre. Il savait que ce qui est de Dieu ne peut périr, parce que Dieu garde ce qui est à lui. Il sema donc dans les cœurs, puis il laissa à la rosée et au soleil des deux le soin d’arroser et de réchauffer le grain semé. Il sentit que ses paroles étaient destinées à l’éternité. C’est pour cela qu’il osa les confier à l’air incertain ; et depuis dix-huit siècles cet élément fidèle les a retenues , claires et distinctes comme lorsqu’elles sortirent de ses lèvres. Aujourd’hui elles sont traduites dans toutes les langues humaines. Les milliers d’idiomes qui se partagent le monde les répètent , depuis les forêts de sapins du Nord jusqu’aux bois de palmiers des Indes. Elles se mêlent aux bruits confus des cités populeuses comme aux murmures des mers solitaires. Le dimanche matin elles sont reproduites d’église en église, d’île en île, de terre en terre , jusqu’à ce que leur mélodie ait fait le tour du monde. Ces paroles sont devenues le trésor des bons , l’espérance des sages , la joie des pieux, et cela pour des millions de cœurs. Elles font les prières de nos églises, nos meilleurs élans vers Dieu, l’enchantement de nos âmes, près de notre foyer
comme au bord de nos champs. Elles continuent de faire des miracles auprès desquels ceux que Ton a les premiers enregistrés ne sont rien comme grandeur et comme utilité. Ce sont elles qui bâtissent nos temples et embellissent nos demeures. Elles élèvept notre sens de la sublimité, elles purifient notre idéal de pureté, elles sanctifient notre prière en la dirigeant vers l’amour et vers la vérité. Elles rendent belle d’une beauté divine la vie d’hommes tout ordinaires. Elles donnent des ailes à nos inspirations. Outille puissance magique ontelles donc ? Le chagrin s’endort à leur commandement. Elles enlèvent son aiguillon à la maladie et à l’adversité ses déceptions amères. Elles donnent de la vigueur et des ailes à Pâme pieuse, dont le cœur est brisé, qui a fait naufrage dans son voyage à travers la vie. Elles l’encouragent à reprendre encore une fois la route périlleuse. Elles font que tout est à nous, que le Christ est notre frère, le temps notre serviteur, lamort notre alliée et le témoin de notre triomphe. Elles nous révèlent la présence de Dieu, qu’autrement nous n’eussions pu voir si clairement, dans la première fleur du printemps, dans le passereau qui tombe, dans la détresse d’une nation, dans le chagrin comme dans le ravissement du monde. Supprimez la voix du christianisme, et le monde est en proie au silence morm; : elle n’est plus, cette douce musique qui tenait en respect les chefs des peuples, qui soutenait la pauvre veuve dans sa tâche solitaire, et qui venait, comme l’aurore quand elle frappe le matin nos fenêtres , relever des hommes abattus et faibles.
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dont les yeux tombaient et dont le cœur avait faim ; — elle n’est plus, c’en est fait! be monde resle devant eux seul, froid, décoioré, mort.
Telle est la vitalité de ces paroles, tel est l’empire qu’eiles sont parvenues à exercer sur le cœur des hommes! Pendant le même temps des paroles d’hommes forts et puissants, dont les noms ébranlaient des continents, des paroles gravées sur le métal ou sur la pierre, protégées par des institutions spéciales, défendues par des tribus entières de prêtres et par des armées de sectateurs, — ces paroles sont descendues au tombeau et l’écho du monde ne répond plus à leur bruit. Les grandes œuvres aussi des vieux temps, le château, la tour, la cité, les villes et les empires ont péri, laissant à peine sur le sol une marque attestant qu’ils furent autrefois. La philosophie du sage, l’art du virtuose, le chant du poète, le rituel du prêtre, bien qu’ayant reçu les honneurs divins, ont disparu dans l’abîme de l’oubli. Le silence s’est étendu eur eux, leurs spectres seulement hantent aujourd’hui le monde. Un déluge de sang a inondé les nations , une nuit de ténèbres, pius profonde que les fabuleuses ténèbres d’Égypte, est descendue sur ce déluge pour détruire ou cacher ce qu’ii avait épargné. Mais à travers tout cela les paroles du christianisme, sorties des lèvres du jeune Hébreu, nous sont parvenues, douces et belles comme la clarté d’une étoile, n’ayant rien perdu de leur force dans ce long voyage à travers le temps et l’espace. Elles nous ont fait une civilisation nouvelle, telle que le plus
sage des Gentils n’eût osé en espérer une semblable, telle que le plus pieux des Hébreux ne l’a pu prédire. A travers des siècles d’horreurs, ces paroles sont venues à nous comme une colombe dans la tempête, et maintenant elles planent sur les cœurs purs et dévoués pour descendre sur eux, comme l’esprit du Père, nous est-il dit, descendit sur son Fils bien-aimé. Le vieux ciel et la vieille terre sont passés, mais la parole de Jésus demeure, et rien ne montre plus clairement ce qu’il y a de léger dans ce que l’homme appelle grand et ce qu’il y a d’immortel dans ce que Dieu déclare vrai.
Après cet hommage rendu à l’impérissable puissance de l’Évangile, le prédicateur arrive aux variations sans nombre qui remplissent l’histoire du christianisme. Il montre quelle énorme distance sépare les diverses conceptions de l’Évangile qui se sont succédé à travers les siècles, distance plus grande parfois que « celle qui sépare Mahomet du Messie ou Jésus de Platon. » Notre conception actuelle du christianisme passera aussi. Mais il y a, depuis les premiers jours, un élément transitoire et un éléirient permanent dans le christianisme, de même que dans la nature il est une foule de phénomènes particuliers qui se succèdent, mais qui reposent tous sur la grande loi naturelle qui les amène et les relie entre eux. Il arrive souvent qu’on attache plus d’importance au fait particulier du
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moment qu’à la loi immuable dont il provient. C’est ainsi qu’on se passionne dans l’Église chrétienne pour des formes et des doctrines qui peuvent être belles et utiles, mais enfin « qui sont la tunique, et non pas l’ange lui-même. »
On peut s’assurer du caractère variable et passager des doctrines théologiques en étudiant leur histoire. Prenons un exemple dans l’idée qu’on s’est faite de l’autorité de l’Ancien et du Nouveau Testament. Il fut un temps où l’on envoyait au bûcher des hommes dont tout le crime était d’affirmer des thèses d’astronomie ou de physique opposées à quelques passages de la Bible, où chaque mot du recueil juif passait pour miraculeusement inspiré, pour infailliblement vrai, et combien de croyances absurdes, de prétentions exorbitantes, d’idées grossières et môme immorales de la Divinité n’a-t-on pas fondées sur cette autorité qu’on croyait absolue ! Pourtant ni Jésus ni Paul n’avaient attribué un pareil caractère aux livres saints des Juifs. Aujourd’hui, la critique, îuôme élémentaire, et le bon sens des populations empêchent absolument qu’on ne revienne aux mêmes errements.
On peut observer les mômes variations et des faits analogues au sujet du Nouveau Testament. « Le « respect idolâtre de l’Écriture est la pomme « d’Atalante qui arrête les théologiens dans leur